" Assurance chômage " : et si l’exécutif réfléchissait avant de puiser dans la poche des chômeurs ?

, par  DMigneau , popularité : 0%

" Assurance chômage " : et si l’exécutif réfléchissait avant de puiser dans la poche des chômeurs ?

La ministre Muriel Pénicaud pourrait bientôt reprendre la main sur le dossier de l’assurance chômage. - AFP

Les négociations entre " partenaires sociaux " sur l’assurance-chômage ont tourné court. A croire que le gouvernement espérait ce résultat...

Les futurs chômeurs du pays, les nounous poly-employées " gilets roses ", les précaires qui survivent avec des " miettes de travail " et des " allocations chômage ", après le 1er juillet 2019, feront-ils les frais de l’échec des négociations sur " l’assurance chômage " entre " partenaires sociaux " ?

C’est malheureusement ce qu’il faut craindre si le gouvernement " reprend la main " sur les discussions en maintenant son objectif de réduction de 1 à 1,3 milliard par an des dépenses de « l’Unedic ». Et ce, bien que la moitié seulement des « privés d’emplois » soit indemnisée et à 1 020 euros en moyenne, comme le rappelle Laurent Berger de la CFDT

A l’heure où le pays cherche une issue à la crise sociale et politique qui le secoue, où la population s’interroge sur la répartition des richesses, cet entêtement serait perçu comme une injustice supplémentaire...

D’autant plus que l’exécutif “ est responsable au premier chef de notre incapacité à trouver un accord entre syndicats et patronats ”, accuse François Hommeril, le président de la CFE-CGC.

En septembre 2018, avant le mouvement des " gilets jaunes ", le gouvernement a en effet " corseté " les " partenaires sociaux " en leur adressant une lettre de cadrage pour ces " négociations " qui signait le dédain d’Emmanuel Macron à l’endroit du paritarisme.

Non seulement les " partenaires sociaux " devaient dégager des " montagnes " d’économies, sans augmenter le niveau global des cotisations finançant « l’Unedic » – ce qui signifiait donc qu’il fallait aller chercher l’argent dans la poche des chômeurs. Mais, dans le même temps, ils devaient concevoir une « usine à gaz » pour satisfaire une vague promesse présidentielle inspirée par feu la « Commission Attali » : un " bonus-malus " permettant de récompenser les employeurs qui n’abusent pas des CDD de moins d’un mois (80 % à 90 % du total) et alourdir les charges de ceux qui en font " leur beurre " en précarisant leurs employés, notamment dans le « service à la personne » (les Ehpad par exemple), le commerce ou la restauration.

Alors qu’il serait tellement plus efficace pour changer les mentalités et les organisations RH (dans une même entreprise, les recruteurs en CDD diffèrent souvent des recruteurs en CDI, ce qui complique l’intégration des premiers !) d’instaurer un simple « malus ». C’est-à-dire instaurer deux ou trois points de cotisations chômage patronales sur ces CDD courts pour remplumer « l’Unedic », selon le principe éprouvé du " pollueur-payeur ".

Puis d’engager ce printemps, un " grand ménage " dans les " CDD d’usage " qui, avec les CDD de moins d’un mois, pèsent lourdement sur le " déficit " de « l’Unedic ». “ Le gouvernement devrait à cette occasion renforcer les contrôles de " l’inspection du travail " afin d’éviter une recrudescence du travail non déclaré ”, milite aussi Denis Gravouil, le négociateur de la CGT.

Tous ces sujets pourraient être utilement abordés " sans œillères " la semaine prochaine, dans une réunion tripartite " Etat – Unedic - Pôle emploi ".

La vague de contestation qui a saisi le pays invite à prendre plus de temps pour prendre les bonnes décisions en matière d’assurance-chômage ”, écrit aussi dans son communiqué « l’Union des entreprises de proximité », l’U2P, dont nombre d’adhérents ont investi les ronds-points au début du mouvement des “ gilets jaunes ”, avant de s’en retirer pour participer au " grand débat " ouvert par Emmanuel Macron.

Laurence Dequay

Marianne