« Aretha Franklin (1942-2018), Divine Soul Sister », par Amadou Bal BA

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« Aretha Franklin (1942-2018), Divine Soul Sister », par Amadou Bal BA

La chanteuse américaine Aretha Flanklin qui luttait contre un cancer depuis de nombreuses années, vient de s’éteindre à Détroit à l’âge de 76 ans. Hommage à la reine de la soul.

Aretha ce n’était pas l’artiste qui se battait à coup de poings, dans les halls de l’aéroport d’Orly.

Contrairement à ces brutes écervelées avec leur spectacle pitoyable, les batailles d’Aretha, outre le professionnalisme et l’amour de la « Soul music » qu’elle a porté au rang le plus élevé, concernaient avant tout des valeurs comme « l’égalité et de promotion des Noirs aux États-Unis ».

Aretha, du temps de la ségrégation raciale refusait de se produire dans les lieux de spectacle où les Noirs étaient exclus.

Aretha, comme son père, ont été, dès le départ aux côtés de Martin Luther KING (1929-1968) ; ce qui aurait pu gêner sa carrière, le pouvoir économique étant détenu par les ségrégationnistes.

Or, le 9 avril 1968, Aretha chante « Precious Lord, Take my Hand » aux obsèques de Martin Luther KING, un ami personnel de son père, qui a été assassiné.

Cette musique liturgique accompagne ainsi la douleur et la foi immense de ceux qui pleurent le rêve d’une Amérique fraternelle brisé.

Aretha chantera également cette chanson gospel quatre ans plus tard à l’enterrement de Mahalia JACKSON (1911-1972).

C’est dans les hymnes, entre « Gospel » et « Rythm and blues », entre " sacré " et profane, qu’elle trouve ses plus beaux accents, comme pour « I say a little prayer ».

L’album « Amazing Grace » enregistré en 1972 dans un temple baptiste de Los Angeles la porte encore plus haut.

Aretha n’a jamais oublié qu’elle venait du Sud plombé par la misère et le racisme, et ses combats pour la dignité de l’Homme noir, ont été menés, sans concession, jusqu’au bout.

En effet, Aretha est la première à soutenir publiquement Angela DAVIS, des « Blacks Panthers », au moment où c’était risqué de le faire.

La musique sensuelle d’Aretha, c’est le son de la conquête des droits ­civiques, du « Black Power », ce ­mélange de joie, de " blackness ", ce sens de la fierté, notre héritage afro-amé­ricain.

Elle a su trans­mettre cette beauté intérieure dans ses chansons. « Respect » est interprété en 1967, une année importante pour la lutte contre la ségrégation raciale, une année du « Long, Hot Summer », avec une série d’émeutes raciales.

La chanson « Respect »

Cette chanson est devenue instantanément un signe de ralliement pour les droits civiques, pour l’émancipation des Noirs et le mouvement féministe.

Sa chanson, « Natural Woman », invite les femmes noires à se libérer de leur complexe qui les inhibe ; les Noirs n’ont plus besoin de s’excuser pour exister.

Dans son look et sa manière d’être, Aretha assume son africanité, son identité noire, et a montré, dans les années 70, une image plus " afrocentriste ", avec des tenues plus sobres et une coiffure " afro ".

En 1964, Aretha déclare au magazine " Ebony " : « Ils savent, et ils savent que je sais, qu’ils n’ont pas mis tout leur poids derrière moi comme ils l’ont fait pour Barbra Streisand ».

Influencée par Clara WARD et Mahalia JACKSON, tout au long de sa carrière, Aretha démocratise le « Rythm and Blues », sans pour autant renoncer à son identité noire, démontrant ainsi que la musique peut être un outil pour le combat culturel et politique, pour l’égalité réelle, c’est un signe de ralliement politique et de protestation contre la ségrégation raciale.

Aretha est restée solidaire avec les forces du progrès, notamment à l’occasion de grandes manifestations politiques. Ainsi, Aretha chantera « God Bless America » pour l’investiture du président Jimmy CARTER en 1977, « I dreamed a dream » pour celle de Bill Clinton en 1993.

George W. BUSH lui remettra, en 2005 la médaille de la Liberté, la plus haute distinction américaine pour un civil.

Présentée comme « The World-Renowned musical artist », nous avons encore en mémoire, le 20 janvier 2009 quand elle est venue chanter, « My Country Tis of Tee », à « l’Inauguration Day », pour le nouveau, et premier président noir des États-Unis, Barack OBAMA, qui en a été ému jusqu’aux larmes.

Après cette performance, les « Rolling Stones » ont considéré alors qu’Aretha est « one of the most influential and important voices in the history of popular music ».

