Algérie : " #douzedouze ", dernier rite d’un monde finissant

, par  DMigneau , popularité : 0%

Algérie : " #douzedouze ", dernier rite d’un monde finissant

A l’heure qu’il est, au jour qu’il fait, on ne saura dans quelle étagère de l’Histoire allons-nous ranger cette date. Un jour de honte ? Un point saillant dans le calendrier national ?

La dernière invention algérienne est un " hashtag ". Un " mot-dièse " qui n’empêche pas le chant de continuer à avancer au rythme des semaines et des rimes.

Ce " hashtag " s’appelle « #douzedouze », qui est la date de ce jour : le 12 décembre 2019.

" #douzedouze " sonne comme le rejeton d’un monstre insensible. Un bulldozer qui avance, qui renverse et écrase tout sur son chemin. Ce " #douzedouze " est voulu par les tenants du pouvoir, de ses restes, et de ses alliés aux abois.

Le " #douzedouze ", ce jour gris et sans chaleur, est pensé sous un képi, exécuté par des hommes, de préférence moustachus, habillés en blazers bleu-foncé et en pantalons larges.

Dégaine anachronique, pour un rituel de fin de vie.

" #douzedouze " est le dernier " petit gadget " du régime algérien. Il l’a sorti de ce qui lui reste comme imagination. Pensant que l’hiver, ses pluies, ses vents, contraindront le peuple à tout avaler sans distinguer.

" #douzedouze " est une potion sortie des cuisines mal entretenues de « l’État-caserne », qui croit aux bienfaits d’ingrédient depuis longtemps " hors date " et hors d’usage.

Mais le régime algérien n’a que faire des dates. Ni des saisons, ni des cycles politiques. Pour les tenants du " #douzedouze " , l’Algérie doit vivre hors des temps.

Un pays sans jeunesse. Donc, immortel dans sa léthargie.

https://youtu.be/rK_lAImMAlo

Manifesation Alger, jeudi 12 décembre 2019 © TSA

En d’autres temps, et depuis longtemps, les jours d’élection en Algérie sont synonyme de « rien à faire », autrement dit jour d’ennui national. Les uns les consacrent à leur jardin quand d’autres tuent les heures autour d’un jeu de dominos.

Un régal d’indifférence.

Mais le " #douzedouze ", aujourd’hui, sonne la fin de l’indifférence. Les réactions à travers le pays, le long des rues, sur les balcons décrépits, à l’entrée des écoles sensée accueillir les rares clients du " #douzedouze ", c’est au son du refus populaire que les choses se vivent.

Replacé dans son slogan originel, " #douzedouze " se clame « Douze-Douze la yadjouz », une fetwa politique qui signifie « Douze-Douze n’est pas toléré ».

A l’heure qu’il est, au jour qu’il fait, on ne saura dans quelle étagère de l’Histoire allons-nous ranger cette date.

Un jour de honte ?

Un point saillant dans le calendrier national ?

Difficile à prévoir. Car comme dirait Gramsci, le « Le vieux monde se meurt, le nouveau est lent à apparaître, et c’est dans ce clair-obscur que surgissent les monstres ».

Un jour alors, si le monstre reprend vie en Algérie, nous l’appellerons " #douzedouze ".

Amine K.

MediaPart