Canada : contre les mesures sanitaires, un rassemblement de camionneurs sous tension à Ottawa

, par  DMigneau , popularité : 0%

Canada : contre les mesures sanitaires, un rassemblement de camionneurs sous tension à Ottawa

1 000 manifestants sont prévus dès demain à Ottawa, la capitale du Canada. Arindam Shivaani / NurPhoto / NurPhoto via AFP

Depuis ce dimanche 23 janvier, des milliers de camionneurs canadiens roulent vers Ottawa, la capitale. Ce " Convoi de la Liberté " entend bloquer la ville et manifester contre " l’obligation vaccinale " des routiers. L’événement, d’une ampleur inédite, inquiète les autorités qui craignent violences et débordements.

Ottawa se prépare à la tempête, non pas " climatique " mais populaire. Près de 2 000 camions sont attendus dans la capitale canadienne ce samedi 29 janvier, après un périple démarré dimanche dernier. Ils prévoient de bloquer le Parlement pour dénoncer l’obligation vaccinale des routiers afin de passer la frontière avec les États-Unis ainsi que l’essentiel des mesures sanitaires.

Les manifestants se réuniront dès demain et lanceront concrètement le mouvement le lundi 31 janvier.

" Ce sera le premier jour de travail pour Ottawa et pour nous, les combattants de la liberté, et les Canadiens de tout le pays. Et nous attendons beaucoup de monde ", a annoncé Jason LaFace, une des figures de la contestation et organisateur d’autres mouvements dans le cadre des manifestations " No More Lockdowns " (plus de confinements).

Le " Convoi de la Liberté " est soutenu par Elon Musk qui a tweeté " Vive les camionneurs canadiens ". Le mouvement a également reçu le soutien de Donald Trump Jr., le fils de l’ancien président, qui appelle les Américains à suivre l’exemple.

" Passe vaccinal "

La fin de l’exemption à la vaccination obligatoire le 15 janvier dernier a mis " le feu aux poudres ". Depuis cette date, les routiers non vaccinés doivent se soumettre à 14 jours d’isolement dès leur retour au pays et faire un test de dépistage.

Mais les revendications vont plus loin. Ils demandent la fin du " passeport vaccinal ", la fin des amendes liées aux restrictions sanitaires et la réintégration de ceux qui ont perdu leur emploi pour ne pas s’être plié aux règles depuis le début de la pandémie.

" Canada Unity ", à l’origine de l’appel à manifester, considère que ces mesures sont " inconstitutionnelles, discriminatoires et ségrégatives ".

Des projections, non sourcées, évoquent un convoi de 50 000 camions issus des quatre coins du pays ainsi que des États-Unis.

Selon Benjamin Dichter, porte-parole du " Convoi pour la liberté ", ce dernier ferait déjà 70 km de long. Si la file se maintient, les Canadiens battront le record du monde de convoi de camions jamais enregistré. Le dernier comptait 480 véhicules pour 7,5 km en Égypte, le 20 novembre 2020.

Les organisateurs " jusqu’au-boutistes "…

Le convoi entend bien obtenir gain de cause. Ce lundi, une scène sera installée dans un parc de la ville avec divers orateurs dont les identités sont encore inconnues. Dès lors, des manifestations auront lieu chaque jour jusqu’à ce qu’ils reçoivent une réponse du gouvernement.

Un " protocole d’entente ", publié sur le site de " Canada Unity " demande la formation d’une coalition avec le Sénat et la gouverneure générale du pays, Mary Simon, afin de déborder le gouvernement de Justin Trudeau.

Pour les manifestants, les dirigeants doivent " doivent faire respecter et appliquer toutes les lois canadiennes et internationales sur les droits de la personne " ou " démissionner immédiatement de leurs postes ".

Tim Coderre, un des organisateurs, en charge de la logistique, a annoncé que la durée du blocage dépendra des réponses apportées par le gouvernement fédéral. Il se dit prêt à " rester, si nécessaire, aussi longtemps qu’il le faudra " pour faire accepter les revendications.

Et les autorités inquiètes

De son côté, le gouvernement tente de minimiser le mouvement. Une " petite minorité marginale " avec " des opinions inacceptables ", a dénoncé le « Premier ministre » Justin Trudeau, ce mercredi 26 janvier.

Omar Alghabra, ministre des Transports renchérit et se dit " préoccupé par le petit nombre d’opposants d’extrême droite qui polluent une grande partie de notre débat politique ".

Mais, derrière ces attaques, se cache la crainte d’un événement vaste qui sombre dans la violence. Le ministre de la Sécurité publique, Marco Mendicino, a agité le spectre d’une " tentative violente de renverser le gouvernement ", et appelle à " ne pas considérer les manifestants comme de simples combattants de la liberté ".

Parmi les " figures " du mouvement, on retrouve Patrick King, connu pour ses provocations à la violence envers les mouvements " anti-fascistes ". Il est aussi co-fondateur du parti " Maverick ", indépendantiste et classé à « l’extrême droite ».

Jason LaFace, lui, est connu pour ses positions " anti-Black Lives Matter ". Selon la presse canadienne, une vidéo sur " YouTube ", retirée depuis, lançait un appel à imiter l’assaut du Capitole du 6 janvier 2021 par des partisans de Donald Trump.

Les forces de sécurité d’Ottawa attendent près de 10 000 manifestants.

Sur " Twitter ", elles ont affirmé faire " bon accueil aux manifestations pacifiques ", mais prévoient " des conséquences pour les personnes s’adonnant à des actes criminels, à la violence et à des activités encourageant la haine ".

Dans un message envoyé aux députés ce jeudi, Patrick McDonell, responsable de sécurité de la « Chambre des communes », a averti que des manifestants tentaient de trouver leurs adresses personnelles. Il les invite à se barricader si jamais leurs maisons et bureaux sont pris pour cible.

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Les organisateurs se défendent de toute velléité de violences. Dans une vidéo sur " Facebook ", Tamara Lich, secrétaire du " Parti Maverick ", a demandé à signaleurs aux forces de l’ordre ceux qui " se comportent mal ou incitent à tout type de violence ou de haine ".

Malgré les – 9° prévus ce lundi, l’ambiance sera chaude à Ottawa.

Vincent GENY

Marianne.fr