Alors cette nouvelle « Nuit du 4 août », ça vient ?

, par  DMigneau , popularité : 0%

Alors cette nouvelle « Nuit du 4 août », ça vient ?

La nuit du 4 août, quèsaco ?

Une pluie d’étoiles filantes ?

Une grande bringue durant toute la noye ?

Et non, c’est un événement fondamental de la « Révolution française », puisque, au cours de la séance qui se tenait alors, « l’Assemblée constituante » met fin au système féodal.

C’est l’abolition de tous les droits et privilèges féodaux ainsi que de tous les privilèges des classes, des provinces, des villes et des corporations.

Les privilégiés eux-mêmes surenchérissaient pour abandonner leurs avantages.

De gaieté de cœur ?

Par " altruisme révolutionnaire " ?

Té, fume… Parce qu’ils crevaient de trouille !

Depuis la prise de la Bastille, le 14 juillet 1789, s’est développé en France, notamment dans les campagnes, une vague de révoltes appelée " la Grande Peur ".

Dans certaines régions, des paysans s’en prennent aux seigneurs, à leurs biens et à leurs archives, en particulier les livres terriers qui servent à établir les droits seigneuriaux.

La nuit du 4 août est une réponse à cette insurrection.

Alors, finis les privilèges ?

Disparus les privilégiés ?

Eh ! Oh ! Puis quoi encore…

On est toujours le privilégié de quelqu’un. Les plus précaires des salariés trouveront exorbitants les " avantages " des fonctionnaires.

Et ainsi de suite en cascade.

On daube sur l’utilisation des fonds publics engloutis dans le train de vie dispendieux d’une administration bureaucratique et pléthorique, sur les " profiteurs de l’État ".

L’État " obèse ", la redistribution en panne, les " privilèges " du statut de la fonction publique : tout cela, bien sûr, existe et conduit à d’incontestables gabegies. Mais énoncés en boucle, caricaturés à l’infini, ces slogans convenus finissent par tenir lieu d’unique évidence, de " vérité révélée ".

Mais les privilégiés, les vrais, ce n’est pas qu’il faut les chercher.

Ernest-Antoine Seillière, multimillionnaire qui mena en son temps le Medef " flamberge au vent " aurait-il eu ce destin si, en 1978, le gouvernement Barre n’avait nationalisé les usines sidérurgiques de sa famille, alors en pleine déconfiture ?

Bernard Arnault aurait-il pu prendre place sur le trône de " roi du luxe " si, en 1984, le gouvernement Fabius ne lui avait livré sur un plateau la maison Christian Dior, joyau d’un empire Boussac sous tutelle étatique ?

Jean-Luc Lagardère aurait-il pu devenir le " chef d’escadrille " de l’aéronautique européenne si, en 1999, le gouvernement Jospin ne lui avait cédé " à prix d’ami " et " au nom de la raison d’État ", le manche d’ " Aérospatiale ", des " Airbus " et de la fusée " Ariane " ?

Empire que sa descendance ruine avec constance et application d’ailleurs.

En " toile de fond " de ces questions, il y a toujours l’argent public - celui des Français - celui de leurs impôts. La règle est toujours, quelle que soit " la couleur " des gouvernements, de privatiser les gains et de " socialiser " les pertes.

Les nouveaux privilégiés, il faut les chercher dans un favoritisme d’état entretenu par la connivence entre les " élites " et protégé par l’ignorance des citoyens.

" Élites " sorties du " même moule ", des mêmes écoles, reproduisant des privilèges familiaux comme autrefois les nobles et le clergé, se cooptant dans les " conseils d’administration ".

Cheville ouvrière - si l’on peut dire ! - de cette fabrique de privilégiés, le " pantouflage ".

Le " pantouflage " est le fait de passer du secteur « public » au secteur « privé ».

À l’origine, cette expression est utilisée par les polytechniciens. En effet, dans le jargon de l’École polytechnique, il y a ceux qui choisissent " la botte ", c’est-à-dire « le public », et ceux qui choisissent " la pantoufle ", le secteur « privé ». Mais ce " pantouflage " se complète aussi, souvent d’un " retro-pantouflage ".

On appelle ça encore " les portes tournantes ".

Tenez, par exemple, not’bon Président !

Inspecteur des finances, donc ayant fait des études payées par nos impôts - chaque année de scolarité à l’École nationale d’administration (ENA) revient à 83 000 € par étudiant - il est parti " travailler " dans le privé, à la banque Rothschild, avant de revenir et d’être nommé " Secrétaire adjoint " de l’Élysée, puis " ministre de l’Économie " et aujourd’hui président de la République !

Ça, c’est de " la pantoufle " ! Le Docteur Jeva peut aller se rhabiller…

Autrefois, vous pouviez décider de servir « l’État » parce que vous vouliez avoir le pouvoir, puis vous alliez dans « le privé » parce que vous vouliez l’argent.

Le salaire d’un inspecteur des finances passant de Bercy à la banque est multiplié par dix. Aujourd’hui, vous pouvez avoir " le beurre et l’argent du beurre ", dans un temps très réduit, et en plus vous farcir " la crémière "…

" La crémière ", on la retrouvait sur les ronds-points, avec les " Gilets jaunes ", ces " sans-culottes " modernes.

Et qu’est-ce qu’elle demandait - " la crémière " - mais aussi l’artisan, le " petit commerçant ", le retraité, le petit fonctionnaire, le chômeur, l’ouvrier, l’employé précaire ?

Qu’est-ce qu’elles demandent les aides-soignantes, les " auxiliaires de vie ", les infirmières, les " toubibs ", les éboueurs, les chauffeurs routiers, les " hôtesses de caisse " qui ont risqué leur vie pour faire tourner le pays ?

Pas des privilèges, non, simplement un peu de justice, d’équité, de considération.

Et des salaires décents.

En 1789, les privilégiés ont accepté l’abandon de leurs privilèges parce qu’ils avaient " la paille au cul " ! Ils crevaient de trouille !

Faudra-t-il susciter de nouvelles " Grandes Peurs " pour qu’une nouvelle " Nuit du 4 août " survienne ?

Ah ! Ça ira, ça ira, ça ira…

Octidi 18 Thermidor 228

VICTOR Ayoli

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