Avec l’Iran, Biden opte pour le " dialogue de la canonnière "... pour l’instant

, par  DMigneau , popularité : 0%

Avec l’Iran, Biden opte pour le " dialogue de la canonnière "... pour l’instant

ANDREW CABALLERO-REYNOLDS / AFP

Une semaine près l’attaque menée par des milices pro-iraniennes sur la base aérienne irakienne de Balad, près de l’ambassade américaine à Bagdad, le président étasunien a décidé de réagir en lançant une offensive en Syrie contre ces mêmes forces.

Washington parle de " réponse proportionnée et essentiellement défensive ". Mais pour l’instant le " dialogue " irano-américain nouvelle version, ne change guère de celui entrepris du temps de Donald Trump.

Evidemment, le parallèle est tentant : il y a un peu plus d’un an, le 3 janvier 2020, le général Qassam Soleimani, commandant en chef des " forces spéciales " des « Gardiens de la Révolution » et homme clé du régime des mollahs, était éliminé sur ordre explicite de Donald Trump.

Parmi les victimes de la frappe exécutée par un drone " MQ-9 Reaper ", on relevait quelques figures de premier plan des groupes " pro-iraniens " en Irak agissant sous la férule du défunt : ainsi Abou Medhi al-Mouhandis, le chef du " Kataeb Hezbollah ", et plusieurs officiers du " Hachd al-Chaabi ", coalition de milices " chiites ".

Ce sont grosso modo ces mêmes forces qui viennent d’être ciblées par l’armée américaine dans le nord-est de la Syrie. Plus précisément, " un convoi de trois camions chargés de munitions venant d’Irak au niveau du poste-frontière illégal au sud de la ville syrienne de Boukamal ", selon " l’Observatoire syrien des droits de l’Homme " (OSDH).

D’après un premier bilan dressé par l’ONG, dix-sept combattants, " tous du Hachd al-Chaabi " auraient perdu la vie.

Pour sa première opération militaire depuis son investiture, Joe Biden entendait réagir à une série d’attaques conduites par ces mêmes milices près de l’ambassade américaine à Bagdad, sur la base aérienne irakienne de Balad, située plus au nord et enfin contre une base militaire accueillant des troupes étrangères de la coalition à l’aéroport d’Erbil (Kurdistan irakien).

" Réponse propotionnée " VS. " assassinat illégal "

Pour le porte-parole du Pentagone, cette " réponse proportionnée ", essentiellement " défensive ", serait un avertissement à Téhéran, pas une déclaration de guerre.

En clair : tout le contraire de " l’assassinat illégal " de Soleimani que les " Démocrates " avaient dénoncé comme tel à l’époque, à l’instar d’ailleurs du " Haut-Commissariat aux Droit de l’Homme " (HCDH) de l’ONU.

" Nous avons fait ce qui aurait du être fait depuis vingt ans ", s’était justifié Donald Trump, évoquant tous les " mauvais coups " orchestrés - ou parrainés - par Qassam Soleimani et ses alliés entre Beyrouth et Téhéran.

Contrairement aux prédictions, loin d’embraser la région, le " coup de sang " de l’ancien président n’avait entrainé que des ripostes limitées de Téhéran.

A la faveur du changement d’administration comme des déclarations de Biden se disant " disposé " à envisager le retour des Etats-Unis dans l’accord sur le nucléaire de 2015, les " durs " du régime veulent peut-être tester la résistance du " Grand Satan " devenu " vertueux ".

Ils y sont encouragés par l’évolution d’une opinion publique de moins en moins favorable à une reprise des négociations. Officiellement, le guide suprême Ali Khameini réclame la levée de toutes les sanctions américaines avant toute reprise du dialogue, lequel devrait se faire sous l’égide de l’UE.

Alors, a-t-il précisé le 7 février dernier, " nous reviendrons à un respect total de l’accord ". Certains experts doutent fortement de cette promesse, estimant que l’Iran pourrait d’ici un an disposer d’une arme nucléaire " basique " .

A suivre.

Alain LEAUTHIER

Marianne.fr