Cameroun : Le scénario catastrophe d’un vendredi noir

, par  DMigneau , popularité : 65%

Cameroun : Le scénario catastrophe d’un vendredi noir

Un pont qui s’affaisse et un train qui déraille à quelques heures d’intervalles sur un même axe Douala-Yaoundé. Voilà résumé la triste journée vécue le 21 octobre 2016 au Cameroun. Et le ministre des transports de ranger le déraillement dans la rubrique de la " désinformation qui circule sur les réseaux sociaux ". Cela prêterait à sourire si ce n’était pas la tragédie d’une dictature impitoyable.

Une violente pluie diluvienne s’abat depuis plusieurs heures sur la ville de Yaounde et ses périphéries pendant que se dessine un scénario catastrophe.

4h00 : Un poids lourd chargé parti de Yaoundé 1h plus tôt s’ébranle péniblement vers Douala sous une pluie battante. Le chauffeur espère être arrivé à Douala aux premières heures de la matinée.

Au niveau de Matomb, en pays bassa, le chauffeur entend un grand bruit dans sa carrosserie et saute de son véhicule. Il réalise que l’essieu arrière de son véhicule est suspendu dans le vide.

En fait, le débit puissant de l’eau a creusé sous la chaussée et au passage de son camion la route s’est affaissée se laissant emporter par le torrent d’eau. Dès l’aube les véhicules commencent à s’entasser de part et d’autre de la route sur plusieurs kilomètres.

7h00 : Le ministre des transports, Edgard Alain Mebe Ngo’o, est informé de la situation et prend rapidement la mesure de la catastrophe. Ce tronçon est le trajet majeur au Cameroun et cet incident survient un vendredi avec des départs énormes en week end des usagers par milliers qui ne cessent de s’entasser de part et d’autre faute d’information.

8h00 : Le ministre des transports instruit CAMRAIL et CAMAIR CO de prendre des mesures exceptionnelles additionnelles pour assurer le transport des passagers entre Douala et Yaoundé. Les réseaux sociaux commencent à relayer l’information et les populations s’orientent massivement vers les gares ferroviaires de Yaoundé et Douala.

Camrail décide d’ajouter 8 voitures supplémentaires au train numéro 152 prévu ce jour à 10h au départ de Yaoundé pour Douala ; Ce même train étant précédemment parti à 6h de Douala pour Yaoundé dans des conditions normales car l’incident de Matomb n’était pas encore relayée.

Ces 8 voitures supplémentaires sont extraites du train couchette parti de Ngaoundéré la veille à 18h et arrivé à Yaoundé vers 8h.

En réalité, ces 8 voitures d’origine chinoises et équipées de plaquettes de frein à peine vieilles de quelques années posent des problèmes de freinage que les services de maintenance de camrail ne cessent de dénoncer et d’exiger l’arrêt de leur utilisation.

Le trajet Makak-Eseka faisant l’objet d’une dégressivité continue sur environ 40 km, il est d’usage à camrail lors du passage du train marchandise régulièrement très chargé de procéder à un arrêt à makak parfois d’une ou deux heures pour procéder à la vérification du niveau de freinage de chaque roue avant d’amorcer cette longue descente sur Eseka.

Le train " passager " normal ne faisant pas l’objet d’un tel niveau de charge ne se soumet pas à cette obligation car étant peu chargé et donc ne pouvant se permettre au regard de son timing serré de causer un désagrément aux passagers par un tel arrêt qui serait perçu comme désagréable par la clientèle.

10h00 : Les 8 voitures supplémentaires sont attelées rapidement sur le train et les passagers ne cessent d’affluer. Certains passagers voyageront debout car les capacités d’accueil sont débordées. Les plaquettes de frein de ces 8 voitures à peine arrivées de Ngaoundéré sont totalement usées.

11h00 : Le train s’ébranle de la gare de Yaoundé en direction de Douala. Pendant ce temps, le ministre tient une réunion avec ses services spécialisés et prépare une communication spéciale au journal de 13h00 pour faire le point de la situation et rassurer l’opinion publique sur les initiatives prises par le gouvernement

12h00 : Le train se trouve aux alentours de Makak et le chauffeur se prépare à amorcer la descente sur Eseka.

Il sait que ce trajet est particulièrement difficile au regard de la charge inhabituelle de son train. Au bout de quinze minutes, le chauffeur appelle la gare d’Eseka pour signaler une anomalie : il demande que la gare d’Eseka soit immédiatement évacuée parce que son train ne freine plus. Il est d’usage de ralentir lors de la traversée de toutes les villes et gares sur le trajet compte tenu de la concentration des populations aux environs. Le train prend inexorablement de la vitesse et il ne peut éviter de traverser Eseka à très vive allure.

Le chef de gare d’Eseka fait rapidement évacuer les alentours de la gare. Le train aborde dans sa course folle le dernier virage qui mène vers Eseka et la force centrifuge démultipliée à cause du poids et de la vitesse fait dérailler le train et les 13 dernières voitures se jettent hors de la voie.

13h00 : Le ministre est informé quelques minutes plus tôt d’un accident grave du train, mais l’information manquant à son sens de fiabilité, il décide non seulement de ne pas la confirmer lors de sa communication, mais aussi de la démentir formellement.

