Arrestation de Carlos Ghosn : les salariés de Renault furieux et inquiets pour leur avenir

, par  DMigneau , popularité : 0%

Arrestation de Carlos Ghosn : les salariés de Renault furieux et inquiets pour leur avenir

Chez Renault, les salariés sont abasourdis d’apprendre les agissements supposés de leur PDG Carlos Ghosn. - Toshifumi KITAMURA / AFP / illustration

Après l’arrestation au Japon de leur PDG Carlos Ghosn, soupçonné de " fraude fiscale " et d’avoir détourné des moyens du groupe, les salariés français de " Renault-Nissan " s’étranglent de la nouvelle et craignent d’en subir les conséquences.

Les salariés du groupe " Renault " ont dû trouver un gout amer à leur journée de travail, ce lundi 19 novembre. Sans aucun signe avant-coureur, le Japon a annoncé l’arrestation du PDG de leur groupe " Renault-Nissan ", Carlos Ghosn, soupçonné, malgré sa fortune, de " fraude fiscale " ainsi que d’avoir utilisé des ressources de l’entreprise à des fins personnelles.

La nouvelle a immédiatement fait " plonger " l’action de " Renault " en bourse, laissant " en suspens " les salariés du groupe en France, qui ont non seulement du mal à digérer les agissements supposés de leur patron, mais s’inquiètent également de leurs conséquences sur leur avenir.

" Il gagne 45 000 euros par jour et il a apparemment trouvé le moyen d’en vouloir encore plus, c’est de la folie ! ", s’étrangle auprès de " Marianne " Ali Kaya, secrétaire général de la CGT à l’usine " Renault " de Flins, à Boulogne-Billancourt.

Dans l’après-midi, son syndicat a publié un communiqué fustigeant " l’indécence " du salaire de Carlos Ghosn et son " escroquerie ".

" Le vrai vol, c’est celui qu’il fait subir aux travailleurs tous les jours, développe Ali Kaya. Renault, c’est avant tout 10 000 précaires et des salaires bloqués depuis plus d’une dizaine d’années. On n’arrive pas à finir les fins de mois, on doit priver les enfants et lui, il pioche dans la caisse et il joue avec des milliards ! ".

" Renault " entre dans une période d’incertitude

Au plan des conséquences immédiates, Carlos Ghosn devrait être démis de ses fonctions de président du « Conseil d’administration » de " Nissan " ce jeudi.

Celui de " Renault " a indiqué qu’il se réunirait ce mardi 20 novembre. Mais le sort du groupe semble être gelé, lié à celui de son patron et, avec lui, l’avenir de ses salariés.

Car au-delà de la simple figure de Carlos Ghosn, les syndicats sont préoccupés par ce que cette chute pourrait signifier pour l’alliance " Renault-Nissan-Mitsubishi ".

Né en 1999, le partenariat repose sur un montage de " participations croisées " entre les trois entreprises. " Renault " détient ainsi 43 % de " Nissan " qui possède "- lui - 15 % de " Renault " et 34 % de " Mitsubishi ".

Au centre de cet " alliage ", il y a un homme : Carlos Ghosn, envoyé au Japon pour redresser la marque automobile nippone.

Sous son influence, la mise en commun technologique et industrielle de ces trois groupes n’a fait que croître, imbriquant de plus en plus les trois entreprises, l’une avec l’autre et autour de leur dirigeant.

Aujourd’hui, cette alliance se chiffre en milliards d’euros.

Survivra-t-elle au départ de son omniprésent patron ?

" On a envie de se rassurer en se disant que Renault et Nissan ont trop partagé en termes d’usines et de technologies pour que la personnalité de Ghosn soit le seul moteur d’une séparation de l’alliance, commente Philippe Velu, délégué syndicat central adjoint de la CFDT pour " Renault ". Mais on doit avouer qu’il était partout et on a l’impression qu’il était le seul à pouvoir réunir deux entreprises sur deux continents différents ".

La réaction de " Nissan " inquiète

Si ces considérations économiques peuvent sembler très loin des usines de Villeurbanne ou de Dieppe, elles pourraient pourtant avoir des conséquences très réelles pour leurs employés français :

" L’affaire risque d’aller très loin, s’alarme auprès de " Marianne " Norbert Baudry, ancien secrétaire adjoint du syndicat " Force ouvrière " de " Renault siège ", à la retraite depuis octobre. Elle me fait l’effet d’une fronde à l’encontre de Carlos Ghosn et me fait craindre que Nissan puisse décider de quitter l’Alliance pour faire cavalier seul ".

Une impression de fronde renforcée par la déclaration sibylline du PDG de " Nissan ", Hiroto Saikawa, lors d’une conférence de presse ce lundi.

" L’alliance entre les trois entités ", Renault, Nissan et Mitsubishi Motors, " ne sera pas affectée par cet événement ", a-t-il assuré, spécifiant néanmoins que l’impact de " l’affaire Ghosn " sur le groupe français serait " significatif ".

Inquiet, le jeune retraité voit dans l’éviction possible de son ancien patron le risque d’une " offre publique d’achat " - une OPA - sur la branche française du groupe :

" Evidemment que j’ai peur pour nos usines !, s’emporte-t-il. Nous avons souvent combattu Carlos Ghosn quand je travaillais chez Renault et je ne suis pas surpris par l’affaire, mais imaginez si son départ déstabilise le groupe ? Que se passera-t-il si une OPA est lancée ? Par qui nos usines seront-elles rachetées ? ".

Se disant aussi " inquiet ", le syndicat CFE-CGC a demandé officiellement à ce que " toutes les mesures soient prises au sein du groupe pour préserver les intérêts de Renault et de l’alliance ".

" Carlos Ghosn ou un autre… "

Conscients de ces nuages qui s’amoncellent dans le ciel de " Renault ", les syndicats ne veulent toutefois pas donner l’impression qu’ils vont regretter ce PDG qu’ils combattaient depuis tant d’années.

" N’essayez pas de me faire dire qu’on le regrettera, il sera remplacé par un autre cadre, ça fait belle lurette qu’on ne se fait plus d’illusions là-dessus, grince Ali Kaya. Carlos Ghosn ou un autre, la situation restera la même pour les employés de " Renault ", ceux qui produisent de la vraie richesse, pas de l’argent pour les actionnaires ".

Tous les regards se tournent désormais vers l’Etat français, actionnaire à hauteur de 15 % de la firme au losange. Lors d’une conférence de presse ce lundi à Bruxelles, Emmanuel Macron a voulu rassurer sur l’avenir de " Renault " :

" L’Etat, en tant qu’actionnaire, sera extrêmement vigilant à la stabilité de l’alliance et du groupe ".

Le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, a également affirmé que " la première préoccupation " de la France serait " la stabilité " de " Renault " ainsi que " la consolidation de l’alliance " entre le constructeur et son partenaire " Nissan " :

" Je recevrai prochainement les principaux administrateurs de l’entreprise Renault pour examiner avec eux toutes les décisions que le conseil de Renault pourrait être amené à prendre dans les jours ou dans les semaines qui viennent. Nous suivons la situation de très près ".

Les salariés aussi.

Alexandra Saviana

Marianne