Baromètre MGEN " Confiance et bien-être " : 46 % des Français ne croient plus en leur boulot

, par  DMigneau , popularité : 0%

Baromètre MGEN " Confiance et bien-être " : 46 % des Français ne croient plus en leur boulot

72,8 % des Français estimaient faire un travail utile pour la société en 2018. Ils ne sont plus que 54,3 % cette année. - AFP

Selon le baromètre " Confiance et bien-être 2019 " réalisé par " Opinion Way " pour " MGEN /Solidaris ", que nous dévoilons, nos compatriotes se disent " esseulés ", en " perte de repères ". Recul des services publics, concurrence professionnelle, isolement… Les " gilets jaunes " ont crevé l’abcès mais les symptômes sont toujours là.

« Pour résumer les résultats contrastés de cette étude, je citerai le titre d’un livre d’Hervé le Bras : " Se sentir mal dans une France qui va bien " », tente Michel Wieviorka, sociologue, « directeur d’études » à l’EHESS et chargé, par la MGEN, de traduire, pour " la plèbe " et les journalistes, les nombreuses données brutes et hétérogènes de cette grande étude menée pour la quatrième année consécutive.

« Je ne dirais pas que la France va bien , nuance le chercheur. Mais cette étude prouve que le confort matériel, qui progresse, ne suffit pas à compenser le mal-être de nos compatriotes, lié à un sentiment d’isolement, à une compétition entre les individus et un manque de sens, de projet commun »

« L’Indice global de bien-être » calculé par " Opinion Way " pour la MGEN s’établit, en 2019, à 57,5 sur 100.

Soit un recul de 1,8 point.

Notons une différence saisissante : le niveau « d’estime de soi » tombe à 46,8 pour les femmes, soit 5 points de moins que les hommes, et 10 points de moins qu’en 2018.

Une chute surprenante alors que les luttes, légitimes, pour l’égalité entre les sexes et contre les violences faites aux femmes (" MeToo "), n’ont jamais été aussi fortes

L’indice « image de soi et projection dans le futur » chute de 6,8 points à 49,3.

Difficile - et risqué ! - de sonder « l’âme » d’un peuple. Essayons de nous pencher d’un peu plus près sur l’examen de son « corps social ».

Travail

Et moi, et moi, et moi…

C’est l’un des indices dont la chute est la plus spectaculaire.

72,8 % des Français estimaient faire un travail « utile pour la société » en 2018. Ils ne sont plus que 54,3 % cette année.

Une chute libre de 18 étages !

Les fameux " Bullshit job ", théorisés par l’anthropologue américain David Graeber, grignotent encore un peu plus le champ de notre économie… « On a changé de modèle, analyse Michel Wievorka. Le numérique et la tech nous ont fait croire qu’on sortirait du taylorisme pour un monde plus " soft ". Mais nous nous retrouvons dans un univers plus stressant  : le délitement du syndicalisme renforce la solitude des travailleurs qui intériorisent les contraintes du travail. C’est en partie ce à quoi le mouvement des " gilets jaunes " a voulu répondre : ce besoin de se rassembler. »

Les luttes syndicales d’antan seraient devenues des conflits intérieurs, des dilemmes personnels dont chacun souffre dans son coin. Dans le même temps, la concurrence entre individus progresse : ils sont près de 30 % à se dire " en compétition " avec leurs collègues contre 22,5 en 2018.

Économie

Une libéralisation des esprits en marche ?

44,7 % des Français estimeraient que la « mondialisation » est une chance. Ils sont encore minoritaires, certes, mais ils n’étaient que 36,5 % en 2018 et 27,5 % en 2016 !

A ce rythme-là, le mot " globalisation " ne sera plus une insulte pour la majorité de nos concitoyens d’ici l’année prochaine. Ces derniers sont aussi moins inquiets qu’auparavant : 39 % d’entre eux craignent de connaître une longue période de chômage, soit 14 % de moins qu’en 2018. Ce n’est peut-être pas un hasard si ce pic a été atteint quelques mois avant la crise des " gilets jaunes "…

Finalement, nous sommes revenus au niveau de 2016 (39 %).

Avant une nouvelle " poussée de fièvre " ?

Santé

Un produit de luxe

Même si l’état de santé de nos compatriotes s’améliore (67,3 % sont en bonne forme), près d’un Français sur cinq (18,6 %) s’est déjà abstenu d’aller chez son généraliste pour des raisons financières ces douze derniers mois…

Ils étaient moins de 7 % dans ce cas il y a quatre ans.

Un tiers ne va pas chez le dentiste faute d’argent ; un quart s’abstient d’une visite chez l’opticien…

Le coût de la consultation n’est peut-être pas le seul facteur : dans un " désert médical ", se rendre chez le médecin ou à l’hôpital implique des déplacements et des frais supplémentaires. 45,2 % des sondés souscrivent à l’affirmation : « j’estime qu’il y a suffisamment de professionnels de santé dans ma région ». Il y a quatre ans, ils étaient 63 % !

Idem pour les « structures hospitalières » : jugées en nombre suffisant par 73 % de Français en 2016 et seulement par 58,9 % aujourd’hui.

« Cette réalité est un point de jonction possible entre les grévistes de la fonction hospitalières et les " gilets jaunes " », relève Michel Wievorka. Le manque de moyens, les postes supprimés, la fermeture d’établissements d’un côté ; les fins de mois difficiles et les difficultés de transport de l’autre. Résultat, nos concitoyens se soignent moins bien. Et la colère gronde. Une once d’optimisme ? Les Français dont les dépenses de transport grèvent le budget ne sont plus que 38%, contre 49% il y a un an, avant le mouvement. Difficile de dire où sont passés les 11%...

Politique

L’effet gilets jaunes ?

Ils sont 7 % de plus que l’an dernier à juger que la démocratie fonctionne « vraiment très bien » en France. Certes, au total, cela ne porte la proportion de « ravis des urnes » qu’à 34,2 % mais tout de même, c’est un progrès.

Ils sont 45,8 % à penser que les « hommes politiques » peuvent encore faire « bouger les choses ».

« Il est impossible de lire ces résultats sans tenir compte du mouvement des " gilets jaunes ", qui réclamaient davantage de démocratie directe , juge notre expert. Un grand débat, quoiqu’on pense de sa forme et de sa nature, a fait suite à la mobilisation : à la différence de pays comme le Chili, l’issue a été démocratique et sociale (l’État a débloqué 17 milliards d’euros, ndlr). »

Reste encore du boulot : seuls 22 % des sondés font confiance au personnel politique pour tenter d’améliorer leur « qualité de vie ».

Le baromètre :

Lucas Bretonnier

Marianne