" Brexit " : Boris Johnson contourne le Parlement britannique pour passer en force

, par  DMigneau , popularité : 0%

Brexit : Boris Johnson contourne le Parlement britannique pour passer en force

La manœuvre était préparée depuis des mois, mais de nombreux observateurs pensaient toujours ce matin que Boris Johnson n’oserait jamais commettre ce que beaucoup considèrent Outre-Manche comme un " coup d’État " et un acte profondément anti-démocratique. - AFP Tolga AKMEN

Boris Johnson vient d’annoncer " la suspension " du Parlement deux semaines avant la date prévue du " Brexit ". Coup de poker ou coup d’État ?

C’est donc fait. Boris Johnson a demandé à la reine Elizabeth II de " suspendre " le Parlement pendant cinq semaines, du 12 septembre au 14 octobre.

Et " Sa Majesté " l’a accepté.

Ceux qui espéraient qu’elle refuse savaient pourtant bien qu’elle ne pourrait aller contre l’avis de son " Privy Council " présidé par le très " brexiteur " Jacob Rees-Mogg nommé à ce poste voici seulement quelques semaines par Boris Johnson.

On l’aura compris, la manœuvre était préparée depuis des mois, mais de nombreux observateurs pensaient toujours ce matin que Boris Johnson n’oserait jamais commettre ce que beaucoup considèrent Outre-Manche comme un " coup d’État ".

Appel aux manifestations contre un " coup d’État "

C’était sans compter la détermination de Boris Johnson, de son équipe gouvernementale et en premier lieu de Dominic Cummings, le cerveau derrière la campagne du " Brexit ", aujourd’hui conseiller le plus proche et le plus influent à " Downing Street ".

Leur but est de sortir de « l’Union européenne » par tous les moyens et le plus vite possible.

La rentrée des vacances des parlementaires mardi prochain, parlementaires qui ne siégeront donc qu’une semaine, devrait donc être particulièrement houleuse.

Il ne semble faire aucun doute que " la suspension " du Parlement a pour but de contourner les députés durant d’hypothétiques négociations entre le gouvernement britannique et Michel Barnier, chargé du dossier à Bruxelles.

Avec une reprise de l’activité parlementaire repoussée au 14 octobre, soit seulement quinze jours avant la date butoir du 31 octobre, les parlementaires britanniques n’auront le temps que de valider un éventuel nouveau projet d’accord rapporté par Johnson mais aucunement de lui barrer le chemin comme ils l’avaient fait en mars dernier contre Theresa May.

Nicola Sturgeon, leader écossaise, a déclaré : « Suspendre le parlement pour forcer une sortie de " l’Union européenne " d’une façon ou d’une autre n’est pas démocratique, mais dictatorial. Les parlementaires doivent arrêter Johnson. »

Comment ?

Les têtes se tournent vers l’ancien Premier ministre conservateur John Major, qui avait promis en juillet dernier de traîner Johnson devant les tribunaux s’il avait l’outrecuidance d’avoir recours à " la suspension ".

L’ancien du " 10 Downing street " a donc fait savoir immédiatement qu’il était désormais " en discussions " avec des juristes sur ce sujet.

En attendant, pétitions et " appels à manifester " à Londres, Cambridge, Édimbourg, Cardiff, Leeds, Manchester ont immédiatement fleuri sur les « réseaux sociaux » avec le mot clef " #BlockTheCoup ", autrement dit " Arrêtons le Coup " (d’État), tandis que Boris Johnson " twittait " une vidéo à la gloire de la Grande-Bretagne : « Nous allons quitter l’Union européenne le 31 octobre et faire de ce pays le meilleur au monde. »

Dans un pays où le pouvoir exécutif, qu’il s’agisse du monarque ou du « Premier ministre » et son gouvernement, agit sous l’autorité du Parlement et non l’inverse, la décision de Boris Johnson choque beaucoup, et pas seulement les juristes.

S’engage donc un " bras de fer " auquel le pays n’est pas habitué, alors que la date du 31 octobre se rapproche chaque jour un peu plus.

Agnès C. Poirier

Marianne