Bouteflika n’est plus un « président aux trois quarts »

, par  DMigneau , popularité : 32%

Bouteflika n’est plus un « président aux trois quarts »

Il en rêvait depuis 1999, le Parlement algérien l’a fait. En adoptant la nouvelle Constitution, les élus algériens font donc du président le seul maître à bord. Il peut désormais organiser une succession à sa convenance.

Abdelaziz Boutefilka, qui déclarait en 1999 qu’il n’aimait pas la Constitution de 1996, qu’il ne voulait pas être « un président aux trois quarts » – allusion à l’armée qui détenait alors la réalité du pouvoir – a désormais une Constitution sur mesure.

Noureddine Benissad, le président de la Ligue des droits de l’homme (LDDH), l’a qualifiée de « dictature constitutionnelle où tous les pouvoirs sont concentrés entre les mains du président de la République, sans contre-pouvoir aucun ». Il n’empêche, le Parlement algérien, en l’absence d’une centaine de députés de l’opposition islamiste et socialiste (FFS), a adopté sans débats la nouvelle loi fondamentale par 499 voix sur 606 contre 2 et 16 abstentions, celles du Parti des travailleurs (PT, extrême gauche).

Cette troisième révision constitutionnelle – après celles de 2002 et 2008 mettant fin à la limitation des mandats présidentiels – rétablit, elle, cette limitation à deux. Elle avait été promise le 8 mai 2012 par un président algérien alors sous pression internationale en raison des changements intervenus en Tunisie, en Égypte et en Libye.

Abdelaziz Bouteflika se donne une Constitution sur mesure

Redoutant au mieux la contagion tunisienne et au pire une déliquescence de type libyen, le pouvoir algérien était sur la défensive. Dans la précipitation, il avait mis fin à l’état d’urgence en vigueur depuis 1992 et promis d’entreprendre de « profondes réformes politiques ».

Mieux Abdelaziz Bouteflika déclarait à Sétif qu’il était temps de laisser la place aux « nouvelles générations ». Mais il faut croire que la détérioration des situations libyenne et syrienne, l’instabilité en Tunisie et en Égypte lui ont permis de sortir la tête des eaux et de renoncer à ses engagements. Et au lieu d’une « deuxième République », les Algériens ont vu un président diminué par son AVC réélu en 2014 pour un quatrième mandat avec la promesse que ce serait… le dernier !

Certes, le nouveau texte constitutionnel consacre le berbère langue officielle mais pas comme langue de l’État et il comporte un certain nombre de dispositions garantissant les droits et libertés comme l’inviolabilité de la liberté de conscience et de la liberté d’opinion ou la fin de l’embastillement des journalistes pour délit de presse.

Il n’en reste pas moins qu’une certaine incertitude demeure sur le sort concret réservé à tous ces droits et libertés puisqu’ils restent soumis à des lois organiques à venir.

Une autre disposition a soulevé un tollé ; celle concernant les binationaux. L’article 51 qui stipulait que « la nationalité algérienne exclusive est requise pour l’accès aux hautes responsabilités de l’État et aux fonctions politiques » a été modifié : désormais seuls les postes dits « sensibles » comme la défense et la sécurité, leur sont interdits.

Ainsi, après avoir dissous le département du Renseignement et de la Sécurité (DRS) dont les responsables ont été poussés à la retraite ou limogés (1), Abdelaziz Bouteflika, qui se donne une Constitution sur mesure, va pouvoir diriger totalement à sa guise le jeu politique en étant le seul maître à bord. Il peut dès lors préparer sa succession à sa convenance. Mais, dans une conjoncture où il sera confronté à une situation financière dégradée en raison de la baisse des cours du baril, il n’est pas sûr que les Algériens acceptent sans broncher l’austérité qui s’annonce et qui frappe en premier lieu les plus démunis.

Hassane Zerrouky

L’ Humanité

(1) Parmi la trentaine d’officiers de haut rang mis à la retraite ou limogés, le puissant général Mohamed Mediène et ses adjoints, les généraux Djamel Kehal Medjdoub et Ahmed Moulay Meliani.