Ce qui se cache derrière le "Pacte productif" grâce auquel le gouvernement nous promet le paradis du plein emploi

, par  DMigneau , popularité : 0%

Ce qui se cache derrière le " Pacte productif " grâce auquel le gouvernement nous promet le paradis du plein emploi

Disons-le tout net : si « le Pacte productif » envisagé par le gouvernement pour lutter contre le " déclassement industriel " de la France met à l’honneur quelques intentions louables, il repose sur des constats erronés, des méthodes d’inscription politique critiquables et, en définitive, prône des actes qui vont aggraver la situation économique de notre Pays.

On peut se demander s’il est le fruit d’une " illusion d’optique ", d’une fantasmagorie ou d’un renoncement complice à un véritable renouveau industriel.

Au chapitre des intentions " louables " :

- mieux anticiper les besoins de compétences,

- améliorer la " compétitivité ",

- viser la qualité des produits,

- protéger les " start-up " contre les acquisitions étrangères,

- mieux articuler recherche publique et entreprises.

Ces intentions, nous pouvons les partager, presque sans réserve. Mais la vraie question est celle-ci : ce plan répond-il aux enjeux actuels et à venir ?

Crise industrielle

Ce " Pacte " s’appuie sur des connaissances peu solides, c’est le moins que l’on puisse en dire.

La crise industrielle serait attestée par un bilan durablement déficitaire de la " balance commerciale " française, oubliant par la même les relations complexes d’interdépendance entre les espaces inscrits dans la " globalisation/mondialisation ".

Oubliant aussi que le déficit de la " balance commerciale " est moins le résultat d’exportations insuffisantes que d’importations massives dont la France est devenue dépendante… à l’instar de la Grèce.

S’agissant de la question du travail, l’exemple allemand - comme souvent - est appelé pour accréditer et consolider les constats : chez notre voisin, la durée totale travaillée est " plus importante ", le coût horaire serait plus bas etc.

Sont omis les taux de pauvreté allemands, les effets dévastateurs des « réformes » Hartz sur les salariés…

Le diagnostic relève que le coût du travail industriel serait supérieur au coût du travail dans les autres « secteurs »mais il oublie de mentionner que ce différentiel est grandement lié au CICE qui a beaucoup plus profité aux " services " qu’à " l’industrie " et dont le coût total par emploi dépasse les 300 000 euros !

Fort étonnement, ce " Pacte ", qui assène des " vérités " contestables, revendique son ignorance à propos de questions pourtant cruciales.

Reproduisons pour la beauté du propos cet extrait capital pour (ne rien) comprendre : « Comme l’État ne dispose pas des informations suffisantes sur le marché, une politique qui soutient certains secteurs risque de choisir arbitrairement des " gagnants " et de déformer le marché au détriment des autres entreprises » (p. 21, « que voulons nous produire »…)

D’où les vastes " domaines de prédilection " retenus dans le " Pacte " : la « transition numérique », les « ruptures technologiques », la « transition écologique »… n’en jetez plus !

On pourrait ainsi rêver de parapluies " high tech " reposant sur une " intelligence artificielle " qui lirait dans nos désirs les plus fous et incluraient des " détecteurs automatiques " de pluie, voire agiraient comme des ombrelles par temps caniculaire !

Bref, le monde comme volonté et comme représentation, quel bel hommage involontaire à notre ami philosophe, Arthur Schopenhauer.

Le " Pacte " en question

Ce " Pacte " procède d’une technique politique de fabrication du consentement de validation par élimination des alternatives : les acteurs dominants décrivent le problème, élaborent les pistes de résolution puis imposent leur solution.

Le « problème » est ici d’un simplisme caricatural : le coût du travail (leitmotiv) d’un côté et le nouveau " mantra " - " innovation de rupture " oblige !! - de la « fiscalité de la production » : un niveau élevé des " impôts de production " pèse sur la compétitivité des entreprises et l’attractivité du territoire.

En 2018, ils représentent 77,2 Mds €, soit 3,3 % du PIB (contre 1,6 % en moyenne au sein de « l’Union européenne »…).

Voilà donc le problème et la solution " clef en main " : pour produire davantage il faut baisser les " coûts de la production "…

Une simple « balance ». Que n’y a t on pas pensé plus tôt ! ? La " pensée complexe " se précipite dans un tube à deux colonnes : quelle performance !

Toutes choses égales, par ailleurs : plus le coût du travail baisse plus la charge qui pèse sur le travail augmente, que ce soit en termes de pression subie, de fatigue, d’énergie… voilà une autre équation simple à comprendre.

C’est, en réalité, la variable d’ajustement que nos décideurs pensent pouvoir encore manier sans trop de problèmes, jusqu’à quand ?

N’est-ce pas là l’archétype radical de la rupture : ne rien coûter, ne rien rejeter, ne pas défaillir ?

Être un algorithme parfait.

Chers amis, revenons à l’essentiel et mettons nos pas au service du « bien commun » : décidons ensemble, travaillons, produisons, échangeons pour nos besoins essentiels et notre intérêt supérieur, le tout en cessant de prélever un butin sur la nature.

Pierre Agha,

Membre de l’association du " Manifeste pour l’industrie "

Gabriel Colletis,

Économiste. Président de l’association du " Manifeste pour l’Industrie " et animateur du site " Manifestepourlindustrie.org ".

Marianne