Barack OBAMA a salué la mémoire d’Aretha, la « Divine », dans son rôle pour « façonner l’Amérique. Dans sa voix, nous pouvions lire notre histoire, dans son entièreté et dans toutes ses nuances : notre puissance et nos peines, notre côté sombre et notre lumière, notre quête de la rédemption et le respect gagné difficilement » dit l’ancien Président.

Les hommages sont unanimes.

Pour Bill CLINTON, Aretha, c’est « l’un des plus grands trésors nationaux américains. Elle a remué nos âmes pendant plus de 50 ans. Elle était élégante, gracieuse et fermement intransigeante dans son travail artistique (...) Elle sera à jamais la " reine de la soul " et beaucoup pour tous ceux qui la connaissaient personnellement et à travers sa musique ».

Hillary CLINTON estime aussi qu’elle « ne mérite pas seulement notre RESPECT, mais également notre reconnaissance éternelle pour avoir ouvert nos yeux, nos oreilles et nos cœurs ».

Aretha Louise FRANKLIN est née le 25 mars 1942 à Memphis, dans le Tennessee.

C’est la quatrième enfant de Clarence LaVaughn (1915-1984) et de Barbara Siggers (1936-1952).

La musique a une grande importance dans sa famille, son père étant un curé qui officie dans une campagne corrompue par l’esclavage, la misère et le racisme.

En effet, le révérend FRANKLIN était connu pour ses sermons passionnés et son goût raffiné pour la musique : « The man with Million-dollar voice ».

Son père était aussi un grand communicateur. Il a été le premier à utiliser la radio, pour que son message soit largement diffusé auprès des Noirs isolés dans la campagne du Sud.

Quand la famille déménagea, en 1944, à Buffalo, à New York, il créa un nouveau show : « Voice of Frienship » et chante, lors de ses sermons enflammés, encore plus que jamais le gospel. Tout est musique chez son père : « He talked like he was singing. He talked » dira Aretha.

Il devint une personnalité connue et reconnue dans la communauté noire, en raison de son engagement contre le racisme. Homme d’église progressiste et engagé aux côtés des pauvres, C.L. FRANKLIN, célèbre au plan national, a aussi aux côtés du révérend Martin Luther KING dans sa lutte pour les droits civiques.

Aretha passe l’essentiel de sa vie à Detroit, dans le Michigan, et réside à Bloomfield Hill, une proche banlieue boisée de Détroit. En effet, son père devient, en 1946, le curé de la « New Bethel Baptist Church », fondée en 1932, à Detroit.

Le père FRANKLIN était ouvert à toutes les catégories de musique : Jazz, Blues, Rythm and Blues, Gospel. Il estimait qu’il n’y avait ni musique " sacrée ", ni musique profane ; toutes les musiques viennent de Dieu.

Il fut surnommé « The Jazz Preacher ». Aussi, la jeune Aretha, encore adolescente démarre dans la musique en accompagnant son père à l’église et dans ses tournées.

Dans une famille de musiciens, Aretha se passionne, dès son enfance pour le gospel. De sa foi, elle tire l’énergie de son chant.

À l’instinct, Aretha maîtrise le crescendo, sait jouer du silence et du cri, trouve les rythmes et les ruptures qui transcendent son chant, et la ferveur " qui prend aux tripes ".

Aretha a tout, tout de suite : un timbre de voix hors norme qu’elle conservera toujours, une oreille absolue, une technique saisissante dès l’enfance, une voix de quatre octaves, une capacité à maîtriser la dramaturgie du gospel et à en répandre l’émotion sacrée.

A 9 ans, Aretha enregistre deux disques, en choriste de son père, chez " Gotham Records ", et à 11 ans, elle devient soliste dans la chorale de son église.

Aretha sait ce qu’elle veut et se donne les moyens pour atteindre ses objectifs : « What you want/Baby, I got it ».

À 18 ans, en 1960, Aretha confie ses deux fils à sa grand-mère et part à New York, pour rejoindre un manager, John HAMMOND qui a découvert Billie HOLIDAY et Count BASIE qui la fait signer un contrat chez " Columbia ".

Aretha sort son premier disque important, « The Great Aretha Franklin ». Mais " Columbia " veut la cantonner dans le répertoire du " Jazz " où elle a du mal à décoller.

Aretha, elle-même croyait que " la Soul ", c’est « juste vivre et se débrouiller ».

Aretha finira par changer de maison de disque pour " Atlantic ", et s’investira dans " la Soul Music ", registre sur lequel elle s’impose comme un phénomène talentueux, génial, triomphant, insolent.

