Bertrand Cantat : oui à la justice, non à la vengeance

, par  DMigneau , popularité : 69%

Bertrand Cantat : oui à la justice, non à la vengeance

L’affaire " Cantat " se ramène à une question simple : une fois qu’il a purgé sa peine, un criminel a-t-il le droit à la réinsertion sociale ?

Selon la justice, la réponse est : oui.

Selon le tribunal populaire qui - pour une fois - tient le " haut du pavé médiatique ", la réponse est : non.

En l’espèce, ce dernier l’a emporté. Le chanteur Bertrand Cantat a annulé sa tournée d’été, se contentant d’assurer les spectacles actuellement en cours, jusqu’à celui prévu à l’Olympia.

Pour lever toute ambiguïté - si tant est qu’il puisse y en avoir - on redira ici toute l’horreur du coup mortel porté par Bertrand Cantat à son ex-compagne, Marie Trintignant, il y a quinze ans.

On peut comprendre que la famille de cette dernière ne puisse oublier un tel drame, et d’ailleurs nul ne le lui demande.

On peut également comprendre que nombre de femmes et d’hommes ne puissent digérer le retour sur scène d’un chanteur devenu à leurs yeux le symbole de la violence faite aux femmes, surtout après la séquence " Weinstein " et le mouvement de fond qui balaie depuis lors les sociétés.

Tout cela est normal, compréhensif, justifié. Il est des abominations qui ne peuvent jamais être oubliées. Mais de là à décréter que Bertrand Cantat doit être à jamais radié de la scène, il y a un pas que nul ne devrait franchir, sauf à considérer que le lynchage doit remplacer la justice.

L’ex-porte voix de " Noir Désir " a été condamné pour son crime.

Il a purgé sa peine de prison. Il a donc payé.

Aujourd’hui, il a le droit à la réinsertion sociale, à l’instar de n’importe quel justiciable placé dans de telles circonstances. Etant chanteur de son métier, il a le droit de chanter. Ni plus ni moins. Ou alors il faut rétablir la peine de mort, ou le condamner à la prison à perpétuité, ou décréter que pour certains, la disparition publique s’impose, ce qui serait une sorte de « condamnation à mort sociale ».

Certains s’offusquent à l’idée que l’on puisse aller applaudir un homme qui a tué une femme. On peut le comprendre. Mais nul n’est obligé d’aller voir Cantat sur scène, ou même de l’écouter à domicile. Et, en fonction de ses appétences, on applaudit - ou pas - un artiste, un chanteur, l’un des plus brillants de sa génération.

Nul n’a l’intention d’applaudir un assassin.

Ce n’est nullement absoudre Cantat que de considérer qu’il a encore le droit de vivre, et que la " loi du talion " n’est plus de mise, fort heureusement. On n’est pas davantage soumis à la loi du " Far west ", ou à celle du " crime d’honneur " encore en vigueur ici et là.

Personne ne pardonne quoi que ce soit à Cantat. Il s’agit seulement de ne pas le traiter comme " un homme à part " sous prétexte de sa notoriété.

Exiger d’un chanteur qu’il arrête de se produire en raison d’un crime pour lequel il a payé, c’est mettre le doigt dans l’engrenage de la vengeance, laquelle n’a jamais été la justice.

Et pourquoi s’arrêter en chemin ?

On peut aussi demander à Cantat de déménager en permanence afin de ne pas apparaître " au vu et au su " de ses voisins, ou exiger qu’il ne s’affiche dans aucun lieu commercial pour la même raison, ou bien accuser " d’assistance à personne potentiellement dangereuse " tous ceux qui lui rendent visite, à des fins professionnelles ou autres.

Bref, en ce domaine, on sait où ça commence et jamais où ça finit.

On sait surtout où pourrait conduire pareil comportement s’il devait se généraliser. Certes, on dira qu’il en est ainsi parce que Cantat a un statut de " star ".

Ce n’est pas faux.

Mais ce n’est pas une raison pour le traiter autrement qu’on traiterait un boulanger, un garagiste ou un libraire.

Une fois sa peine purgée, tout être humain a le droit de se réinsérer, qu’il s’appelle Dupont, Durand ou Cantat. Toute autre règle nous ferait rentrer dans un univers glauque dont l’Humanité est sortie à la force du droit.

Jack Dion

Marianne