Assaut contre Wikileaks (cinquième partie) : L’ennemi intérieur

, par  DMigneau , popularité : 100%

Assaut contre Wikileaks (cinquième partie) : L’ennemi intérieur

Quelque chose qui ne cesse de m’étonner, c’est le manque de sérieux des médias " grand public " face aux attaques auxquelles Julian Assange et " WikiLeaks " ont été confrontés au fil des ans, mais comme je l’ai mentionné précédemment, le gouvernement des États-Unis a joué un rôle important dans le contrôle de la diffusion de l’information et je peux vous assurer que la dernière chose qu’ils veulent, c’est que les gens soient informés sur les crimes qu’ils ont commis et tous ceux qu’ils ont retournés pour faire tomber Julian Assange.

Prenons, par exemple, l’opération secrète du FBI en Islande.

Si vous n’en avez jamais entendu parler - ou si vous ne savez pas exactement de quoi il s’agit - prenez une tasse de café et attachez votre ceinture.

Vous vous demandez comment le collectif de pirates « Anonymous » a pu jouer un rôle quelconque dans " WikiLeaks " ?

Prenez un verre car, quelque part dans le monde, c’est l’heure de l’apéro.

Et enfin, si vous n’avez jamais vu le film de Laura Poitras, " Risk ", laissez tomber l’apéro car vous allez apprendre que ce n’est pas ce qu’elle a mis dans le film qui le rend biaisé, mais ce qu’elle a omis qui constitue une trahison.

Tandis que je poursuis mes recherches sur les attaques contre Julian Assange, vous verrez - si vous ne l’avez pas déjà fait - que les histoires sont aussi incroyablement horribles que fantastiques.

LE PIRATAGE DE HB GARY ET LES AGENTS FÉDÉRAUX DE L’INTERNET

Pour bien raconter toute l’histoire, il faut revenir à la fin de l’automne 2010, après que " WikiLeaks " ait publié « les journaux de guerre irakiens ».

Moins d’un mois plus tard, le 20 novembre 2010, la Suède a émis une " alerte rouge " contre Assange, qui n’est pas du genre à se laisser intimider, et qui a publié des documents " Cablegate " huit jours plus tard.

Moins d’une semaine après cette publication, un blocus financier fut décrété et " Amazon " a retiré l’hébergement de " WikiLeaks ", " PayPal " a gelé leur compte et " Visa " et " MasterCard " cessèrent de traiter les dons pour " WikiLeaks ".

Et pour ne pas être en reste, le Royaume-Uni reconnut, le 6 décembre 2010, le mandat d’arrêt européen de la Suède, ce qui a conduit Assange à se rendre à la police le lendemain.

Il passa neuf jours en « isolement », après quoi il fut libéré « sous caution » et « assigné à résidence » sans inculpation. Ce que vous ne savez peut-être pas au sujet de cette période, c’est que le 11 novembre 2010, Assange révéla dans une interview qu’il était en possession d’un « tas de documents secrets » et qu’il avait l’intention de « démanteler » une grande banque américaine.

La révélation est venue un an après avoir annoncé qu’il avait en sa possession le « disque dur d’un cadre de la " Bank of America " contenant cinq gigaoctets de données ».

Il n’y a rien de plus divertissant que de voir une banque " partir en vrille " après avoir appris que " WikiLeaks " pouvait - ou non - détenir des informations, et c’est exactement ce qui s’est passé avec la " Bank of America " (BofA).

La banque engagea des sociétés de sécurité et des cabinets d’avocats pour scruter des milliers de documents au cas où ils seraient rendus publics, et fit vérifier si leurs systèmes informatiques avaient été compromis - ou non - et trois sociétés de sécurité Internet, " HB Gary Federal ", " Palantir Technologies " et " Berico Technologies ", ont présenté un plan « How to Take Down WikiLeaks 101 » (" Comment faire tomber Wikileaks ") aux avocats de la banque.

