Audition au Sénat : Alexandre Benalla le furieux se retransforme en rempart de l’Elysée

, par  DMigneau , popularité : 0%

Audition au Sénat : Alexandre Benalla le furieux se retransforme en rempart de l’Elysée

Alexandre Benalla n’a pas fait de vagues devant les sénateurs - Bertrand GUAY / AFP

Interrogé par les sénateurs ce mercredi 19 septembre, Alexandre Benalla n’a offert aucune précision exploitable à la commission d’enquête de Philippe Bas. Manifestement bien préparé pour son audition, il nie toujours s’être occupé d’une quelconque façon de la " sécurité " du président. Réfutant donc l’idée d’une police parallèle au service de Macron.

On l’avait quitté " furax ", déversant à une journaliste de " France Inter ", pendant 9 minutes, son mépris des sénateurs qui se permettaient, " ces petits marquis ", de le convoquer en " bafou(ant) notre démocratie ".

Huit jours plus tard, ce mercredi 19 septembre, c’est un tout autre Alexandre Benalla qui s’est présenté devant la « Commission d’enquête sénatoriale ».

Chaussé de ses désormais incontournables petites lunettes rondes, l’ex-chargé de mission de l’Elysée a même commencé son audition par un acte de contrition inattendu, après avoir prêté serment : " J’ai un profond respect pour le Sénat et les sénateurs. J’ai un profond regret pour les propos que j’ai pu tenir à votre encontre Monsieur le président et je vous présente mes excuses ".

Et de s’adresser plus précisément au président Philippe Bas (LR), qui était visé par l’expression " petit marquis " : " J’ai un profond regret pour les propos que j’ai tenus à votre encontre. Je voulais vous assurer de mon respect total, et vous présenter mes excuses, monsieur Bas ".

Cette démonstration de bonne volonté annonçait la suite de l’audition : Alexandre Benalla a choisi de faire " profil bas ", endossant le costume " de gendre idéal " qu’il avait présenté au " 20 heures " de TF1 le 27 juillet. Lisse sur la forme, mais aussi minutieusement préparé sur le fond, multipliant les " pour être très précis " en préambule de réponses " tirées au cordeau "… quitte à paraître " jouer sur les mots ".

Benalla prétend n’avoir " jamais été le garde du corps d’Emmanuel Macron "

Tout au long de l’audition, qui visait à éclaircir son rôle exact dans le dispositif élyséen, l’ex-collaborateur du président a tenu avec une constance inébranlable la position qu’il défend depuis le début de l’affaire, celle de l’Elysée, martelée en juillet par son secrétaire général, Alexis Kohler : non, il n’y avait " pas de police parallèle à l’Élysée ".

D’ailleurs, si l’on en croit Alexandre Benalla, qui apparaît pourtant sur nombre d’images télévisées aux côtés du président, il n’a " jamais été le garde du corps d’Emmanuel Macron ".

Interrogé sur de nombreux éléments troublants, le jeune homme à chaque fois relativisé ou plaidé l’initiative personnelle.

- Sa " proximité physique " avec le chef de l’Etat ?

Nécessaire pour son rôle de " facilitateur " et d’ " interface ".

- Son permis de port d’arme ?

Une demande pour sa " sécurité personnelle ", manifestement autant en jeu que celle d’Emmanuel Macron : " Quand vous êtes en campagne, vous êtes exposé vous-même. Quand vous habitez dans le même endroit depuis huit ans, vous passez dans les médias, on peut vous reconnaître ".

- Son oreillette apparaissant sur des images de déplacements d’Emmanuel Macron ?

" Le même appareil radio que le GSPR (service de la sécurité présidentielle, ndlr)", certes, mais " pas sur la même fréquence ".

- Son accès à l’Assemblée nationale ?

" Je reconnais que c’est un caprice personnel pour avoir accès à la bibliothèque et à la salle de sport ".

Oubliez donc les fantasmes de " barbouzes " à l’Elysée : Alexandre Benalla n’a jamais eu, en somme, qu’un rôle " administratif " au Palais : " Vous êtes une sorte de metteur en scène, de chef d’orchestre des déplacements et des événements du Palais "…

Soignée, cette argumentation a tout de même fini par se gripper sur un point, quand l’auditionné a assuré : " Je n’ai jamais fouillé ou contrôlé l’identité d’un journaliste ". Or, BFMTV a diffusé en juillet des images montrant Alexandre Benalla réclamer leurs papiers d’identité à des journalistes.

Réponse de l’ex-conseiller présidentiel : formellement, les contrôles qu’il réclamait étaient réalisés par les policiers qui l’accompagnaient. Nuance…

Conclusion : si Alexandre Benalla n’a jamais été " garde du corps " d’Emmanuel Macron, il est aujourd’hui rudement efficace en " rempart de l’Elysée " !

https://twitter.com/PremiereEdition/status/1021248986664103936

Étienne Girard

Marianne