Argentine : en plein naufrage économique et social, la sale campagne de Mauricio Macri

, par  DMigneau , popularité : 0%

Argentine : en plein naufrage économique et social, la sale campagne de Mauricio Macri

Le 11 août les argentins iront aux urnes.

Les « Primaires ouvertes simultanées et obligatoires » (PASO) feront office de premier tour des élections présidentielles et législatives alors que quatorze provinces sur vingt-quatre ont déjà choisi leur gouverneur au cours de l’année.

Le parti du président a réussi à faire élire un seul gouverneur...

Mauricio Macri craint le pire. Un écart de plus de 5-7 points le 11 août avec le candidat Alberto Fernández, en tête dans tous les sondages, pourrait présager de sa défaite au premier tour du 27 octobre prochain.

Selon la loi argentine, le candidat qui obtient 45 % des voix ou qui arrive " en tête " avec dix points d’écart, est élu président au premier tour.

Une primaire sans primaires

Face à l’absence de primaires à l’intérieur des formations politiques participantes, les PASO, toujours considérées comme un sondage grandeur nature, deviennent cette année, un véritable « premier tour » électoral.

Mauricio Macri - Alberto Fernández © Diario Crónica

Le consultant Ricardo Rouvier a déclaré que ces primaires avaient une " saveur particulière " car la polarisation entre M. Macri et Alberto Fernández atteignait près de 74 % des intentions de vote.

" Le 11 août, vous allez ressentir l’idée de deux forces en lice pour la victoire ... Roberto Lavagna (ancien ministre de l’économie de Néstor Kirchner avec 8 % des intentions de vote) se sent probablement " noyé " face à la pression exercée par les deux forces principales ».

Après avoir tenté sans succès de supprimer les primaires obligatoires, les caractérisant « d’inutiles », le gouvernement s’est lancé dans une campagne effrénée pour que les citoyens aillent voter. Marcos Peña, le responsable de la campagne de Mauricio Macri, a lancé une série de " spots " non signés dans lesquels il avertit que les résultats des primaires « seront décisifs ».

Naufrage économique et social

L’Argentine est en tête du classement des pays émergents les plus vulnérablet às, selon l’indicateur de l’agence " Bloomberg " publié ce 24 juillet partir des chiffres du « Fonds monétaire international » et de la « Banque mondiale » poussant la Turquie à la deuxième place.

L’Afrique du Sud complète le podium, tandis que l’Égypte et la Colombie occupent respectivement les quatrième et cinquième places sur une liste de 20 pays.

A la perte d’emplois (217 000 depuis 2016), l’inflation de 55 % sur un an, la dévaluation du peso (de 9,5 à 45 pesos pour un dollar en trois ans), la chute brutale de l’activité industrielle entraînant la fermeture de milliers de PME, s’ajoute l’augmentation de la pauvreté (de 26 % à 35%), la paupérisation de la classe " moyenne ", la fermeture des hôpitaux, la réduction budgétaire pour l’éducation, la science et la technologie.

Le gouvernement fait appel à la répression pour mater toute contestation et discipliner les syndicats et les mouvements sociaux.

Un appareil judiciaire corrompu et complice de sa politique maintient en détention plusieurs ex membres de l’ancien gouvernement.

Milagro Sala, dirigeante sociale, est devenue la prisonnière politique emblématique de ce gouvernement, enfermée depuis plus de trois ans sans jugement.

Sans " l’oxygène " du FMI avec le prêt de 57 milliards de dollars, l’Argentine se serait déclarée aujourd’hui " en défaut ".

La fuite des capitaux a déjà atteint 68 681 millions de dollars depuis 2016 et rien indique que ce processus s’arrêtera. Les entreprises les plus solides sont aujourd’hui " prises à la gorge " par un taux d’intérêt qui est le plus haut du monde, frôlant les 70 %.

Héctor Méndez, ancien président de « l’Union industrielle argentine », vient de déclarer à propos de la situation économique : « C’est comparable à l’époque de Martínez de Hoz (Ministre de l’économie de la dictature de Videla).

Méndez était un " porte-parole " enthousiaste de Macri lors des élections de 2015 et a maintenu son soutien, de plus en plus critique, jusqu’à ce qu’il avoue à présent qu’il ne votera pas aux prochaines élections, car il est déçu de Macri.

" Oui, il ne fait aucun doute qu’ils sont les pires de l’histoire... Ça fait mal d’être le complice silencieux de Macri  », a-t-il reconnu au journal " Infobae " il y a trois jours et sur " Radio 10 " au mois de mars.