Parmi les recommandations, on trouve ceci :

« .... une attaque sur plusieurs fronts contre " WikiLeaks ", dont la soumission délibérée de faux documents sur leur site Web pour miner leur crédibilité, des cyberattaques pour révéler l’identité des sources de " WikiLeaks " et une campagne contre les journalistes sympathiques à leur cause. »

Si vous pensez que c’est mal, l’ancien directeur général de " HB Gary Federal ", Aaron Barr, a écrit dans un courriel que les compagnies de sécurité « devraient traquer et intimider les gens qui font des dons à " WikiLeaks " » et « doivent faire comprendre aux gens que s’ils soutiennent l’organisation, nous les poursuivrons. »

Tout cela me rappelle les implications de l’article 623, mais ne nous égarons pas car Barr n’a pas dit que ça.

Selon " Wikileaks ", au début du mois de février 2011, il s’est vanté au " Financial Times " du Royaume-Uni d’avoir identifié des membres du collectif « Anonymous » et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils n’étaient pas contents.

Entre le 5 et le 6 février 2011, un groupe de pirates appelé « Internet Feds » a attaqué les serveurs de " HB Gary ", saisi leurs courriels, y compris celui d’Aaron Barr, endommagé le site Web, détruit des données et ensuite transmis les documents à " WikiLeaks ".

Et rappelez-vous ce plan pour abattre " WikiLeaks " ? On ne le connaît que grâce au piratage de " HB Gary ".

ÉTÉ 2011 : L’ENNEMI INTÉRIEUR

Sabu

Selon des documents présentés à la cour, Hector Xavir Monsegur, un pirate informatique devenu mouchard et connu sous le pseudo « Sabu », a rejoint les « Internet Feds » un certain temps en décembre 2010.

En mai 2011, il créa son propre groupe de pirates appelé « LulzSec », emmenant avec lui quelques (prétendus) membres d’ « Internet Feds » comme " Kayla ", un " hacker " qui communiquait avec le collaborateur de " WikiLeaks " Siggi Thordarson depuis janvier ou février de la même année, ainsi que " Topiary "," Tflow " et " Pwnsauce ".

Après avoir créé le nouveau groupe, les membres de « LulzSec » se lancèrent durant cinquante jours dans une série de piratages, à la fin du printemps et au début de l’été, mais la chance de " Sabu " tourna le 7 juin 2011 quand il fut arrêté à son domicile par le FBI.

Après son arrestation, il devint immédiatement un mouchard pour le gouvernement et quand je dis " immédiatement ", je veux dire IMMÉDIATEMENT.

Huit jours après que " Sabu " soit devenu informateur, « LulzSec » fit tomber le site Web de la CIA et Thordarson, apparemment amusé par leurs actions, a tendu la main au groupe.

Il entra d’abord en contact, par le biais d’une conversation en ligne, avec " Topiary " qui croyait au début que Thordarson se moquait de lui. Pour le convaincre qu’il était bien celui qu’il prétendait être, Thordarson téléchargea une vidéo d’Assange que je ne crois pas qu’Assange connaissait - ou du moins ne savait pas que Thordarson l’avait téléchargée pour « LulzSec ».

Sans surprise, selon le livre, « Hacker, Hoaxer, Whistleblower, Spy : The Many Faces of Anonymous », " Sabu " s’est immédiatement joint à la conversation et pendant que ses mentors du FBI salivaient sûrement sur leurs claviers, Thordarson dit à « LulzSec » qu’Assange voulait qu’ils piratent les sites du gouvernement islandais et de différentes sociétés.

Ce qui était totalement faux et n’avait probablement était affirmé soit pour tenter de prouver son identité soit pour rassurer le FBI qu’il travaillait bien pour eux.

Et personnellement, je ne serais pas surpris d’apprendre que " Siggi " avait déjà été retourné par le FBI à l’époque.

Thordarson téléchargea une deuxième vidéo dans laquelle il a non seulement filmé leur discussion en ligne mais également Julian Assange en conversation avec Sarah Harrison dans une autre partie de la salle.

La vidéo est effrayante lorsqu’on connaît les circonstances qui l’entourent et Assange et Harrison n’ont - à l’évidence - pas conscience qu’ils sont filmés. " @AnonScan " téléchargea la vidéo sur " Twitter " en décembre dernier, que vous pouvez regarder ICI :

https://twitter.com/AnonScan/status/942900188489900032

Au fait, est-ce que j’ai dit que l’agent en charge de " Sabu " était probablement Shawn Henry, de la compagnie de sécurité " Crowdstrike ", la même compagnie qui a travaillé avec le DNC (organe dirigeante du " Parti Démocrate " – NdT) après son « piratage » et qui a plus tard « confirmé » que le piratage était l’oeuvre des Russes ?

