" Avenir lycéen ". « Blanquer n’a plus aucune légitimité à être ministre » : les réactions du président de l’UNL

, par  DMigneau , popularité : 0%

" Avenir lycéen ". " Blanquer n’a plus aucune légitimité à être ministre " : les réactions du président de l’UNL

L’UNL juge que Jean-Michel Blanquer " a largement outre-passé ses fonctions " et demande " sa démission ". © Eric Tschaen/REA

Mathieu Devlaminck, président de « l’Union nationale lycéenne », la principale organisation lycéenne, s’apprête à déposer une plainte contre le ministère de l’Éducation nationale.

En cause : les subventions qu’il a versées, depuis 2018, à " Avenir lycéen ", un syndicat à ses ordres. L’affaire met Jean-Michel Blanquer sur le gril…

" Tout ça est révélateur des valeurs éthiques de notre ministre ", nous dit le président de l’UNL.

Entretien.

L’Humanité : Comment réagissez-vous aux révélations de " Mediapart " et " Libération " sur la création, en 2018, d’ " Avenir lycéen ", une organisation relayant les propos du ministère ?

Mathieu Devlaminck : Ce que nous avons découvert, c’est que le ministre a décidé en 2018 de contrer la contestation de ses réformes en créant de toutes pièces une " association lycéenne " : " Avenir lycéen " (AL).

Concrètement, il a demandé à son « Directeur général de l’enseignement scolaire » (Dgesco), Jean-Marc Huart, de contacter des lycéens " engagés ", et à des recteurs d’académie de leur parler de cette " association " et de leur faire passer des mots d’ordre pour organiser une contestation au mouvement de blocage des établissements en cours.

Il y a eu des réunions régulières entre les fondateurs d’AL et le ministère.

Le lien était tel que, quand Clairanne Dufour, une des fondatrices d’AL, s’est rapprochée " à titre amical " de notre ancien président Louis Boyard, il y a un an et demi, elle a été convoquée dans le bureau du ministère.

Pour nous, il y a une ingérence.

Quand un ministre décide d’aller voir des lycéens pour faire passer ses propres " éléments de langage ", il y a un vrai frein à l’indépendance des élus lycéens et à la démocratie.

L’Humanité : Quelles autres questions pose cette affaire ?

Mathieu Devlaminck : Le ministère a aussi largement subventionné AL et a " fermé les yeux " sur la façon dont ces fonds étaient utilisés pour payer les " frais de bouche " de ses membres.

Tout ça est révélateur des " valeurs éthiques " de notre ministre de l’Éducation nationale. Cela va bien au-delà d’un " détournement de fonds publics " par des lycéens pour se payer des restaurants et hôtels de luxe.

Il y a aussi l’aspect « corruption de mineurs ».

L’Humanité : Avenir lycéen a reçu d’importantes subventions. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Mathieu Devlaminck : Il y a eu un vrai favoritisme.

En 2019, " Avenir lycéen ", qui est une organisation de 30 personnes, a reçu 65 000 euros de subventions puis de nouveau 30 000 en 2020.

En parallèle, l’UNL, présente dans 25 départements, a vu les siennes divisées des deux tiers, passant de 80 000 euros en 2019 à 20 000 en 2020.

Les raisons d’un tel écart sont politiques.

Si nos subventions ont baissé, c’est parce qu’on s’opposait notamment aux réformes Blanquer et qu’on appelait les lycéens à se mobiliser.

Nous préparons une plainte qui sera déposée prochainement.

On sait que « le ministère » était au courant de la situation puisque le « Délégué à la vie lycéenne » avait reçu les membres d’AL pour leur expliquer comment gérer l’argent public.

L’Humanité : À l’époque, aviez-vous été surpris par la création de ce nouveau mouvement lycéen ?

Mathieu Devlaminck : On se doutait qu’il y avait des liens un peu " troubles " avec le ministère de l’Éducation nationale : on voyait bien qu’AL relayait toujours les « éléments de langage » du gouvernement dans les instances.

Il était, aussi, déjà clair qu’il y avait une stratégie du ministère pour tuer le mouvement lycéen et ne pas avoir à discuter avec ses représentants.

À cette période, nous n’avons été reçus que deux fois par le ministère : le 10 et le 17 décembre 2018.

Nous ne l’avons plus jamais été ensuite, jusqu’à la semaine dernière.

Dans le même temps, le gouvernement se servait d’AL pour montrer qu’il était " à l’écoute " des lycéens et qu’il n’y avait aucun souci de démocratie.

Plutôt que de dialoguer avec une organisation représentative, ils ont préféré créer une organisation factice.

L’Humanité : Cette affaire peut-elle ébranler Jean-Michel Blanquer ?

Mathieu Devlaminck : Pour le moment, le ministre n’a pas l’air de réagir beaucoup. Tous les fonctionnaires de l’éducation nationale " se renvoient la balle ".

À l’UNL, nous demandons clairement sa démission, car nous jugeons que le ministre a largement outrepassé ses fonctions.

On espère que la « commission d’enquête » qui va potentiellement se lancer à « l’Assemblée nationale » réussira à le faire " tomber ".

Pour nous, il n’a plus aucune légitimité à être ministre de l’Éducation. Il a fait des réformes totalement impopulaires et la façon dont il les a fait passer est totalement scandaleuse.

Camille BAUER

humanite.fr