" Brexit " : Après la " guerre des crustacés ", la " guerre des eaux minérales " ?

, par  DMigneau , popularité : 0%

" Brexit " : Après la " guerre des crustacés ", la " guerre des eaux minérales " ?

Boris Johnson et Ursula von der Leyen. Hans Lucas

Le gouvernement britannique pourrait interdire l’importation d’eaux venues de l’UE. Cette mesure vise à pousser les Européens à renégocier certains points de l’accord commercial " post Brexit ", notamment les restrictions imposées à Londres sur la plupart de ses fruits de mer. Une menace qui montre surtout le niveau de tension sans cesse grandissant entre les deux camps depuis le 1er janvier.

Le marigot dans lequel « l’Union européenne » et le « Royaume-Uni » s’enfoncent ne sent pas bon. Selon " The Daily Telegraph ", le gouvernement britannique serait prêt à lancer " la guerre de l’eau " en réponse à la limitation d’exportation d’une grande partie de ses crustacés et mollusques vers le marché unique. " Brexit " oblige, depuis le 1er janvier, le « Royaume-Uni » est désormais considéré comme " un pays tiers " par Bruxelles, et de nouvelles règles sanitaires s’imposent à ses exportations vers l’UE.

Parmi celles-ci, l’interdiction d’exporter des " fruits de mer " issus d’eaux considérées comme " sales " s’ils n’ont pas été nettoyés.

Le ministre britannique à l’environnement, George Eustice, assure que " l’UE avait pourtant promis que ces exportations pourraient se poursuivre – les eaux britanniques n’étant pas soudainement devenues plus nocives entre le 31 décembre et le 1er janvier ! ".

Résultat : devant le refus de l’UE de discuter ces points, le gouvernement de Boris Johnson penserait interdire aux producteurs de « l’Union » d’exporter vers le « Royaume-Uni » leurs eaux minérales et leurs pommes de terre de semence, qui bénéficient actuellement d’une autorisation temporaire.

Un " coup de pression " - certes ciblé - mais d’abord destiné à ramener les Européens à la table des négociations sur d’autres points.

ERREUR DIPLOMATIQUE GRAVE DE " L’UNION EUROPÉENNE "

Cette escalade montre en effet le niveau de tensions élevé existant entre Londres et Bruxelles depuis le début de l’année.

L’ancien négociateur européen, David Frost, promu la semaine dernière ministre en charge de l’UE, a admis que les relations étaient " plus cahoteuses " et " problématiques " qu’il ne l’avait espéré et se retrouve quelque peu piégé devant le fait accompli.

Ainsi, le gouvernement britannique s’aperçoit-il - comme le complexe dossier " conchyculture " (élevage de coquillages) le montre - que certains aspects de l’accord commercial de " libre-échange " seraient bien plus défavorables que prévu pour le « Royaume-Uni ».

Conscient de la position fragile de la « Grande-Bretagne », « l’Union Européenne » jubile et attaque.

Parfois maladroitement.

Le 29 janvier dernier, sur un " coup de sang ", la « Commission » a ainsi brutalement rétabli la frontière entre les deux Irlande pendant quelques heures pour empêcher l’envoi de doses de vaccins produites dans l’UE vers le « Royaume-Uni ».

Une erreur diplomatique grave pour certains observateurs Outre-Manche.

" Les circonstances ne le justifiaient pas et cela a sapé l’image de gardien de la paix que s’était construite l’UE dans la région ", assure la chercheuse Jess Sargeant, du centre de réflexion " Institute for Government ".

MICHEL BARNIER POINTÉ DU DOIGT

Devant le tollé provoqué par cette décision, la « Commission » a immédiatement fait " marche arrière ". Sa présidente, Ursula von der Leyen faisant même amende honorable : " Nous n’aurions jamais dû penser à l’article 16 sur les frontières, je le regrette ", s’est-elle ainsi excusée. Mais pour la politologue, " le mal est déjà fait ".

D’après elle, l’UE commence même à être taxée d’hypocrisie côté britannique. Il est vrai que pendant les négociations sur le " Brexit ", les représentants de Bruxelles ont répété " main sur le cœur " et à de multiples reprises leur refus de réinstaurer une frontière dure entre les deux Irlande - ce qui aurait mis la paix en danger.

" En revenant sur sa parole à la première occasion venue, l’UE a également créé un fort sentiment de confusion et de méfiance  », conclut Jess Sargeant.

Quelques semaines après cet incident, la décision de Bruxelles d’interdire l’exportation d’huîtres, de pétoncles et de palourdes " made in UK ", n’augure pas d’une volonté d’apaisement côté européen.

« L’Union » s’en tient - à la lettre - au texte signé fin 2020 et accule aujourd’hui les Britanniques réduits à contre-attaquer.

La " guerre de l’eau " succédera-t-elle pour autant à celle des crustacés ?

Comme évoqué plus haut, Londres espère par cette menace faire revenir les Européens à la table des négociations. Avec quelques craintes en perspective. Sous couvert d’anonymat, plusieurs diplomates du « Royaume-Uni » ont expliqué à " Marianne " que les négociateurs européens se montraient toujours " impitoyables ", " féroces " et très éloignés de l’image de gens " gentils et agréables " qu’ils affichent en public.

En premier lieu desquels le Français Michel Barnier, montré du doigt pour son " arrogance ".

Une bonne nouvelle pour des citoyens européens qui peuvent voir dans cette posture une preuve de caractère et de fermeté ?

Dans la période actuelle, où le dialogue devrait primer, rien n’est moins sûr

Tristan de Bourbon

Marianne.fr