Au Maroc, un village autonome : Tizi n’Oucheg

, par  DMigneau , popularité : 0%

Au Maroc, un village autonome : Tizi n’Oucheg

Composée de 4 étudiantes ingénieures agronomes " AgroParisTech ", l’équipe d’" Harveez " voyage à travers l’Afrique pendant près d’un an pour interviewer ONG, agriculteurs et entrepreneurs dans le but de découvrir et promouvoir les initiatives innovantes et " frugales " qui réformeront durablement le monde de l’agriculture, de l’environnement et de l’énergie.

Notre motto : " Faire mieux, avec moins ! "

En novembre 2018, nous visitions le Maroc et découvrions izi n’Oucheg. Grâce à son association citoyenne à laquelle les 600 habitants sont adhérents, ce village perché à 1600 mètres d’altitude dans les montagnes de l’Atlas a pu améliorer l’éducation, l’assainissement et l’agriculture.

Retour en image sur un séjour passé avec Rachid Mandili, président de l’association.

https://youtu.be/xGVqwIYMC1I

Au centre du Maroc, à plus de 1 500 mètres d’altitude, de nombreux villages surplombent les vallées du Zik et de l’Ourika.

Les montagnes atlasiques sont un véritable " château d’eau " pour l’ensemble de la région. Cependant, l’eau vient souvient à manquer et les populations qui vivent majoritairement d’une agriculture " de subsistance " se trouvent une grande partie de l’année avec peu de ressources à se partager.

Dans notre quête d’initiatives ingénieuses et frugales, nous rendons visite à Rachid Mandili, propriétaire d’un gîte dans un de ces douars (" villages ", en berbère) : Tizi n’Oucheg.

Il est aussi le président de « l’Association de Développement de Tizi n’Oucheg » créée en 2010.

https://www.facebook.com/Association-Tizi-noucheg-676105919170885/

Nous l’accompagnons au gré des ruelles du village, suivons les canaux d’irrigation pour comprendre l’organisation sociale qui régit le partage des ressources et les différentes actions de développement.

Nous avons tourné une courte vidéo résumant l’article qui suit :

https://youtu.be/xGVqwIYMC1I

Musique : Fatoumata Diawara - Sowa.

Un village berbère six fois centenaire, où la gestion participative est une tradition.

Des berbères furent les premiers occupants du village de Tizi n’Oucheg il y a plus de 600 ans.

Ils ont, au fil du temps, développé de nombreux systèmes ingénieux pour l’agriculture ; notamment en terme d’irrigation.

Le terrassement des terrains permet de pallier le dénivellé et de prévenir le ruissellement de l’eau.

Un réseau de canaux en terre - fortement argileuse - permet d’acheminer l’eau depuis la source jusqu’à Tizi n’Oucheg, en passant d’abord par un village en amont.

Chaque jour, un membre de la communauté se rend à pied au réservoir situé à près d’un kilomètre en hauteur du village, afin d’ouvrir les canaux du village et les referme en fin de journée afin de faire bénéficier le village voisin de la précieuse ressource qui émane de la résurgence d’altitude.

A l’échelle du village, une " Jemaa " (groupe de décisionnaires pour la gestion des ressources composées " d’anciens ", de représentants des familles principales...) se rend chaque matin au réservoir pour attribuer une certaine quantité d’eau à chaque parcelle.

Pour garantir l’équité - et la frugalité -, pas besoin de capteurs mesurant le niveau du réservoir, ni de vannes automatisée. Un roseau est planté dans l’eau pour en mesurer la hauteur. Puis, en fonction des " tours d’eau " des précédents jours, un certain nombre de " doigts " (unité de mesure le long du roseau) sont attribués à chaque famille.

L’Association de développement, où chacun est force de proposition et d’action

Deux plans étatiques d’envergure ont permis en 2000 de fournir un accès à l’électricité puis d’instaurer un forage communal (grâce à un PAGER : " Programme d’Approvisionnement Groupé en Eau potable des populations Rurales ").

Malgré ces avancés, l’inertie politique ne permet pas aux villageois d’accéder à une éducation de qualité ni à l’emploi.

Les conditions de vie sont précaires (pas d’assanissement) et le village demeure isolé d’un Maroc en plein essor.

Depuis 2010 et après que le choléra ait atteint plusieurs habitants, « l’Association de Développement » à laquelle chacun des 600 habitants adhère a choisi de mettre en oeuvre nombre d’actions priorisées, dont un extrait est présenté sur la photo ci-dessous.

De nombreuses actions ont été réalisées grâce au bénévolat des habitants du village : " mettre la main à la pâte pour décider de son futur ".

Simplicité, ressources locales et inclusion sociale : les piliers d’une frugalité qui marche

La station d’épuration frugale est l’une de nos innovations favorites.

Composée de sacs de ciments recyclés contenant un mélange de charbon, d’argiles et de sables locaux, elle permet de faire circuler l’eau domestique usée en vue de la purifier avant sont rejet dans la nature.

Un futur projet est d’instaurer un filtre planté de roseaux et d’autres espèces dont les propriétés hyperaccumulatrices permettent de purifier l’eau tout en étant productif.

De même, une étude est conduite pour réutiliser les eaux usées pour l’irrigation.

Ces systèmes permettent aux habitants de prospérer tout en protégeant au maximum leur environnement et les ressources naturelles dont ils dépendent.

D’autant que, comme nous l’avons vu, ces innovations environnementales et frugales ne datent pas d’hier. La décharge instaurée par l’association permet de collecter le peu de déchets plastiques des habitants, mais le tri des déchets et leur ré-utilisation a toujours été chose commune.

Les papiers, cartons et autres matières combustibles sont recyclés dans " le hammam ", tandis que les déchets organiques sont donnés aux animaux.

Quant aux innovations sociales, elles reposent principalement sur la prise de décision en commun et l’inclusion des plus démunis : un bel exemple est celui du prix de l’eau domestique, avec la mise en place de seuil selon la consommation.

Les premiers 500 litres coûtent 1 dirham (10 centimes).

A partir de 5 m3 les 500 litres supplémentaires coûtent 5 dirhams, puis 10 dirhams à partir de 12 m3.

Bien que l’ensemble des actions réalisées dépendent du dévouement des habitants et de la détermination de l’association, des ONG notamment françaises ont en partie supportée les projets.

C’est le cas de AAA (" Action autonomie avenir ").

Un grand merci à Rachid Mandili pour son accueil, ses explications et les randonnées incroyables réalisées au travers des magnifiques montagnes de l’Atlas.

Plus d’informations sur notre site internet :

www.harveez.com

Anna

AgoraVox