Bayrou, " commissaire au Plan " ? Oui, mais pas avant la rentrée

, par  DMigneau , popularité : 0%

Bayrou, " commissaire au Plan " ? Oui, mais pas avant la rentrée

Emmanuel Macron s’apprête à nommer François Bayrou haut commissaire au Plan. - GEORGES GOBET / AFP

François Bayrou a toujours rêvé de recréer cette instance héritée de " l’après-guerre " et du général de Gaulle. Mais il ne veut rendre de comptes qu’à Emmanuel Macron...

C’est l’une des cruelles leçons du " coronavirus " : alors qu’une puissance comme la Chine organise méthodiquement ses avancées industrielles et technologiques, la France et l’Europe se sont retrouvées piégées par leur " court-termisme ".

Pour tenter de renouer avec une forme " d’État stratège ", Emmanuel Macron et Jean Castex veulent ressusciter le " commissariat au Plan ", un organisme hérité de " l’après-guerre " mais qui a disparu il y a quinze ans.

L’objectif ?

" Ré-éclairer l’action publique d’une vision de long terme ", claironnait le nouveau « Premier ministre » le 8 juillet.

François Bayrou est pressenti pour occuper le poste, ce qui lui permettrait de revenir dans le dispositif, lui qui a dû quitter le gouvernement dès le début du quinquennat à cause de l’enquête sur les " assistants parlementaires " du « MoDem », dans laquelle il a été « mis en examen » en décembre dernier.

Sauf que Macron prend son temps pour concrétiser cette résolution.

Selon nos informations, l’installation de Bayrou comme " Haut commissaire au Plan " n’interviendra pas avant la fin des vacances gouvernementales, alors que le « Conseil des ministres » de rentrée est prévu le 25 août.

Officiellement, le patron du « MoDem » ne voulait pas être nommé " en même temps " que les ministres et " secrétaires d’État ", histoire d’ancrer son statut à part.

Mais Bayrou estime aussi que sa nomination doit être une décision présidentielle et qu’il ne devra pas rendre de comptes au « Premier ministre ». Ce qui obligerait à innover, puisque le « Commissariat général au Plan » créé en 1946 avait été rattaché à " Matignon " : à l’époque, c’est le président du « Conseil » qui avait l’essentiel du pouvoir et non le président de la République...

Selon le " Canard enchaîné ", une bataille s’est engagée en coulisses, Jean Castex ne voulant pas s’encombrer d’un " électron libre ".

" Ils se sont vus avec Bayrou et je ne crois pas que ce soit vraiment bloquant ", dédramatise un ministre informé. Le titulaire du portefeuille de l’Économie, Bruno Le Maire, suit également l’affaire de près, lui qui est aussi ministre " de la Relance " depuis le remaniement : ce commissariat ne va-t-il pas empiéter sur ses prérogatives ?

François Bayrou, lui, voit plutôt son futur rôle comme l’animation d’une équipe resserrée chargée d’un travail prospectif.

En fait, ce genre d’organisme existe déjà : " France Stratégie " est ce qui reste du défunt « Commissariat au Plan », enterré sans fleur ni couronne sous Chirac en 2005. Mais cette institution rattachée à Matignon se contente surtout de pondre des rapports d’évaluation sur des thématiques très diverses.

Sans surprise, François Bayrou se fait une idée plus ambitieuse du « Commissariat au Plan » à la sauce " macroniste ". Ce n’est d’ailleurs pas nouveau, puisque celui qui a été trois fois candidat à la présidentielle plaide depuis longtemps pour ressusciter cette instance.

Dans son " livre-programme " de 2012, Bayrou promettait ainsi de reconstruire " un Commissariat aux stratégies nationales, qui sera chargé, avec les acteurs de terrain, tous les acteurs, d’étudier filière par filière quels sont les produits de demain, comment on peut grouper nos forces pour retrouver notre place sur les marchés nationaux, européens et mondiaux  ».

Tout un programme !

Reste maintenant à ne pas le laisser réduire à un artifice de communication.

Louis Hausalter

Marianne