Cameroun : Crimes de guerre, le Colonel Didier Badjeck est-il responsable ?

, par  DMigneau , popularité : 0%

Cameroun : Crimes de guerre, le Colonel Didier Badjeck est-il responsable ?

Les militaires de l’armée camerounaise auraient exécuté sommairement entre 2014 (1) et 2015, femmes, nourrissons et vieillards.

C’était sur un front de combat contre la nébuleuse terroriste " Boko Haram ", dans l’Extrême-Nord du Cameroun.

En pleine zone sahélienne, les images auraient pu faire croire que la scène s’était déroulée dans un pays du golfe du Niger. " Amnesty " a diffusé les premières images de ces carnages.

L’opinion nationale et internationale a été sous le choc de voir ces scènes d’une horreur épouvantable. Comme à son habitude, le gouvernement a rejeté en bloc les accusations prononcées à son encontre.

Les intellectuels , les politiciens, en fonction de leurs couleurs politiques, ont choisi leurs camps.

Certains défendaient l’armée camerounaise, qui selon eux, est une armée professionnelle incapable de procéder à de telles atrocités.

D’autres signaient mordicus que c’étaient des soldats camerounais qui avaient exécuté ces sales besognes.

Le pouvoir voyait la " main invisible " de l’opposition, surtout que l’élection présidentielle est au mois d’octobre.

Le gouvernement a procédé à l’arrestation de sept soldats : un officier subalterne, un sous officier, et cinq hommes de troupes.

Malgré ces arrestations, deux hommes sont pointés du doigt ; le « porte-parole » des armées, le Colonel Didier Badjeck et le « porte-parole » du gouvernement, Issa Tchiroma.

La politique mortifère de Biya

La génération à laquelle j’appartiens est celle du rêve : On rêvait de l’impossible, pensant que cette Afrique " en miniature " qu’est le Cameroun deviendrait un paradis.

Sous les pavés de l’Océan Atlantique, en longeant ses côtes féeriques de Limbé à Kribi, tout laissait croire que ce pays deviendrait Copacabana.

Sa musique chaloupée swinguant entre le " Highlife " anglo-saxon et la rumba congolaise, a fait naître des virtuoses à l’instar de Manu Dibango.

Son football, forgé au pragmatisme allemand et à la rudesse soviétique, a fait frémir le monde entier avec sa vedette incontestable : Roger Milla.

Dans un pareil pays, le rêve est permis.

Soyons réalistes, ce rêve de l’impossible n’appartient plus aux Camerounais.

Est-il légitime dans un instant de rêve suspendu, de demander l’impossible, quand le possible est jeté aux orties ?

Le possible, c’est l’État de droit.

« L’État de droit », ne se résume pas aux institutions.

« L’État de droit », c’est la garantie de l’égalité des chances.

« L’État de droit », c’est l’inflexibilité de l’État dans la gestion des affaires courantes : la justice, l’armée, la fonction publique…

La politique de Biya avec ses langueurs, son inconstance et son illisibilité, a laissé installer la jungle au sommet de l’État.

L’armée qui est son épine dorsale, est à l’instar des autres institutions : avinée, enivrée, éméchée.

Ce laisser-faire institutionnalisé et la corruption généralisée ont touché le fleuron de la nation qu’est l’armée.

Depuis deux décennies, comme dans tous les corps de métiers subsidiés par les finances publiques, les recrutements ne sont plus l’effet de vocation.

L’armée des années 60 et 70 a disparu, pour laisser le chantier à une " caporalisation " tous azimuts en fonction des accointances familiales et tribales.

Foin sur les vertus morales, athlétiques et psychologiques !

Faire recruter un frangin, un courtisan dans l’armée, consiste simplement à le faire survivre du chômage et l’inscrire au registre des prédateurs.

L’armée est le reflet de la société

Le réalisme et même l’utopie n’invitent pas aujourd’hui à demander l’impossible au Colonel Didier Badjeck, car la révolution du désordre est là.

Il est normal qu’un officier bien formé de la trempe de Didier Badjeck puisse défendre " becs et ongles " ses hommes, parce qu’à son époque, quand on recrutait des militaires, une enquête de moralité était diligentée en amont.

Comment veut-on demander à Didier Badjeck de faire l’impossible, quand on sait que ses patrons qui ont laissé pourrir cette situation de recrues incontrôlables, sont tous frappés par la limite d’âge ?

Le Cameroun, détient l’unique armée au monde où la moyenne d’âge des généraux est de 70 ans. Même le " Soviet suprême " n’a guère fait mieux !

Comment voulez-vous comprendre l’incivisme qui sévit au sein de nos forces de l’ordre, quand les fils de 80 % d’officiers supérieurs, sont recrutés dans l’armée et souvent sur simple recommandation ?

Nous ne sommes pas en capacité de nommer, de saisir, d’identifier, de décrire, d’analyser, d’imaginer ce que ces comportements, mis l’un dans l’autre causent comme dégât à l’image de notre pays.

Les Camerounais sont maintenant parvenus avec l’exacerbation du népotisme, à laisser la nature les dominer, tant ces fils de seigneurs, à force d’impunité se sont déshumanisés.

Le haut commandement des armées, n’étant pas capable de contrôler ces militaires drapés de leurs instincts primaires, est dévoré par les monstres qu’il a fabriqués.

Dans la régence actuelle, cette " race de sauvage " a commencé par s’autodétruire en s’éconduisant dans les geôles ; en complotant les uns contre les autres ; en s’empalant les uns dans les autres.

Ces sauvages, sèment les germes de la destruction de masse….

Pour que de tels meurtres crapuleux ne se reproduisent plus jamais, il faut laisser l’émotion de côté et se fondre dans l’imagination.

Il faut éviter de tomber dans la facilité et entreprendre plutôt un travail de compréhension, pour enfin laisser la place à la justice.

Le changement est inscrit dans l’urgence et non la destruction.

Nous voulons assister à une révolution ; celle qui consiste à chasser ce système inique .

Cette révolution que nous appelons ardemment et pour laquelle nous nous sommes battus et nous nous battons, devrait s’appuyer sur nos dignes fils.

Didier Badjeck est un Camerounais à part entière et son expertise est non négligeable. L’intolérance, l’incompétence, le cynisme dont Biya est passé maître, est le soubassement de son pouvoir.

L’opposition ne doit pas être amputée de transcendance.

Aime Mathurin Moussy

2014 (1) : L’opposition est en possession de plusieurs vidéos d’ exactions qui seront diffusées d’ici à l’élection présidentielle.

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