Non ? Bon, ben, voilà, c’est fait.

Deux choses intéressantes se produisirent après que Thordarson ait téléchargé cette deuxième vidéo.

Tout d’abord, au lieu de pirater des sites islandais comme Thordarson l’avait demandé, « LulzSec » cessa sans explications l’ensemble de ses activités et prit sa retraite à la fin de juin 2011.

Deuxièmement, quelques jours plus tard, le FBI informa l’Islande que dans le cadre de son enquête sur « LulzSec », il avait reçu des informations indiquant une possible cyberattaque contre son « infrastructure électronique ».

Bien qu’aucun des avertissements du FBI ne se soient concrétisés, en août 2011, Thordarson (sans blague) envoya un courriel à 3h du matin à l’ambassade des États-Unis en Islande, offrant ses services pour devenir un informateur.

Moins de 24h plus tard, le FBI débarqua en Islande - sans aucune autorisation pour mener des enquêtes - et interrogea Thordarson dans différentes chambres d’hôtel à Reykjavik pendant quatre jours consécutifs.

Cependant, il n’a pas fallu longtemps à l’Islande pour expulser le FBI du pays après avoir réalisé qu’ils avaient menti en juin et qu’ils étaient en ville pour piéger Julian Assange.

Comme le ministre de l’Intérieur Ögmundur Jonasson l’a dit, « .. le FBI avait l’intention d’utiliser le jeune homme qu’ils interrogeaient, connu sous le nom de " Siggi le hacker ", comme appât dans leur enquête sur " WikiLeaks ". »

Il ajouta dans une autre interview : « Je pense qu’il s’agissait de piéger Julian Assange. Et ils voulaient l’aide des autorités islandaises. »

Lorsque les choses ont commencé " à chauffer " pour eux dans leur paradis islandais, les agents fédéraux payèrent un billet d’avion à Thordarson et relocalisèrent la fête à Copenhague, au Danemark, où les interrogatoires se sont poursuivis.

Le 3 octobre 2011, le FBI a de nouveau renvoyé Thordarson à Copenhague, qui récupéra ses factures d’hôtel des deux voyages. Thordarson fut finalement expulsé de " WikiLeaks " en novembre 2011, pour avoir détourné cinquante mille dollars appartenant à " WikiLeaks ", mais il continua à collaborer avec le gouvernement américain.

Par exemple, après avoir reçu l’instruction de « nouer des relations avec des personnes proches de " WikiLeaks " afin de recueillir des informations pour le FBI », il fut envoyé à Washington, DC vers février 2012, et interrogé dans une chambre d’hôtel d’Arlington sur les collaborateurs de " WikiLeaks " comme Jacob Appelbaum.

Selon Thordarson, il y eut aussi une réunion prévue avec Neil MacBride, finalement annulée, qui était l’ancien procureur général US responsable du « grand jury » de " WikiLeaks ", mais d’autres membres du Ministère de la Justice US se présentèrent à la réunion à Arlington.

Lorsqu’on lui a demandé pourquoi le FBI s’intéressait à Appelbaum, Thordarson a répondu qu’ils cherchaient des preuves incriminantes uniquement en raison de sa « relation avec Julian Assange » et en janvier 2011, le gouvernement US livra et remporta une bataille juridique pour obtenir les courriels privés d’Appelbaum tout en interdisant au passage à " Google " d’ « informer Appelbaum que ses courriels avaient été transmis au gouvernement ».

“ Siggi ” Thordarson

En plus de transmettre des informations sur les collaborateurs de " WikiLeaks " au Ministre de la Justice US, Thordarson accepta également d’aider le FBI sur la « sécurité technique et physique de " WikiLeaks " », l’endroit où se trouvaient leurs serveurs, et sur d’autres collaborateurs de " WikiLeaks " qui pourraient être " retournés ".

Comme si cela ne suffisait pas, le FBI lui demanda également de porter un micro caché - qu’il prétend avoir refusé - et de copier les données des ordinateurs portables du personnel de " WikiLeaks ".

