" Ce n’est pas une révolte, Sire, c’est une révolution ! "

, par  DMigneau , popularité : 0%

" Ce n’est pas une révolte, Sire, c’est une révolution ! "

Le gouvernement choisit le pourrissement de la situation.

Et bien sûr, la traditionnelle " imagerie d’Épinal " des " violences urbaines inadmissibles ".

Inconscient du poids culturel des " imageries " diverses auxquelles accèdent des millions de personnes depuis des années, ils jouent avec des sentiments et des préjugés issus des feuilletons des " années soixante ".

À mon avis, ce choix du pourrissement est fait moins par calcul que par " faute d’imagination " pour trouver une issue à une crise dont les fondamentaux lui échappent totalement.

Les génies du « disruptif » ne comprennent rien a cette « disruption » de la société.

Elle fait pourtant exploser tout un monde de certitudes, d’analyses, de préjugés.

Le « peuple » est de retour.

Il était censé être définitivement éliminé de toute scène politique. L’adversaire n’a donc aucun outil idéologique pour comprendre cette réalité.

Si je me réfère à l’accueil que " la gauche " officielle a réservé à mon livre " L’ère du peuple " et à la façon dont le mot lui-même fut accueilli par " les belles personnes " de toutes sortes - il y a six ans de cela, quand j’ai commencé à utiliser le mot en slogan - je ne suis pas surpris.

Sachant qu’il a été vendu à plus de cent mille exemplaires, je ne me suis pas inquiété.

Cependant, avec la banderole des " Winners " au stade à Marseille (photo ci-dessous) en plein mouvement des " gilets jaunes ", nous avons non seulement le nouvel acteur en scène mais sa « conscience de soi » clairement exprimée.

On donc va voir « le peuple » se constituer d’heure en heure : lycées ici, paysans là bas, ambulanciers, taxis et ainsi de suite, sans limite ni exception.

La formation « en peuple » est première dans ce processus, et l’affirmation catégorielle y trouve le moyen de se présenter comme porteuse d’un intérêt général.

J’espère que cette formulation permet de comprendre le déroulement de ce processus d’auto-organisation et de formation d’une représentation collective.

Il s’accompagne d’une montée en étendue des mots d’ordre et revendications au fur et à mesure des jours et des épreuves rencontrées dans l’action.

Rien ne se passe donc « comme prévu » pour tous " les grands esprits " arbitres des " élégances intellectuelles ".

Au pouvoir, c’est pire.

Enfoncés dans leurs certitudes et postures " blairiste ", avec trente ans de retard sur l’état du monde et de la France, " ils n’en croient pas leurs yeux " au sens littéral du terme.

Leur inculture historique totale aggrave le cas.

La phrase apocryphe attribuée à Louis XVI semble actuelle :

« C’est une révolte ? »

« Non, sire, c’est une révolution !! ».

Une révolution citoyenne.

La pire pour " les importants ".

Celle où les gens agissent et décident par eux-mêmes et se mêlent de tout. Personne avec qui " négocier ", personne à soudoyer, personne " à mettre dans sa poche ".

Les ronds-points remplacent les barricades. Les barrages, les assemblées de section " Sans-culotte ". Merveilleux peuple de France !

À présent, le scénario déroule ses épisodes. Je ne sais qui a eu l’idée de répandre un scénario par séquence à propos des étapes du mouvement des " gilets jaunes " d’un samedi sur l’autre.

Mais j’y vois encore une de ces démonstrations de pertinence qui sont le propre des périodes d’action populaire de masse comme celle que nous vivons.

" L’acte 4 " serait celui de la révolution ?

Si l’on donne à ce mot le sens d’un « embrasement général » et de la délégitimation des pouvoirs, alors je crois bien que c’est ce que l’on voit se mettre en place, jour après jour heure après heure.

On peut compter sur le pouvoir " macroniste " pour continuer à faire montre du manque total de sensibilité et de doigté. Comme depuis le début, la contre-charge va rester dans son rail surjoué et décalé : « le mouvement s’essouffle ! », « les gilets jaunes se déchirent », « la violence discrédite le mouvement », et ainsi de suite.

Outre la merveilleuse école de masse que ces refrains organisent contre toute parole officielle et notamment la parole médiatique, le gain le plus considérable est que cela ne limite rien dans les motivations d’agir mais au contraire fortifie les réseaux de communication parallèle.

Les rapports de force dans ce secteur fonctionnent comme cette fameuse « loi du marché » qui ne marche nulle part ailleurs : le meilleur slogan, la meilleure formule circule " à la vitesse d’un milieu " devenu totalement incandescent.

C’est une épreuve de vérité fascinante pour qui veut voir émerger le fond de ce qui se joue.

Cette parole non biaisée, non modelée par les canaux de la supposée « intermédiation » des " médias de l’officialité " est une pure énergie révolutionnaire.

Certes, elle peut charrier tout et " n’importe quoi ", le meilleur et le pire en général. Mais pour finir, elle retombe toujours sur ses pieds, c’est-à-dire sur l’essentiel de ce qui est jugé bon par tous et qui se met alors " à tourner en boucle " parce que le système des « partages » le rend possible.

" La toile " est alors un référendum politique permanent.

L’adversaire gouvernemental l’a bien compris.

Il voudrait tellement récupérer le contrôle de cette parole, la faire venir dans " son lit de mots " et de postures. Après le ridicule de la réception ratée des " gilets jaunes " à Matignon où seul un journaliste en " gilet jaune " a fini par accepter d’aller, le système " macroniste " n’a pas lâché prise.

Il s’est même surpassé !

Et ce fut l’invention dans l’hebdomadaire " macroniste " « Le JDD » d’un groupe de « gilets jaunes modérés » signant ensemble une tribune.

Enorme manipulation !

Créer de toute pièce une « fraction », une « tendance » à l’ancienne, pour manipuler les gens et l’opinion, c’est une idée du niveau des vieux « ex-gauchistes » qui dirigent ce niveau de la scène.

Nous connaissons bien.

Les mêmes nous ont fait le coup qui s’est étalé à " la Une " du " Monde " sur six colonnes ou dans " Le Parisien " avec ces « démocrates insoumis » dont l’existence n’a jamais dépassé le lieu de la réunion où ils ont été réunis par leur manipulateur.

L’impact de telles méthodes sur la réalité est le suivant : la réalité est la plus forte ! Autrement dit, toutes ces manipulations ne servent " qu’à mettre à nu " l’adversaire sans aucun profit pour lui.

Ces façons de faire devraient accélérer et amplifier les moyens d’auto-contrôle de la parole commune que le mouvement a déjà systématiquement affirmé. Normalement, les barrages finiront par désigner leur représentant direct. Ce qui sera un approfondissement de la crise des « doubles pouvoirs », « double légitimité », qui se constitue sous nos yeux.

Pour les heures qui viennent, nous allons assister à l’épuisement de la « stratégie du pourrissement ».

Le pouvoir va tenter de durer sur son rail. Puis comme il aura trop attendu, les " scénarios d’atterrissage " déjà disponibles dans la technocratie élyséenne ne calmeront rien.

Et ce qui ne calme pas, en révolution, aggrave. À moins que la tension provoquée par la politique " hors sol " ne mène tout jusqu’au point de rupture avant cela. Car une certitude pourtant n’est pas arrivée jusqu’à l’esprit du " monarque " : on ne gouverne pas 65 millions de personnes comme " une start-up ".

On ne gouverne pas contre le peuple dans une nation démocratique.

Ce qui va être démontré.

Jean-Luc Mélenchon,

Président du groupe " La France Insoumise " à l’Assemblée nationale

melenchon.fr