Arabie saoudite : des centaines d’Ethiopiens piégés dans des centres de détention

, par  DMigneau , popularité : 0%

Arabie saoudite : des centaines d’Ethiopiens piégés dans des centres de détention

Migrants africains en Arabie Saoudite entassés dans des conditions déplorables - ©Telegraph exclusive

Une enquête du " Sunday Telegraph " sortie le 30 août révèle que des centaines de migrants africains sont enfermés dans des camps de détention. Accusés de propager le " Covid-19 ", les autorités les gardent parqués dans des conditions indignes.

Battus, affamés, enfermés, voilà le quotidien de centaines de migrants africains retenus en Arabie Saoudite. Une enquête du journal britannique le " Sunday Telegraph " publiée le 30 août met en lumière le traitement inhumain réservé aux migrants par le royaume.

D’après les personnes contactées, des centaines, voire des milliers, d’Africains seraient enfermés dans ces " camps de détention " depuis le mois d’avril.

Lors de l’explosion de la pandémie de " Covid-19 ", le gouvernement saoudien a jugé que ces personnes, vivant déjà dans des conditions déplorables, pouvaient être des vecteurs du virus.

Des conditions de détention terribles

Un homme pendu, des toilettes qui débordent, des migrants affalés les uns sur les autres, les images dévoilées par le " Sunday Telegraph " sont glaçantes.

Contacté par le journal, un des détenus raconte que " les gardes jettent les cadavres comme si c’était des ordures ".

Abebe, migrant Éthiopien détenu depuis plus de quatre mois raconte : " C’est l’enfer ici. Nous sommes traités comme des animaux et battus tous les jours (…) avec des fouets et des fils électriques comme si nous étions des meurtriers ".

" Nous mangeons un petit morceau de pain chaque jour, et du riz, tous les soirs. Il n’y a presque pas d’eau, et les toilettes débordent […], la chaleur qui règne ici va nous tuer " détaille un second Éthiopien.

Un autre détenu affirme encore que « beaucoup (…) sont suicidaires ou souffrent de maladies mentales parce qu’ils ont vécu cela pendant cinq mois. Les gardiens se moquent de nous, ils disent : " votre gouvernement s’en fiche, qu’est-ce qu’on est censé faire de vous ? " ».

Bien que les images du " Telegraph " ne montrent que des hommes, le média précise qu’il y aurait d’autres camps réservés aux femmes.

https://youtu.be/d_gLsbUUYHA

Indignation molle à l’international

Alors que la pandémie flambait, l’ONU avait a exigé que l’Arabie Saoudite arrête les expulsions massive, après le renvoi à la frontière de 3 000 migrants éthiopiens.

D’après plusieurs témoignages, les migrants auraient alors été enfermés dans ces centres, à la suite de rafles soi-disant destinées à diminuer les facteurs de propagation du " Covid-19 ".

Grâce aux données de géolocalisation des images envoyées aux journalistes par des détenus via des téléphones de contrebande, deux de ces centres se trouveraient près des villes de Jazan et de La Mecque, dans l’ouest et le sud du pays.

Contacté par le " Telegraph ", Adam Google, directeur adjoint de " Human Rights Watch " au Moyen-Orient, a dénoncé des photos qui montrent " que les autorités de cette région soumettent les migrants de la Corne de l’Afrique à des conditions sordides, surpeuplées et déshumanisantes, sans aucun égard pour leur sécurité ou leur dignité ".

Plusieurs milliers de détenus probables

Sitôt l’enquête publiée, les réactions internationales ne se sont pas fait attendre. Sollicités, « l’Organisation internationale des migrations » (OIM), le « Secrétariat général » de l’ONU, la diplomatie britannique et l’organisation américaine " Human Rights Watch " ont exprimé leur " inquiétude " et demandé une enquête.

L’Arabie saoudite a également réagi, promettant d’enquêter sur ces images " choquantes et inacceptables ". Auprès du " Telegraph ", le gouvernement saoudien affirme " examiner l’état de tous les centres gouvernementaux à la lumière de ces allégations ", affirmant que si certaines " manquaient à leurs nécessités ", la question serait réglée.

Interrogée par le journal britannique, Tsion Teklu, ministre éthiopienne de la " Diplomatie économique ", à l’inverse de ce que prétend Riyad, son gouvernement n’aurait jamais été mis au courant de l’existence de ces camps.

D’après les sources du quotidien britannique, il y aurait des centaines de migrants dans chaque pièce et les camps ont plusieurs bâtiments.

Un détail qui pourrait élever le nombre de détenus à plusieurs milliers, voire davantage.

Vincent GENY

Marianne