Ainsi, Aretha reprend, « Respect » d’Otis REDDING (1941-1967), avec ses sœurs déchaînées en choristes, ce tube devient un hymne de libération, d’affirmation féministe et de provocation sexuelle.

En réaction à ce succès, Otis REDDING avait dit : « J’ai perdu ma chanson, cette fille me l’a prise ».

Cette chanson, c’est le cri d’une femme noire, le son d’une époque. Dans " Respect ", elle se fait l’avocate du droit des femmes " tout ce que je te demande, mon chéri, quand tu reviens à la maison, c’est de me respecter ", chante-t-elle en direction de son premier mari qui la battait.

Aretha sort de l’anonymat et devient célèbre en enchaînant avec des tubes à succès comme : « Respect », « Think », « The Chain of Fools ».

Aretha vend plus de 6 millions de single et par 20 fois, elle caracole au sommet des " Hits ".

Aretha remporte 18 « Grammy Awards ». On lui affuble, alors, le surnom de « Queen of Soul ».

La comédie musicale, « Les Blues Brothers », en 1980, l’a rendue encore plus célèbre.

En 1999, dans son autobiographie, elle s’estimait comblée par Dieu, et qu’elle avait des projets, et que le meilleur est encore à venir : « I have dreams for the future. God has been good to mee ; my life has been and is rewarding, exciting, and creative. And surely, is yet to come. There are many songs that I want to sing. And sing ».

Pourtant, Aretha, dans sa jeunesse a affronté, victorieusement, différents obstacles. Ses parents se sont séparés, sa mère est décédée relativement jeune, en 1952, d’un infarctus du myocarde.

Sa vie amoureuse a été particulièrement chaotique ; elle a été mère célibataire de deux garçons à partir de ses 14 ans. Mariée, en 1961, à Ted WHITE, celui-ci la battait.

Ils divorcent en 1969 et se remariera, en 1978, à Glynn TURMAN.

Son père, C.L FRANKLIN, confronté à des addictions (alcool et drogue), victime d’une attaque armée d’un voleur le 10 juin 1979, restera dans le coma pendant 5 ans et décédera le 27 juillet 1984.

Depuis 2010, Aretha s’est battue, jusqu’au bout, courageusement, dignement et honorablement, contre cette maladie monstrueuse.

Le 29 décembre 2015, celle que l’on surnommait « la reine de la soul » était montée sur la scène des « Kennedy Center Honors » de Washington, qui célébrait alors la carrière de cinq artistes dont Rita MORENO, George LUCAS et Carole KING.

Installée derrière son piano, elle avait interprété « You Make Me Feel Like a Natural Woman ». Atteinte du cancer d’un cancer du pancréas, elle est morte le 16 août 2018.

« We pray for our Soul Sister : Respect and Rest in Peace ! »

Bibliographie sélective

1 – Ouvrages d’Aretha Franklin

FRANKLIN (Aretha), HAAG (John, L), Aretha Franklin, the Queen of Soul, Creative Concept, 1994, 96 pages ;

FRANKLIN (Aretha), RITZ (David), Aretha : From these Roots, New York, Wilard, 1999, 298 pages.

2 – Critiques d’Aretha Franklin

BARNARD (Stephen), Aretha Franklin, Unanumous, 2001, 144 pages ;

BEGO (Mark), Aretha Franklin, The Queen of Soul, New York, Saint Martin’s Press, 1989, 378 pages ;

CARROLL (Jillian), Aretha Franklin, Chicago, Raintree, 2004, 64 pages ;

DANCHIN (Sébastian), Aretha Franklin : portrait d’une natural woman, Paris, Buchet-Chastel, 2005, 417 pages ;

GOURSE (Leslie), Aretha Franklin : Lady Soul, New York, F. Watts, 1995, 170 pages ;

LEHR WAGNER (Heather), Aretha Franklin : Singer, Chelsea House Publishers, 2010, 105 pages ;

MacAVOY (Jim), Aretha Franklin, Chealse House Publishers, 2002, 112 pages ;

MEDINA (Nico), Who is Aretha Franklin ?, New York, Penguin, 2018, 112 pages ;

OLSEN (James, T.), Aretha Franklin, Creative Education, 1974, 27 pages ;

RITZ (David), Respect : The Life of Aretha Franklin, Hachette UK, 2014, 528 pages ;

RIVERA (Ursula), Aretha Franklin, New York, Rosen central, 2003, 112 pages ;

SHEAFER (Silvia, Ann), Aretha Franklin : Motwon Superstar, Springfield, NJ, Enslow, 1996, 138 pages ;

WARNER (Jenifer), Respect : The Life and Times of Aretha Franklin, Bookcaps Study Guide, 2014, 70 pages.