Mauricio Macri a été élu en 2015, en faisant la promesse de réduire l’inflation et d’éradiquer la pauvreté et la corruption.

Il a fait exactement l’inverse depuis qu’il est au pouvoir, en choisissant de gouverner pour une minorité puissante, y compris pour ses propres intérêts et celui de ses associés.

Les noms de Franco et Mauricio Macri sont apparus dans le scandale des " Panama Papers " comme " dirigeants de sociétés " enregistrées dans des « paradis fiscaux » : aux Bahamas et à Panama.

Le président n’a jamais été inquiété. " Socma ", le groupe de Franco et Mauricio Macri avait racheté la Poste argentine en 1997, lors de sa privatisation.

Elle a fait faillite en 2002 avant d’être " renationalisée ". La dette de son groupe vis à vis de l’État est actuellement de 100 millions de dollars.

Le groupe refuse toujours de payer à l’État les intérêts cumulés depuis 17 ans.

Maccarthysme, Fake news et WhatsApps anonymes

Face au naufrage économique de l’Argentine dû à sa politique néolibérale et incapable de présenter un bilan positif de presque quatre ans de mandat, le parti du président « Juntos por el Cambio » (" Ensemble pour le changement ") s’acharne contre l’opposition avec des mensonges et des méthodes quasi-mafieuses.

La campagne " maccarthyste " bat son plein notamment contre Axel Kicilof, ancien ministre de l’économie de Cristina Kirchner et candidat au poste de gouverneur de la province de Buenos Aires pour le « Frente de Todos » (le " Front pour tous ", de Alberto Fernández et Cristina Kirchner).

Miguel Angel Pichetto (" péroniste " de droite), candidat à la vice présidence de Macri, accusait au mois de juin Axel Kicilof de « marxiste » et « d’appartenir au Parti Communiste » démenti immédiatement par l’intéressé.

Faute d’arguments, Maria Eugenia Vidal, l’actuelle gouverneure de la province, mal en point dans les sondages utilise Miguel Pichetto pour détruire son rival.

Vidal a reconnue le 24 juillet, lors d’une rencontre avec des entrepreneurs, qu’elle pourrait perdre le 11 août face à Kicilof.

Elle a demandé leur appui pour le vote du premier tour le 27 octobre.

Les membres de la communauté juive ont reçu ces jours-ci, par " WhatsApp ", le texte transcrit ci-dessous et qui stipule que " si la " Passionaria de Calafate " gagne, cela rappellera l’Allemagne hitlérienne ".

Chère famille :

Pour tous ceux qui ont des amis " K " (en particulier des Juifs), il serait bon de leur rappeler (et de leur montrer) que si la " Passionaria de Calafate " gagne, cela rappellera l’Allemagne hitlérienne.

Les Juifs seront leur première cible pour continuer à approfondir la « grieta » (fissure) et à renouveler son récit populaire.

L’Argentine connaîtra un niveau d’antisémitisme jamais vu.

D’autres groupes suivront plus tard. Vous n’avez pas besoin de lire entre les lignes ou d’être un grand analyste politique pour le détecter. Il suffit de lire ce qu’elle publie et " d’additionner deux plus deux " : Cristina Kirchner, après un entretien avec des élèves du primaire, a écrit sur " Twitter " : « J’ai demandé quelle œuvre de Shakespeare ils étaient en train de lire. Roméo et Juliette m’ont répondu. Je leur ai dit : il faut lire " Le marchand de Venise " ».

Elle a évidemment fait allusion à l’usurier juif Shylock, l’un des archétypes antisémites les plus connus de l’Histoire universelle...

Mais si l’Argentine perd la liberté d’expression et « l’état de droit », pierre angulaire de l’amélioration de l’économie, le Venezuela deviendra un paradis à côté de ce que sera l’Argentine.

Laissons les passions à la famille, aux amis et au football. Pour la politique et le gouvernement, soyons des hommes d’État car ils ne le sont pas !

Selon le journaliste Raul Kollman du journal " Página 12 ", « il n’y a pas eu de reprise notable de l’antisémitisme en Argentine au cours des 12 années de gouvernement de Néstor et de Cristina Kirchner.

La comparaison avec l’Allemagne nazie ne mérite que la répudiation et montre que le parti au pouvoir n’a pas de limites.

Évidemment, il s’agit d’une publicité lancée par le " macrisme " par l’intermédiaire d’une entreprise " Big Data ", comme celle qui avait été embauchée lors de la précédente élection.