Il est persuadé qu’il s’agit d’un canular comme les réseaux sociaux adorent en fabriquer pour susciter l’émoi dans l’opinion. Le ministre décide de concentrer sa communication sur l’incident survenu à l’aube sur la route au niveau de Matomb et des mesures prises pour palier au désagrément. Il dément donc formellement cette folle rumeur et appelle les uns et les autres à plus de responsabilité.

À la suite de cette communication, il n’appartient plus au journal 13h d’évoquer cette catastrophe. Mais à peine sa communication terminée, le ministre est informé par plusieurs sources de l’authenticité de cette information qui circulait déjà bien avant 13h sur les réseaux sociaux.

14h00 : Un hélicoptère mis à disposition par l’armée, avec à son bord, les ministres des transports, de la santé, des travaux publics décolle de Yaoundé pour Eseka pour apporter la solidarité gouvernementale aux sinistrés. Le ministre des transports décide d’une nouvelle communication gouvernementale au journal de 17h00 pour rectifier le tir.

16h00 : Les réseaux sociaux annoncent un avion en feu à l’aéroport de bafoussam.

Le ministre décide prudemment de ne pas démentir dans sa communication de 17h00 ni même de l’évoquer. Par contre, il demande au gouverneur de la région de l’ouest de vérifier cette infirmation et de faire lui-même un démenti par voie de communiqué.

En fait l’avion, parti de Douala pour Yaoundé via Bafoussam sera redirigé directement vers Yaoundé compte tenu du mauvais temps à Bafoussam et de cette catastrophe, puis des informations contradictoires qui circulent sur ces accidents en série.

La camrail décide d’annuler le train au départ de Yaounde pour Ngaoundéré prévu à 19h.

17h00 : Le ministre des transports informe l’opinion nationale en substance de ce qu’il a formellement démenti à 13h - un accident imaginaire relayé par les réseaux sociaux - qui, par une coïncidence malheureuse, finira par effectivement se produire par la suite.

20h00 : Le journal de 20h peut désormais développer sur cette catastrophe et apporter certains éléments de compréhension. Le ministre de la communication, Issa Tchiroma Bakari, rassure l’opinion nationale de la solidarité du chef de l’état et de ce que des mesures urgentes ont été prises pour apporter aide et réconfort aux sinistrés.

Au soir de cette catastrophe, aucun bilan définitif ne permet de savoir son réel ampleur. Il est assez évident que c’est l’ajout supplémentaire de 8 voitures qui aura causé cette catastrophe.

Le minimum désormais serait que le PDG de camrail monte au créneau pour éclairer l’opinion sur l’enchainement qui a conduit en un clic à doubler les capacités d’un train avec les conséquences que nous avons. Il y va de la survie de cette entreprise et de très nombreux emplois.

Ce qui peut dores et déjà être affirmé après les informations recueillies de manière anonyme auprès des employés de Camrail :

Le train de la camrail qui a déraillé hier vendredi 21 octobre 2016 venant de Yaoundé laisse de nombreuses familles dans les pleurs et a obligé le conducteur et les agents de dépôt de la Camrail à sortir du silence.

1°) Le train de Ngaoundéré s’est fait raccordé à celui de Yaoundé de sept 07 wagons en plus des neuf (09) prévus compte tenu de l’affluence des passagers et surtout de la visite du ministre, Edgard Alain Mebé Ngo’o, demandant le maximum de transport de personnes et de biens.

2°) Le conducteur du train a souhaité avoir une autorisation spéciale car, d’après lui, les wagons chinois ajoutés ne freinaient pas et ceci était connu de tous les agents de la Camail, puisque cela avait déjà provoqué le licenciement de certains employés qui avaient contesté cet achat au temps de l’ancien ministre Robert Nkili.

Le conducteur ayant reçu l’autorisation spéciale de la hiérarchie a pris la route avec des passagers identifiés et même non identifiés.

3°) Les sabots de freins n’existant pas sur les wagons chinois alors les neuf (09) autres wagons servaient de sabots. Conséquence, à la descente de la colline après Makak, le train a augmenté de vitesse et a laissé sur le coup les quatre wagons chinois derrières lui. Le conducteur voyant l’allure folle des wagons a aussi accéléré le train pour éviter de se faire percuter de derrière.

Voilà ce qui a conduit à l’entrée sans freins à la gare d’Éséka, laissant encore tomber les 10 autres wagons.

4°) La locomotive et deux (02) autres wagons ont été par miracle maintenus sur rails et transférés entre 02h et 03h50 à la gare de Douala.

Le nombre de morts d’après les agents de la Camrail - qui exigent par ailleurs la démission de leur directeur général - en attendant notamment que la grue vienne soulever les wagons est de plus de 300 morts.

Cher(e)s camerounaises et camerounais publiez au maximum cette vérité en l’honneur des familles endeuillées.

Vidéo : Les explications INCROYABLES du Ministre camerounais des transports sur la catastrophe ferroviaire.

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Le Comité de Libération des Prisonniers Politiques (CL2P)

http://www.cl2p.org

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