Copier les données des ordinateurs portables du personnel de " WikiLeaks " ?

Je n’arrive absolument pas à comprendre comment les rédacteurs en chef et les journalistes aux États-Unis ne sont pas horrifiés - et terrifiés - par les efforts que les services de renseignement US sont prêts à déployer pour faire taire une publication.

Mais je m’égare....

Selon " Wired.com ", le 18 mars 2012, Thordarson rencontra une dernière fois le FBI à Aarhus, au Danemark, où il leur remit huit disques durs contenant « des informations qu’il avait compilées alors qu’il était chez " WikiLeaks ", dont les retranscriptions de ses conversations en ligne, des photos et vidéos qu’il avait tournées à Ellington Hall ».

Bien que certains articles disent que Thordarson n’a plus jamais eu de nouvelles du FBI après cette réunion, d’autres articles comme celui-ci rapportent que Thordarson a continué à communiquer avec son " gestionnaire ", Roger Bossard, à intervalles irréguliers, mais ne s’est jamais à nouveau entretenu avec des agents fédéraux.

L’une des choses importantes à noter ici est de savoir si le Danemark avait la moindre idée que le FBI menait une enquête dans leur pays. Si ce n’est pas le cas, les actions du gouvernement US étaient illégales et dans ce cas, pourquoi le Danemark s’est-il rendu complice du sale boulot du gouvernement US ?

Laura Poitras

J’aimerais conclure cet article en mentionnant un autre traître, bien que je ne sache pas (encore) si elle a joué un rôle direct ou indirect dans les événements qui se sont produits avec Thordarson, « LulzSec » ou l’Islande.

Il s’agit de Laura Poitras.

Que je vous explique. Bien qu’on ne sache pas quand elle a commencé à filmer Assange ni pendant combien de temps (cet article dit qu’elle a filmé de 2010-2011, celui-ci dit qu’elle a commencé à filmer en 2011, et celui-ci dit qu’elle a approché Assange en 2010 mais qu’elle a commencé à filmer en 2011 – vous comprenez mon problème ?), le fait est qu’elle n’a inclus aucun de ces événements dans son " documentaire " sur Assange de 2016...

Pardon, dans son documentaire remonté en 2017 et intitulé " Risk ".

A part le fait qu’elle n’a pas non plus inclus dans le film des choses comme « le contenu réel des nombreuses révélations de " WikiLeaks " » ou qu’elle n’a pratiquement rien à dire sur « la responsabilité du gouvernement et de l’armée US dans la mort de plus d’un million de personnes rien qu’en Irak », elle a complètement ignoré la trahison de Thordarson et les opérations secrètes du FBI en Islande et peut-être au Danemark.

Comment est-ce possible lorsqu’on tourne un documentaire sur Julian Assange ?

De plus, au lieu de se concentrer sur d’autres collaborateurs de " WikiLeaks " comme Daniel Domscheit-Berg qui a manifestement un objectif personnel, qui a peut-être été très tôt en contact avec le FBI, et qui travaille peut-être actuellement pour eux, Poitras a concentré son attention sur sa relation avec le collaborateur de " WikiLeaks ", Jacob Applebaum.

Sa décision consciente d’omettre l’opération du FBI en Islande et les histoires derrière Thordarson et Domscheit-Berg rendent son comportement au minimum " discutable ".

Pour plus d’informations sur le personnage pas très clair de Poitras, voir mon article " Freedom of the Press Foundation Cuts Wikileaks Donations " (lien vers traduction française - NdT).

https://www.legrandsoir.info/assaut-contre-wikileaks-premiere-partie-freedom-of-the-press-foundation-coupe-les-donations-a-wikileaks.html

J’aimerais pouvoir dire que ceci est mon dernier article de cette série parce que les attaques contre Julian Assange ont cessé en 2012, mais ce n’est pas le cas.

Alors restez à l’écoute.

Jimmys LLAMA

(à suivre)

traduction " plus on en sait et plus on comprend qu’on ne savait pas " par VD pour " le Grand Soir " avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles.

Source : https://jimmysllama.com/2018/02/09/10785/

Le Grand Soir