Car un homme qui crie n’est pas un ours qui danse

, par  DMigneau , popularité : 64%

Car un homme qui crie n’est pas un ours qui danse

« Déranger ». Un spectacle fou, littéraire, populaire… et curatif à la fois ! Une plongée dans l’ordinaire folie d’une unité de soins psychiatriques, un jour comme tant d’autres. Enfin pas tout à fait : les alertes attentats se répandent sur les ondes et le service organise son gala de charité.

Salle Jacques Brel à Pantin les 6, 7 et 8 novembre 2015.

DERANGER

Car un homme qui crie n’est pas un ours qui danse

« Et surtout mon corps aussi bien que mon âme,

gardez vous de vous croiser les bras

en l’attitude stérile du spectateur,

car la vie n’est pas un spectacle,

car une mer de douleurs n’est pas un proscenium,

car un homme qui crie n’est pas un ours qui danse … »

Aimé Césaire.

Texte et mise en scène Guy Bénisti

Groupe d’Intervention Théâtrale Et Cinématographique (GITHEC)

6 – 7 – 8 novembre 2015

Salle Jacques Brel

42 avenue Edouard Vaillant -93500-Pantin

Mo : Aubervilliers –Pantin Quatre chemins

Réservations au : 01 415 41 70

« Un spectacle fou, littéraire, populaire … et curatif à la fois !!!!

Une plongée dans l’ordinaire folie d’une unité de soins psychiatriques, un jour comme tant d’autres… Enfin pas tout à fait : les alertes attentats se répandent sur les ondes et le service organise son gala de charité.

Dans le couloir de l’hôpital, les urgences se multiplient, les vies et les délires s’entrechoquent, la folie du temps rejoint celle de l’unité de soins. Vertigineuse représentation du monde au prisme de la psychiatrie. »

Ce spectacle s’attaque à l’univers actuel de la folie du monde et des êtres.
Questionnant aussi les dérives sécuritaires de la psychiatrie, l’ambiance perturbée de l’hôpital psychiatrique, confronté à la saturation des équipes, les pénuries, les contradictions qui traversent les psychiatres, l’urgence et l’utilisation de la psychiatrie à des fins de maintien de l’ordre, les tragédies humaines et sociales.

Cette création réunit des comédiens professionnels du GITHEC, des comédiens amateurs : enfants de l’école Jean Jaurés du quartier des Courtillières de Pantin, patients et soignants fréquentant le Centre de jour de Montfermeil (du 15ème secteur psychiatrique de Seine Saint Denis- Ville Evrard) et des citoyens de l’association Champ libre (club thérapeutique du centre de jour).

Le GITHEC est une compagnie implantée depuis près de 20 ans dans le quartier des Courtillières à Pantin. Les spectacles présentent souvent un caractère participatif. Ils sont imaginés avec et en direction d’un public qui n’a pas habituellement accès au théâtre.

Imaginer une activité théâtrale entre le milieu psychiatrique et une compagnie théâtrale ne va pas de soi. Et pourtant, voilà plus de dix ans que dure une telle aventure ! Cette aventure est née d’une rencontre de hasard, comme seule le permet une psychiatrie ouverte à l’initiative, à l’inventivité, à la créativité potentielle, loin des carcans actuels des procédures, des protocoles de la psychiatrie dominante, figée dans l’immobilisme, le scientisme, la gestion et le sécuritaire.

Une première création publique en 2004, « Ulysse retrouvé, le retour du père », présentait une libre adaptation de l’Odyssée dans le cadre de la cité des Bosquets confrontée à la dégradation de la cité, l’envahissement des rats… Hasard dramatique, quelques mois plus tard, c’est dans cette même cité de Clichy sous bois – Montfermeil, qu’éclataient les émeutes de novembre 2005.

Puis ce fut « Le Cinquantième », grande fresque sur la décolonisation, dans laquelle se retrouvèrent des réfugiés, demandeurs d’asile, et des patients qui avaient connu l’asile… psychiatrique celui–là.

Une soirée, « Le Dja-Dja Chicken Cabaret » fut ensuite montée au théâtre du Fil de l’eau à Pantin. Spectacle multiforme de quatre heures associant des enfants des écoles de Pantin, des musiciens et slameurs de Saint Denis, des élèves de l’Ecole de cirque Annie Fratellini, et le centre de jour psychiatrique de Montfermeil.

Le GITHEC par son inventivité, sa curiosité, son accueil et le talent de ses comédiens a su mettre son savoir culturel et sa créativité au service de la rencontre entre tous ces participants, favoriser les rencontres avec des patients psychiatriques et leur permettre d’accéder au plaisir du jeu théâtral, avec le souci du sérieux et de la performance de qualité pour tous les publics.

Si le théâtre est un espace de divertissement, il dit depuis ses origines antiques quelque chose du monde.

Ce qui m’apparaît essentiel et fécond, c’est cette rencontre entre le monde, la cité, le politique et la folie.

La psychiatrie, en tout cas une psychiatrie inscrite dans son temps, ne peut faire l’impasse de ces dimensions en se repliant dans une technicité où trop souvent dans notre époque, seule la chimie, les médicaments et la gestion des corps tient lieu de thérapeutique, oublieuse de la « rencontre ».

Dans un livre de recueil d’articles, « A quoi sert le théâtre ? », Enzo Cormann, auteur dramatique, avance en guise de réponse la phrase du philosophe Gilles Chatelet : « A ne pas vivre et penser comme des porcs ! ».

La folie, en tant que part indissociable de l’humain, est fait de culture. De tout temps, la rencontre entre la folie et la culture, la folie et la création, a été entretenue. Sade déjà à Charenton y avait utilisé l’espace de l’asile pour ses créations. Artaud bien évidemment fait ici référence incontournable. Les surréalistes en ont fait notablement un entrecroisement dans leurs œuvres, leur mouvement, leurs manifestations publiques.

Dans de nombreuses équipes, dans de nombreux services et secteurs psychiatriques, des artistes apportent leur concours aux soignants pour mettre en œuvre avec les patients des espaces de création, d’initiatives, d’événements artistiques, joyeux, sérieux, inventifs, troublants, surprenants, en apportant de la vie, du désir là où la vie, le désir ont tendance à s’évanouir.

Trop souvent, ces activités sont prises pour des initiatives mineures. Les budgets accordent quelques miettes, les artistes recevant comme une aumône en guise de rémunération. Ils y viennent plutôt trouver là un engagement personnel et le plaisir des rencontres et de la création.

Paul Machto

MediaPart