Alstom autorisé par la « Commission européenne » à racheter la branche " rail " de " Bombardier " : une opération qui interroge

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Alstom autorisé par la « Commission européenne » à racheter la branche " rail " de " Bombardier " : une opération qui interroge

Une usine de 800 salariés va être cédée par Alstom - Crédit PATRICK HERTZOG / AFP

Ce 31 juillet, la « Commission européenne » a donné son " feu vert " pour cette opération à plusieurs milliards d’euros. Mais entre la cession d’usine imposée par Bruxelles et l’arrivée d’un actionnaire de référence québécois, le bien-fondé du rachat par " Alstom " de " Bombardier Transport ", par ailleurs en grande difficulté financière, pose question.

La « Commission européenne » a autorisé ce vendredi 31 juillet le rachat par " Alstom " du Canadien " Bombardier Transport ", numéro trois du secteur en Europe derrière " Siemens " et " Alstom ".

Le nouvel ensemble autorisé deviendra le principal groupe ferroviaire occidental (environ 15 milliards d’euros de chiffres d’affaires). Le but affiché de ce rapprochement : tenir " la dragée haute " au géant chinois CRRC (près de 30 milliards d’euros de chiffre d’affaires).

Très concentré sur son marché domestique, CRRC reste toutefois à l’affût d’activités rentables à " l’international ". Il a, par exemple, conclu fin 2016 un partenariat - avec le français " Thalès " pour surmonter ses handicaps dans la signalisation - l’activité qui génère le plus de gains de productivité grâce à la digitalisation et l’automatisation du trafic.

" S’il y a une technologie de rupture, elle viendra de Chine ", prévenait le PDG d’ " Alstom ", Henri Poupart-Lafarge, lors d’une audition à la " Commission des affaires économiques " de « l’Assemblée nationale » le 22 juillet. C’est pourquoi il estime que son groupe doit s’allier à un concurrent occidental afin d’avoir la " surface financière " suffisante pour faire face.

Suppression d’usine

Mais le deal " Alstom-Bombardier " inquiète tout de même sur plusieurs aspects.

D’abord, " Alstom " va devoir assumer les difficultés financières de " Bombardier ", surendetté à hauteur de 9 milliards de dollars américains.

Pas une mince affaire, reconnaissait Henri Poupart-Lafarge à « l’Assemblée ».

Ensuite, cette fusion ne se fera pas sans contrepartie. Les deux constructeurs ferroviaires pesant pour moitié sur le marché des trains régionaux français, la « Commission européenne » leur a demandé de vendre une usine de production, au nom de son "sacro-saint " dogme de " libre concurrence " qu’elle est la seule à s’infliger au sein des grandes puissances économiques mondiales.

Par conséquent, " Alstom " a choisi de céder l’usine de Reichshoffen dans le Bas-Rhin (800 salariés), qui produit notamment des trains régionaux à hydrogène.

Il a aussi proposé la cession des trains " Coradia Polyvalent ", appelés " Regiolis " par la SNCF.

" Alstom va devoir redévelopper un train régional en France ", a déclaré, résigné, le PDG d’ " Alstom ".

Surtout, cette décision met les 800 salariés de l’usine dans une situation d’incertitude extrême. " Je reconnais que c’est une période de danger (pour le site ndlr)", a concédé Henri Poupart-Lafarge face aux députés.

En " Commission des affaires économiques ", l’incompréhension était totale.

" Quand le patriotisme économique, il commence par dire qu’on va larguer une usine en France… je ne pige plus du tout ", s’est indigné le député LFI François Ruffin, rappelant le précédent " General Electric " qui a supprimé un tiers des postes sur l’ancien site grenoblois d’ " Alstom ", malgré les belles promesses au moment de la reprise.

Changement d’actionnaire principal

Autre sujet de préoccupation : le changement d’actionnariat principal.

Le fonds de pension québécois CDPQ – qui détient 32,5 % de " Bombardier " - va, en effet, financer la moitié du rachat et donc devenir l’actionnaire de référence d’ " Alstom ", avec environ 18 % des parts.

" Bouygues ", premier actionnaire du constructeur ferroviaire depuis près de quinze ans, ne détiendra plus que 10 % des parts, après en avoir déjà cédé la moitié en septembre 2019.

Le député « PS » Dominique Potier s’en est ouvertement inquiété : " Alors que nous débattons plus que jamais de la souveraineté industrielle (…) n’est-il pas incohérent de créer un géant européen à l’actionnariat majoritairement extracommunautaire ? ".

" On a déjà perdu beaucoup dans ces histoires là ", pestait François Ruffin, citant le cas Pechiney " avec le Canada et Alcan ", qui a fait perdre à la France " un champion de l’aluminium ".

En réponse, le PDG d’ " Alstom " a tenté de rassurer les députés : " CDPQ est un acteur financier, pas un acteur industriel. Cette opération n’est donc pas comparable avec la prise de contrôle d’un groupe français par un groupe étranger ".

Le fonds est bien connu dans le secteur des transports en France puisqu’il possède notamment 30 % de " Keolis " et d’ " Eurostar ". Il n’en reste pas moins que le pari est risqué : il n’y a désormais plus d’actionnaire français de référence au capital de l’acteur industriel stratégique du ferroviaire...

Mathias THEPOT

Marianne