Avec Jean Castex, Macron nomme un " super dir’cab " qui va plaire à la droite

, par  DMigneau , popularité : 0%

Avec Jean Castex, Macron nomme un " super dir’cab " qui va plaire à la droite

Jean Castex - ici avec Emmanuel Macron à Créteil, en janvier 2019 - est le nouveau Premier ministre de la France. - Ludovic MARIN / / AFP

Parfait inconnu du grand public, Jean Castex aura surtout un rôle de " soutier " auprès d’un Macron omniprésent. En le nommant « Premier ministre » ce 3 juillet, le président cherche à reprendre la main sur la technocratie, tout en continuant à " braconner " à droite.

« C’est qui ? » Emmanuel Macron a le chic pour que les Français se posent cette question quand il nomme un « Premier ministre ». Édouard Philippe était un inconnu lorsqu’il s’est retrouvé propulsé à Matignon, après la présidentielle de 2017.

Jean Castex, qui lui succède ce vendredi 3 juillet, est à peine entré dans la lumière quand il a été chargé, en avril, de coordonner le " déconfinement ". Ce quinquagénaire à l’allure bonhomme, à la fois " énarque " et élu local, arrive donc rue de Varenne sans notoriété ni poids politique.

Cela est fait exprès. Jean Castex a un profil " d’organisateur ", chargé de faire tourner la " machine étatique " tandis qu’Emmanuel Macron prendra les décisions - et la lumière - en vue de la prochaine présidentielle.

Ce membre de la « Cour des comptes » est un haut fonctionnaire d’une " redoutable d’efficacité " : c’est Édouard Philippe lui-même qui l’a dit, le 6 avril, quand il l’a nommé " Monsieur Déconfinement " !

" Emmanuel Macron a décidé de changer de collaborateur , cingle de son côté l’ancien ministre " sarkozyste " Brice Hortefeux. De toute façon, il n’avait personne d’autre ! »

En 2016, déjà, Jean Castex avait fait savoir sa " disponibilité " pour un rôle de " soutier gouvernemental ". Dans l’hypothèse où Alain Juppé remportait la " primaire " de la droite, puis la présidentielle et où Valérie Pécresse était nommée à Matignon, il était candidat pour être son " directeur de cabinet ".

Quatre ans plus tard, voilà exaucé le rêve du maire de Prades, commune de 6 000 habitants à 40 km à l’est de Perpignan : il fera bien office, depuis Matignon, de " super-dir’cab " !

« Quand Emmanuel Macron remplace Édouard Philippe par Jean Castex, il remplace un concurrent par un collaborateur  », souffle l’un de ceux qui l’ont côtoyé dans les cabinets de Xavier Bertrand sous le gouvernement Fillon.

Son " directeur de cabinet " sera un proche de Macron

Le chef de l’État, qui s’est déjà plaint à plusieurs reprises du poids de " l’Etat profond " - comprenez la puissance souterraine de « l’administration » - cherche aussi à remettre le grappin sur la " technocratie ".

En se séparant d’Édouard Philippe, il limoge du même coup son directeur de cabinet Benoît Ribadeau-Dumas, devenu une " bête noire " pour certains ministres et députés de la majorité, très remontés contre ses arbitrages intransigeants et son obsession pour les " équilibres budgétaires ".

En 2017, Édouard Philippe avait bataillé pour choisir son " dir’cab " : il voulait absolument que ce soit son ami « Ribadeau », camarade de promo de l’ENA et " conseiller d’Etat " comme lui. Macron avait dû renoncer à lui imposer l’un de ses proches, Nicolas Revel, un ancien de l’Elysée époque Hollande.

Cette fois, la " reprise en main " est actée : Revel sera le " directeur de cabinet " de Castex. Sa nomination a été officialisée dès vendredi.

Côté politique, la différence avec Édouard Philippe ne sautera pas aux yeux de l’opinion : Macron remplace un " énarque " et élu local de droite... par un " énarque " et élu local de droite !

A la différence que Castex présente un profil plus " populaire " et " social " à en croire ses proches.

Pour le dire autrement, plus " sarkozyste " que " juppéiste ", lui qui fut « Secrétaire général adjoint » de l’Elysée à la fin du quinquennat Sarkozy.

« C’est un grand " commis de l’Etat ", mais avec une fibre " provinciale ". Il y a chez lui à la fois du Raymond Barre et du Georges Pompidou , s’enthousiasme Camille Pascal, ancien conseiller de Sarkozy qui l’a côtoyé pendant deux ans. Le coup de Macron est intelligent : il prend quelqu’un de droite, mais affirme un " tournant social ". »

Pour le reste, difficile de déceler un défaut chez Castex quand on interroge ceux qui le connaissent. A la fois ferme et " humain ", travailleur et affable, rigoureux et drôle...

Les louanges pleuvent !

« C’est quelqu’un qui fait l’unanimité sans être un consensuel mou. Il a un solide sens de l’humour qui le sort de toutes les situations difficiles », glisse un autre de ses anciens collègues. Le profil idoine pour " écoper dans la cale ", pendant qu’Emmanuel Macron tente de maintenir la barre de son vaisseau vers 2022.

Louis Hausalter avec Soazig Quéméner

Marianne