Benjamin Griveaux, le sordide épilogue d’une campagne cauchemardesque

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Benjamin Griveaux, le sordide épilogue d’une campagne cauchemardesque

Benjamin Griveaux a retiré sa candidature aux élections municipales à Paris. - Lionel BONAVENTURE / AFP

Candidat de LREM aux municipales à Paris, Benjamin Griveaux a renoncé ce vendredi 14 février après la diffusion d’images à caractère sexuel. Une onde de choc pour la " Macronie ".

C’est dans la journée du jeudi 13 février que l’équipe de Benjamin Griveaux a donné secrètement rendez-vous à quelques médias, le lendemain matin, pour une allocution du candidat.

Toute la soirée, c’était réunion de crise à l’Élysée, mais selon la version officielle, Emmanuel Macron a laissé ce " fidèle de la première heure " prendre la décision qu’il voulait. Toujours est-il que Griveaux a annoncé, ce vendredi matin, qu’il retirait sa candidature à Paris, lui qui avait l’onction de " La République en marche ".

« Un site internet et des réseaux sociaux ont relayé des attaques ignobles mettant en cause ma vie privée, a-t-il déclaré, voix blanche et visage livide. Ma famille ne mérite pas cela. Personne, au fond, ne devrait jamais subir une telle violence. En ce qui me concerne, je ne souhaite pas nous exposer davantage, ma famille et moi, quand tous les coups sont désormais permis. »

On croyait les scandales sexuels réservés à la politique américaine, ses campagnes de com’ " à fonds perdus " et sa tyrannie puritaine de la transparence absolue. Benjamin Griveaux et, avec lui, la " Macronie ", expérimentent une inquiétante importation de ces pratiques, « réseaux sociaux » à l’appui.

Il faut dire que le député Joachim Son-Forget, investi par LREM en 2017 avant de partir " complètement en vrille " sur " Twitter ", n’a pas aidé son collègue Griveaux en relayant jeudi le contenu qui le mettait en cause. Au passage, une telle diffusion est passible depuis une loi de 2016 de deux ans de prison et 60 000 euros d’amende.

Trois captures d’écran qui ont eu raison de la campagne déjà cauchemardesque du candidat " macroniste " à Paris. Tout était écrit, pourtant...

Benjamin Griveaux, ce diplômé de " Sciences Po " et HEC issu de la bourgeoisie de Châlon-sur-Saône, militant " socialiste " en Bourgogne, se pensait promis à un " grand destin ". Parce que dès 2015, cet ancien partisan de Dominique Strauss-Kahn a misé sur Emmanuel Macron, dont il fut le zélé « porte-parole ».

Après la victoire, Griveaux intègre le gouvernement, mais son ambition - décrite comme " dévorante " par la plupart de ses petits camarades - le porte plutôt vers la mairie de Paris.

Le candidat qui sonnait faux

" Sur le papier ", le coup est tout à fait jouable. Les Parisiens ont plébiscité Emmanuel Macron lors de la présidentielle (35 % au premier tour, 90 % au second). Et la grogne contre Anne Hidalgo est alors au plus haut.

Sauf que rien ne se passe comme prévu.

Alors que la « commission d’investiture » de LREM lui a préféré Griveaux, le député et mathématicien Cédric Villani entre en dissidence. Le camp présidentiel se déchire. Anne Hidalgo, qui se délecte du spectacle depuis les fenêtres de l’Hôtel de ville, n’en attendait pas tant. Tandis que la candidate de la droite, Rachida Dati, s’empare par surprise de la deuxième place dans les sondages.

Mais le vrai problème de Griveaux, c’est cette image désastreuse qui lui colle à la peau. Il est jugé arrogant et, pour tout dire, " il sonne faux ".

Le candidat n’arrange pas son cas quand " Le Point " révèle, l’été dernier, l’enregistrement d’une conversation dans laquelle il traite ses opposants d’« abruti » ou de « fils de pute ».

Griveaux a pourtant tenté de " s’humaniser ". Il n’a pas hésité à s’afficher avec son épouse et parlait abondamment de ses trois enfants, soucieux d’entretenir une image de père de famille attentionné. Cela rendait d’autant plus difficile son maintien après cette sordide affaire.

Pour la " Macronie ", reste désormais à sauver ce qui peut encore l’être. Il y aura « quoi qu’il arrive » une liste LREM aux municipales à Paris, a assuré ce vendredi Olivia Grégoire, l’une des porte-parole de Griveaux.

Avec quel leader ?

Les listes pour les municipales doivent être déposées d’ici au 27 février.

Louis Hausalter

Marianne