Allemagne : déjà désavouée, la " coalition tricolore " d’Olaf Scholz vacille

, par  DMigneau , popularité : 0%

Allemagne : déjà désavouée, la " coalition tricolore " d’Olaf Scholz vacille

dpa Picture-Alliance via AFP

Bousculée par la guerre en Ukraine, la coalition berlinoise à trois partis se cherche encore. Des dossiers cruciaux comme " l’obligation vaccinale " ou le paquet de 100 milliards d’euros pour l’armée ont du mal à aboutir. Ces blocages fragilisent le chancelier Olaf Scholz dont le parti vient de perdre lors d’une élection régionale en Rhénanie du nord-Westphalie.

Une déclaration solennelle inédite le 8 mai sur la chaîne publique " ARD ", suivie d’un exercice de " questions-réponses " avec les téléspectateurs de " RTL " avant-hier !

Quand on connaît la propension du chancelier allemand Olaf Scholz à en dire le moins possible, cette double apparition en moins de dix jours devrait mettre " la puce à l’oreille ".

De fait, quelque chose " ne tourne pas rond " au sein de la coalition berlinoise qui réunit les " sociaux-démocrates " (SPD), les " écologistes " (" Die Grünen ") et les « libéraux » (FDP). Selon l’institut " Forsa ", 68 % des Allemands ne comprennent pas bien la ligne politique du chancelier.

Dimanche dernier, le chancelier Scholz a payé cher la distance qui s’est installée entre lui et ses concitoyens. Lors des élections régionales de Rhénanie du nord-Westphalie, région la plus peuplée d’Allemagne avec 18 millions d’habitants et base arrière stratégique pour tenir ou prendre Berlin, le SPD a encaissé un recul historique (26,7 %) qui le place à neuf points derrière les « conservateurs » du CDU, qui sont à 35,7 %.

Le FDP a, lui aussi, été sévèrement sanctionné. Avec 5,9 %, son score de 2017 est divisé par deux. Seuls " les Verts " tirent brillamment leur " épingle du jeu " avec 18,2 %, soit trois fois plus qu’avant.

Cette défaite, qui devrait conduire à la formation d’un exécutif régional alliant « conservateurs » et " écologistes ", représente un camouflet pour un gouvernement fédéral qui n’a toujours pas trouvé ses marques.

" Une coalition tripartite a besoin d’une plus grande force d’intégration pour fonctionner ", souligne le politologue Wolfgang Schröder.

Pour ce politologue allemand, la coalition de Scholz n’a pas de méthode pour façonner des compromis solides. " Chacun semble camper sur ses positions sur des questions centrales. Cela conduit, sur les points névralgiques, à ce que les décisions soient prises tardivement ou ne soient pas prises dans le sens d’une position commune ", explique-t-il.

Manque de discipline

La coalition tricolore vacille.

La loi sur " l’obligation vaccinale ", projet central du chancelier, a été portée par le SPD et " les Verts ", mais assez peu par les « libéraux ». Et le rejet du texte a été retentissant.

Pour les livraisons d’armes lourdes à l’Ukraine les dissensions entre des " Verts " et des « Libéraux » favorables et critiques, et le SPD réticent, ont failli conduire à un nouvel échec.

Seule la menace de voir la CDU profiter de cette division a soudé le camp gouvernemental.

Même chose pour le " paquet financier " de 100 milliards d’euros pour la " Bundeswehr ", l’armée allemande. Son vote vient d’être repoussé, car il n’est pas certain que tous les députés " écologistes " et " sociaux-démocrates " le soutiennent.

Ce manque de discipline est une des conséquences de la crise ukrainienne. Si Scholz est prudent à l’excès, c’est aussi qu’il a dû bouleverser la politique énergétique et la défense de son pays dès son arrivée au pouvoir.

Pour sa part, le ministre « libéral » des Finances, Christian Lindner, traditionnellement " pro-rigueur " budgétaire, ne cesse de prévoir des dettes pour développer la défense, lutter contre la pandémie ou réduire la facture énergétique des Allemands.

Surtout, les grandes mesures politiques du programme comme l’augmentation du " salaire minimum " à 12 euros, la " transition énergétique ", la construction de 400 000 logements par an, sont devenues quasi-invisibles.

Pas étonnant donc que des " lignes de fracture " apparaissent. Christian Lindner a déclaré que la coalition berlinoise, tenue pour responsable du désastre régional, " n’a jamais été notre rêve " et que son parti gouverne avec le SPD et les " Verts " par " responsabilité politique ", car une autre combinaison n’était pas possible à l’époque.

Les " écologistes " s’en sortent

Dans ce tableau, seuls les ministres " écologistes " restent visibles et populaires, ce pourrait créer des jalousies au sein de la coalition.

Le vice-chancelier Robert Habeck, ministre de " l’Économie " et de " la Protection du climat ", passe le plus clair de ses journées à sillonner le pays et les médias pour organiser la fin de la dépendance aux hydrocarbures russes.

Quant à la ministre des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, candidate maladroite aux élections législatives, elle s’est rétablie en faisant bonne figure dans les multiples conférences internationales sur l’Ukraine, ou en se rendant à Kiev à la place du trop réticent chancelier Scholz.

Les " Verts ", pour leur part, ont choisi de minimiser leur succès et la portée de l’élection rhénane. Mais face à eux, la CDU de Friedrich Merz est rendue audacieuse par ses victoires.

" La CDU est redevenue le premier parti allemand ", a annoncé le successeur d’Angela Merkel qui compte bien continuer à appuyer " là où ça fait mal ". Jusqu’au moment où les " écologistes " seront prêts, espère-t-il, à saisir sa main tendue et à renverser les alliances.

Schnee THOMAS

Marianne.fr

Navigation