Bamako fauchée dans ses rêves

, par  DMigneau , popularité : 34%

Bamako fauchée dans ses rêves

Huit mois après un attentat revendiqué par le groupe islamiste Al-Mourabitoune, Bamako est à nouveau touchée. Dix-huit corps ont été retrouvés à l’hôtel Radisson après une prise d’otage. Celle-ci serait de nouveau revendiquée par Al-Mourabitoune.

Devant le Radisson Hotel les forces de sécurité maliennes évacuent Sekouba Bambino. Le grand chanteur guinéen, sain et sauf, avait participé à l’enregistrement de Mali Ko en 2013 ©Harouna Traore/AP/SIPA

Bamako essayait de tourner la page.

Il y a deux ans, la guerre menée au nord du Mali contre les islamistes impliquant plusieurs pays africains et la France, avait empêché des événements culturels internationaux de s’y tenir.

Petit à petit, la capitale malienne reprenait cependant rendez-vous avec les arts. Il y a tout juste trois semaines, les Rencontres de Bamako, biennale africaine notoire de la photographie, inauguraient leur 10e édition, celle-ci n’ayant pu avoir lieu en 2013. Mais la remise du Prix des Cinq Continents, prix littéraire créé par l’Organisation internationale de la francophonie et qui devait se dérouler ce week-end à Bamako, n’aura pas lieu, annulée suite à l’attentat de l’hôtel Radisson.

Aucun signe extérieur de tension n’animait la ville ces dernières semaines. Pas de danger palpable ni de sentiment anti-Français. Quelques patrouilles de soldats, maliens ou français, mais rien ne venait troubler la douceur de vivre bamakoise.

Seul le bar-restaurant La Terrasse, haut lieu de la vie nocturne du quartier de l’Hippodrome, demeurait tristement déserté. Dans la nuit du 6 au 7 mars dernier, un attentat perpétré et revendiqué par le groupe islamiste Al Mourabitoune fit cinq morts dans l’établissement dont un Français et un Belge. Depuis, Le patron libanais, Wahib Assy, dit " Le Vieux ", a eu beau refaire le lieu à neuf, en changer le nom (il s’appelle désormais le Doo Doo), rien n’y fait pour lui redonner vie.

Mais c’est bel et bien sous le signe d’une menace d’éventuelles attaques terroristes que les Rencontres de Bamako ont ouvert leurs portes. Invités par l’Institut Français (opérateur culturel sous la tutelle du Quai d’Orsay coproducteur de l’événement avec le Ministère de la culture malien), les journalistes français venus couvrir l’événement ne pouvaient ignorer l’inquiétude des autorités hexagonales.

Durant leur séjour, ils se sont pliés aux mesures de sécurité draconiennes imposées par l’Institut : réunion d’information préalable avec la cellule de crise du Quai d’Orsay, escorte armée permanente et hébergement sécurisé, à l’hôtel Onomo.

Situé à quelques encablures du Radisson, cet établissement appartenant à une chaîne d’hôtels (également implantés à Dakar, Lomé, Abidjan et Libreville) a principalement basé son développement sur l’assurance d’une sécurité « active de haut niveau afin de minimiser au maximum l’exposition de ses clients, de ses salariés et de ses hôtels aux risques en tout genre » comme l’indique innocemment la plaquette.

Une haute façade sans fenêtres encerclant l’hôtel lui donne plus l’allure d’une enceinte carcérale que celle de l’architecture soudanaise vantée. Les véhicules entrant, civils ou militaires, sont minutieusement inspectés, capots, coffres et boîtes à gants passés au crible. Les clients systématiquement fouillés. De nombreux étrangers, ainsi que des militaires français y logent. Après le drame du Radisson, on ne doute pas que l’Onomo a un bel avenir devant lui.

Il faudra par contre beaucoup d’énergie aux acteurs culturels en place pour canaliser la psychose et restaurer la confiance. Beaucoup de musique, de littérature et de regards photographiques pour redonner l’espoir. Il y a plus de deux ans, en pleine guerre, les stars de la musique malienne unissaient leur voix pour enregistrer au studio Bogolan Mali Ko (La Paix) et scander : « Ils veulent nous imposer la charia. Allez leur dire que le Mali est indivisible et inchangeable ». Nul doute que leurs voix sauront se faire entendre à nouveau.

Frédérique Briard

Marianne