Au pays du Kama Sutra, le porno dérange encore

, par  DMigneau , popularité : 64%

Au pays du Kama Sutra, le porno dérange encore

Le blocage des sites porno tourne à la vaste blague en Inde. Résumé des épisodes précédents : vendredi 31 juillet, le gouvernement Modi ordonne en catimini à tous les fournisseurs d’accès à internet de fermer quelque 900 sites au nom de “ la morale ” et de “ la décence ”. Dans le tas, plusieurs adresses se retrouvent étrangement black-listées en Inde et ailleurs dans le monde comme celle du journal français " Le Dauphiné Libéré ".

Rapidement, les internautes se rendent compte qu’ils ne peuvent plus télécharger photos et vidéos coquines, la nouvelle se répand alors comme une traînée de poudre ; lundi 3 août, le ministre des télécoms, Ravi Shankar Prasad, monte au front pour assurer que les nationalistes hindous au pouvoir à Delhi sont favorables à “ l’indépendance des médias ” et qu’ils respectent “ la liberté d’expression sur les réseaux sociaux ”. Si le blocage des sites porno a été décidé, précise-t-il, c’est parce que la Cour Suprême a recommandé une telle mesure dans le cadre de la lutte contre la pédophilie.

Le tollé est général dans tout le pays et mercredi 5 août, le gouvernement fait marche arrière, reconnaissant implicitement être, sinon allé trop loin, du moins avoir opéré d’une façon particulièrement maladroite. Les fournisseurs d’accès restent toutefois sur leurs gardes. En attendant de recevoir des consignes claires de l’exécutif, ils continuent de bloquer un grand nombre de sites porno. Quant à la population indienne, elle expose encore une fois au grand jour ses profondes contradictions sur tout ce qui touche au sexe. Ainsi, dans un sondage publié jeudi 6 août par le quotidien Mint, 62 % des personnes interrogées se disent d’accord avec le blocage des sites porno et 54 % estiment que cette mesure va faire reculer la violence dont femmes et enfants souffrent dans le pays. Mais en même temps, 59 % avouent regarder du porno en ligne et 56 % voient dans l’interdiction une atteinte à la liberté individuelle. Cherchez l’erreur...

Le mot de la fin revient à Shivam Vij, blogueur sur le site d’information DailyO, qui a choisi l’humour pour résumer la situation. Celui-ci cite des sources “ invérifiables ”, selon lesquelles c’est le Parti du Peuple Indien au pouvoir (BJP) qui aurait fait pression sur le gouvernement pour maintenir l’accès au porno en ligne. Pourquoi ? Parce que plusieurs élus dans des assemblées régionales se sont fait pincer en train de regarder des vidéos immorales et indécentes pendant qu’ils siégeaient dans l’hémicycle. Même l’organisation paramilitaire ultraconservatrice RSS, matrice idéologique du BJP, aurait mis son grain de sel, rappelant au Premier ministre, Narendra Modi, que l’Inde était le pays du Kama Sutra et des temples de Khajurâho, connus pour leurs scènes de fornication sculptées sur les façades.

Guillaume Delacroix

Médiapart