Arabie saoudite : Mohammed ben Salman voit ses rêves partir en fumée

, par  DMigneau , popularité : 0%

Arabie saoudite : Mohammed ben Salman voit ses rêves partir en fumée

L’Arabie saoudite vient de subir des attaques majeures contre son industrie pétrolière. Deux sites ont été touchés par des attaques de drones et sont en feu.

Les rebelles houthis soutenus par l’Iran ont revendiqué la responsabilité des frappes. Les drones, au nombre de dix, ont attaqué les installations de la société " Aramco " vers 4 h, heure locale. Les grands sites d’Abqaiq et de Khurais ont été touchés et cela entraîne une chute de production de 5,7 millions de barils par jour, soit la moitié de la production journalière du royaume.

Le site d’Abqaiq qui peut traiter 7 millions de barils par jour avait déjà été touché par une attaque terroriste d’ " Al-Qaïda " le 24 février 2006 sans entraîner de dégâts aux installations industrielles.

Cet attentat avait fait remonter le cours du pétrole de deux dollars.

L’objet principal de l’usine d’Abqaiq est d’éliminer le sulfure d’hydrogène du pétrole brut et de réduire la pression de vapeur, ce qui permet de transporter le brut en toute sécurité dans des navires-citernes.

Abqaiq est la plus grande installation au monde pour cette " stabilisation ".

L’Arabie saoudite dit qu’elle dispose de réservoirs de pétrole dans le pays ainsi qu’à Rotterdam (Pays-Bas), à Okinawa (Japon) et à Sidi Kerir (Égypte) et que les livraisons ne seront pas perturbées.

« Nos prochaines opérations vont s’étendre et devenir encore plus pénibles si le régime saoudien continue son agression et son blocus », a averti le porte-parole Houthis, Yahya Sari.

De son côté, le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, a accusé l’Iran d’être responsable de ces attaques. " Au milieu d’appels à la désescalade, l’Iran a lancé une attaque sans précédent contre les approvisionnements mondiaux en énergie ", a tweeté M. Pompeo. Les États-Unis vont travailler avec leurs partenaires pour " demander des comptes " à Téhéran, a ajouté le diplomate.

La frappe de drones met en évidence la vulnérabilité du réseau de champs de pétrole, de pipelines et de ports du royaume qui fournissent 10 % du pétrole mondial, écrit de son côté Bloomberg.

Une panne prolongée à la raffinerie d’Abqaiq où le pétrole brut de plusieurs des plus grands champs pétrolifères du pays est traité avant d’être envoyé aux terminaux d’exportation, peut entraîner " un choc " sur les marchés mondiaux de l’énergie, note le journal.

Au-delà de cet événement extrêmement grave, nous sommes en droit de nous poser quelques questions.

Le budget de la défense de l’Arabie saoudite est de plus de 60 milliards de dollars et se situe (en dollars) au même niveau que la France et la Russie.

Comment est-il explicable que ce pays n’est pas capable de correctement défendre des installations stratégiques et d’abattre une dizaine de drones ?

On peut aussi se demander ce que donnerait une guerre avec l’Iran sachant que les dix drones sont sans doute de fabrication iranienne.

La guerre que l’Arabie saoudite mène au Yémen n’est quasi pas " couverte " par les médias et je fais ici mon propre mea culpa pour ne jamais en avoir parlé. J’ai toujours cru que la guerre en Syrie était " la mère " de toutes les guerres au Moyen-Orient mais force est de reconnaître que la guerre au Yémen est aussi importante et qu’elle peut déclencher une guerre générale dans la région.

Au Yémén, l’Arabie saoudite utilise des troupes étrangères au sol. Selon " Slate " (1), c’est la région du Darfour au Soudan qui est particulièrement mise à contribution. Il y aurait 14 000 soldats soudanais qui combattent au Yémen et 20 à 40 % d’entre eux seraient mineurs.

L’armée saoudienne ne serait que peu mise à contribution pour éviter les pertes [et les protestations de la population]. Si cela était exact, ce serait particulièrement abject et serait certainement suffisant pour mener les dirigeants saoudiens devant les tribunaux internationaux.

Les avions saoudiens, sans doute pilotés par des mercenaires, détruisent systématiquement toutes les infrastructures civiles (et archéologiques) du Yémen depuis quatre ans.

Cette guerre laisse la population civile dans la famine et le dénuement le plus total.

Dans ces conditions, comment définir la livraison par la France de 147 canons­ " Caesar " à l’Arabie saoudite (2).

Ai-je rêvé ou est-ce bien la France qui donne des leçons de morale et de respect des « droits-de-l’Homme » au reste du monde. Heureusement la CPI ne juge que des dirigeants du « Tiers monde » (pour le moment).

La situation actuelle est extrêmement explosive. J’ai parlé dans un article récent du « contrat de sécurité » entre les États-Unis et l’Arabie saoudite. Ce contrat est souvent appelé « le pacte du Quincy ». Suivant ses termes, les États-Unis garantissent la sécurité de l’Arabie saoudite et de son dirigeant.

Or, même s’il s’agit d’une riposte justifiée, l’Arabie saoudite vient de subir une attaque majeure.

Quelle va être la réponse de Donald Trump ?

Nous savons, depuis les premiers résultats des « pourparlers de paix » que les Houthis exigent un dédommagement pour les destructions commises par les saoudiens et leurs alliés avant de cesser le combat.

C’est une humiliation que l’Arabie saoudite n’acceptera pas. Nous sommes donc dans une impasse.

Pour terminer cet article, il faut mentionner la lourde responsabilité de Mohammed ben Salman et de son mentor, le prince héritier des « Émirats arabes unis », Mohammed ben Zayed, dans l’actuelle tragédie yéménite.

Mohammed ben Salman voulait augmenter son prestige dans son pays en lançant une opération punitive de quelques semaines contre les dirigeants d’un coup d’État au Yémen.

Quatre ans plus tard, cela se retourne contre lui et même son mentor a pris ses distances.

Venant après le fiasco de son intervention en Syrie, je crois que certains commencent à réfléchir à un remplaçant possible, les candidats dans la famille royale ne manquent pas.

Pierre

AgoraVox

Notes :

(1)http://www.slate.fr/story/171717/arabie-saoudite-enfants-darfour-combats-yemen

(2) Voir médiaPart