Au FMI, le printemps promis n’est jamais venu

, par  DMigneau , popularité : 64%

Au FMI, le printemps promis n’est jamais venu

DSK avait annoncé un grand chambardement au sein de l’institution de Washington. Au final, le bilan est maigre. Surtout, il n’est pas parvenu à infléchir les politiques d’austérité. Mais avait-il vraiment essayé ?

« Jack is back ! » Le 21 juin dernier, DSK ouvrait son compte Twitter par ce message vengeur, allusion aux multiples résurrections de l’agent Jack Bauer, héros de la série « 24 ». Quelques jours plus tard, le 27 juin, il publiait sur le réseau social une contribution originale à la crise grecque, alors à son paroxysme : il suggérait notamment qu’Athènes bénéficie d’une réduction massive de sa dette. Un coup de griffe bienvenu à l’acharnement thérapeutique de Merkel et consorts sur le malheureux patient hellénique, déjà au bout du rouleau.

Au passage, il en profitait pour égratigner le FMI, qui « aurait dû être beaucoup plus pressant dans ses recommandations pour conduire un ajustement plus symétrique et moins procyclique dans toute la zone ». Traduction : les plans d’austérité imposés par les Européens et l’institution de Washington ont constitué une erreur dramatique. Une énorme boulette. On ne peut qu’applaudir. Mais, au fait, à l’époque, qui était à la tête de ce FMI si justement honni par Dominique Strauss-Kahn ? Un certain... Strauss-Kahn Dominique !

A la limite, ce mea culpa l’honore. Mais, de la part de cet économiste si distingué, on eût apprécié une lucidité qui ne fût pas uniquement rétrospective.

Tout avait bien commencé pour DSK à la tête du FMI. Nous sommes fin 2007 et la vénérable institution est en déshérence, discréditée par les ajustements structurels aveugles imposés aux pays du Sud, potions amères qui les ont laissés exsangues.

L’organisation est vieillissante, ses comptes sont dans le rouge et ses avis à peine plus écoutés que ceux d’une vieille tante acariâtre. « Il faut reconnaître qu’il a modernisé l’institution, témoigne Véronique Riches-Flores, économiste et présidente de RF Research. Elle s’est mise à communiquer davantage et de manière moins institutionnelle. »

DSK apure les comptes - supprimant au passage 500 postes sur 2 800 -, prône une augmentation des droits de vote des pays émergents. Enfin, sous la férule de son chef économiste, Olivier Blanchard, le FMI ouvre son département de recherche à des thèmes considérés jusque-là comme tabous : les bienfaits de l’inflation, les conséquences des inégalités sur la croissance... « Le consensus de Washington est derrière nous », osera même DSK un peu plus tard.

Une opération de com. rondement menée qui va trouver son aboutissement avec le déferlement de la crise, servie comme sur un plateau à l’ancien patron de Bercy.

DSK défend très tôt la nécessité de plans de relance coordonnés pour éviter une dépression mondiale. Lors de la chute de Lehman Brothers, ce n’est pourtant pas lui, mais plutôt Ben Bernanke, le patron de la Fed, Gordon Brown ou encore Nicolas Sarkozy, qui se retrouvent en première ligne pour éviter la catastrophe.

Mais l’effondrement du système financier remet bel et bien le FMI au centre du jeu. La priorité est à la régulation internationale. DSK saura en profiter habilement pour placer ses pions, lors du G20 de Londres d’avril 2009 : le FMI se voit attribuer 1 000 milliards de dollars de fonds et est promu garant du nouvel ordre mondial censé émerger de la crise.

C’est la consécration.

Après ce morceau de bravoure... plus rien, ou si peu ! Comme souvent avec lui, les carrosses se changent en citrouilles, les princes charmants en crapauds et les montagnes accouchent de souris. Quant aux promesses, elles n’engagent que ceux qui y croient... La régulation financière demeure largement dans les limbes, sans parler de la coordination des politiques budgétaires et monétaires.

Le FMI revient rapidement sur ses rails et retourne à ses marottes : des « plans d’ajustement », autrement dit des " réformes structurelles " d’inspiration néolibérale en échange d’une aide financière.

Une étude du " Center For Economic And Policy Research " témoigne de la persistance de cette orientation. Ce think tank américain a passé au crible les 41 accords passés par le FMI en pleine crise financière : dans 31 cas, le FMI a imposé des mesures d’austérité, dites « procycliques » qui ont accentué la récession.

Pour le basculement néokeynésien, il faudra repasser.

A partir de 2009, ce sont principalement les pays européens qui vont faire les frais de ces politiques conduites avec la Commission européenne et la BCE au sein de la troïka : l’Irlande, l’Espagne, le Portugal, la Grèce subissent le gel des pensions, la baisse des salaires des fonctionnaires, la suppression de prestations sociales...

Qu’en pense DSK ?

Comme souvent, sa position est fluctuante, voire ondoyante : d’un côté, il œuvre parfois pour adoucir les plans concoctés par les Européens sous la baguette d’Angela Merkel. Ainsi, en 2010, il contribue à obtenir trois ans de délai supplémentaire pour que la Grèce puisse rembourser ses emprunts. Non négligeable, même si c’est insuffisant, quand il aurait fallu restructurer drastiquement la dette d’Athènes.

Sur France Inter, fin 2010, il affirme même que le FMI est « de gauche » : « Les nouveaux programmes du FMI, et je pense à la Grèce en particulier, ont été construits de telle manière qu’on revienne à l’équilibre, mais que cela se fasse en protégeant les plus démunis, les plus vulnérables. »

Voilà pour le Dr Strauss, l’ami des faibles, qui n’oublie pas, non plus, qu’il a une échéance électorale en ligne de mire.

Mais Mr Kahn n’est jamais loin et lui est nettement moins compatissant. « Le seul remède efficace qui reste à la Grèce, c’est la déflation, assène-t-il en avril 2010 à l’hebdomadaire autrichien Profil. Cela sera douloureux. Cela signifie des salaires en baisse et des prix en baisse. Il n’y a pas d’autre chemin. »

Enfin une prophétie réalisée !

En quatre ans, le PIB a reculé de près de 20 % et la dette a explosé, passant de 148 à 175 % du PIB. Mais l’affaire du Sofitel permet à DSK d’échapper au jugement de l’histoire puisque c’est à partir de mai 2011, date de sa démission, que les programmes et les mémorandums les plus récessifs vont être mis en place par la troïka en Espagne, au Portugal et en Grèce.

MAUVAIS DIAGNOSTIC

En 2013, le FMI reconnaîtra finalement s’être trompé et avoir largement sous-estimé les effets des plans d’austérité sur la croissance. DSK l’admettra également par la suite. Les premières personnalités qu’il suit sur Twitter, lors de son inscription, sont d’ailleurs Joseph Stiglitz et Paul Krugman, prix Nobel d’économie et figures de la lutte contre l’austérité.

Dans sa note du 27 juin, il écrit : « Le diagnostic du FMI selon lequel nous rencontrions un problème classique de crise budgétaire et de balance des paiements a négligé le fait que la nature inachevée de l’union monétaire européenne était à l’origine de tout le problème et aurait dû être un élément essentiel de sa solution. [...] Le FMI aurait dû s’élever plus qu’il ne l’a fait pour combattre la préférence européenne pour des ajustements budgétaires sévères. »

En bref, il aurait fallu oser dire clairement " nein " à la chancelière Merkel ! Mais DSK n’est pas du genre à bousculer un rapport de forces a priori défavorable, juste pour le plaisir de défendre des convictions.

Benjamin Masse-Stramberger

Marianne