Dans cette affaire, " Cambridge Analytica ", du Royaume-Uni, avait été dénoncée dans ce pays pour s’être ingérée dans les élections en Argentine et dans d’autres pays. »

L’ex présidente Cristina Kirchner a réagi avec ironie aux critiques de la DAIA (" Délégation des associations israélites argentines ") concernant sa recommandation de lire « Le Marchand de Venise », afin de comprendre la logique des " fonds vautours ".

La DAIA avait exprimé sa " préoccupation " pour les propos de l’ex présidente, estimant que cette œuvre était " profondément antisémite ". CFK avait révélé sur son compte " Twitter " que le « Théâtre national d’Israël » (" Habima ") avait mis en scène l’œuvre soit disant « antisémite » de Shakespeare en Espagne en 2013, dans le cadre d’une représentation organisée par l’ambassade d’Israël à Madrid.

Pour sa part Mauricio Macri s’en ai pris à Hugo Moyano, dirigeant du syndicat des transports, à Sergio Palazzo, secrétaire général des employés de la banque et à Pablo Biro du syndicat de pilotes aériens les accusant de « despotes » et « mafieux ».

Parallèlement, la religieuse Martha Pelloni a mis en garde sur les liens présumés du groupe kirchneriste " La Cámpora " avec le trafic de drogue, accusation qui a ensuite été fortement démentie par l’organisation.

Les mensonges quotidiens font partie de l’arsenal " macriste " : mensonges sur la baisse de la délinquance, sur les kilomètres de routes réalisés, sur les écoles construites, sur les bienfaits du prêt du FMI.

Le gouvernement utilise " l’artillerie lourde " pour sa communication. Selon le sociologue Daniel Rosso, le parti de Macri essaye de supplanter la triste réalité par un " bombardement " de spots de propagande : 240 contre 4 du « Frente de todos » dans la province de Buenos Aires.

Impossible pour l’opposition d’avoir les moyens financiers pour contrer un chiffre pareil.

Installer la peur du retour kirchneriste est l’objectif primordial du parti au pouvoir.

L’opposition craint la fraude

Le gouvernement a procédé le 20 juillet au troisième test de contrôle de votation provisoire avec le système de transmission de télégrammes électroniques conçu par la société vénézuélienne " Smartmatic ".

C’est celui qui sera utilisé dans les primaires (PASO) du 11 août pour « accélérer l’arrivée des résultats ».

Pour la première fois, lors de ce troisième test, les groupes politiques qui participeront aux élections étaient présents, dont les mandataires et les dirigeants avaient signalé il y a plusieurs mois des irrégularités et un manque de transparence dans la procédure.

« Nous avons plus de doutes que de certitudes », a déclaré l’avocat de « l’Alliance du Consensus fédéral », Daniel Pires, après avoir participé à la simulation.

Le « Parti Justicialiste » ainsi que « Consensus Fédéral » ont présenté leurs objections suite aux plaintes déposées contre " Smartmatic " dans le monde entier (Belgique, Philippines, El Salvador et les USA).

Après les deux premiers échecs de tests pilotes, ils ont signalé une fraude possible et la possibilité d’un « piratage électoral » en demandant que l’entreprise soit écartée.

Le candidat Alberto Fernández, ancien chef de cabinet de Nestor et Cristina Kirchner, participe à des meetings parcourant les provinces, ralliant des gouverneurs, donnant des conférences de presse, rencontrant des syndicalistes et entrepreneurs.

Il participe également à des émissions radio et télévisuelles y compris chez des médias qui lui sont hostiles. Pour l’instant, son discours, clair, honnête et rassembleur est de plus en plus écouté.

Alberto Fernández - Cristina Fernández de Kirchner, candidats à la présidence et vice présidence du « Front pour Tous » constituent le seul espoir pour éviter encore quatre ans d’un gouvernement Macri.

L’actuel président a confirmé « qu’il fera la même chose mais plus rapidement ». Il est impensable pour une majorité d’argentins de continuer à subir une telle politique destructrice du pays.

Alberto Fernández a de fortes chances d’arriver en tête aux « primaires » et gagner, peut être, au premier tour le 27 octobre. Si ce n’est ne pas le cas, le ballottage du 24 novembre avec Macri pourrait s’avérer difficile.

Quoi qu’il arrive, Macri et le FMI laissent une " bombe à retardement " pour le prochain gouvernement.

Carlos Schmerkin

MediaPart