Alexis Kohler, le secrétaire général de l’Élysée, pris dans un conflit d’intérêts majeur

, par  DMigneau , popularité : 0%

Alexis Kohler, le secrétaire général de l’Élysée, pris dans un conflit d’intérêts majeur

Crédits photos : REUTERS/Stéphane de Sakutin

Toujours secoué par " l’affaire Benalla ", le gouvernement doit maintenant faire face à une autre révélation risquant d’aggraver profondément la crise qui le traverse.

Comme le révèle " Mediapart " ce lundi, Alexis Kohler, actuel secrétaire général de l’Élysée et principal cofondateur d’ " En Marche ! ", aurait caché ses liens familiaux avec le géant du transport maritime MSC et profité de sa place au sein de l’administration publique pour « mettre les moyens de l’État à disposition du croisiériste » , soutenant ainsi une « disposition illégale et qui contrevient à l’intérêt public ».

Le cas impliquerait aussi le premier ministre Edouard Philippe et le président Emmanuel Macron.

Défendre les intérêts de ta classe et par ricochet ceux de ta famille

Le parcours politique d’Alexis Kohler, le bras droit reconnu d’Emmanuel Macron, débute en 2000 à Bercy au Trésor. Plus tard, il passe par le FMI pour ensuite occuper un poste à « l’Agence des Participations de l’État » (APE).

Puis, en 2012, suite à l’élection de François Hollande, il devient « directeur adjoint » au cabinet du ministère d’Économie avec Pierre Moscovici et plus tard avec Emmanuel Macron.

En 2016, en élaborant notamment le " programme présidentiel ", il participe à la création d’ " En Marche ! " tout en occupant, en même temps, le haut poste de « directeur financier » chez l’armateur MSC.

Enfin, avec la victoire de Macron, il quitte ses fonctions chez MSC pour devenir « Secrétaire général » de l’Élysée.

Ce parcours professionnel est, pourtant, comme le révélait une autre enquête journalistique de " Mediapart ", toujours traversé par des liens suspects avec l’armateur italo-suisse MSC, le deuxième groupe mondial de transport maritime, dont la cousine germaine de la mère d’Alexis Kohler est la cofondatrice et la principale actionnaire.

Comme le montrait l’enquête, l’actuel « Secrétaire général » de l’Élysée, à ses différents postes, « a été amené à travailler sur ce dossier, à mobiliser des financements ou des crédits exports, à apporter des garanties d’État pour aider la MSC ».

Face à ces premières révélations, le service de presse de l’Élysée a répondu à " Mediapart " qu’« Alexis Kohler a toujours respecté et respecte toujours l’ensemble des règles légales et réglementaires qui encadrent l’exercice des activités et des responsabilités qui s’appliquent aux fonctionnaires. Il a notamment toujours informé sa hiérarchie des situations dans lesquelles il aurait pu se trouver en conflit d’intérêts, s’est toujours déporté pour éviter lesdites situations et a toujours respecté les avis de la commission de déontologie » .

Cependant, à l’instar des multiples excuses données par l’Élysée pour essayer d’écarter " l’affaire Benalla ", ces déclarations deviennent extrêmement fragiles à l’égard des dernières révélations issues des documents officiels auxquels " Mediapart " a eu accès.

Un nouvel échec pour l’Élysée

En effet, les procès-verbaux auxquels " Mediapart " a eu accès ont montré qu’Alexis Kohler non seulement « n’a pas toujours révélé ses liens familiaux avec MCS » mais qu’en ne se déportant pas sur les dossiers concernant l’armateur italo-suisse, l’actuel secrétaire général de l’Élysée « a pris part aux discussions et aux votes en faveur de MSC » lors qu’il siégeait de 2010 à 2012 avec Édouard Philippe - apparemment au courant des liens entre Kohler et le croisiériste - au « Conseil de surveillance » du Port du Havre. « Un port où MSC joue un rôle considérable en tant que client mais aussi en tant qu’opérateur important, puis qu’il contrôle deux terminaux ».

De plus, toujours selon " Mediapart ", la période où Alexis Kohler remplissait ses fonctions au sein du « Conseil de surveillance » du Port du Havre n’était pas anodine. Ce conseil était le principal lieu de décision dans un moment où le port privatisait ses terminaux et où se jouait la place des différents acteurs portuaires au sein de cette recomposition.

MSC aurait « ainsi profité de cette nouvelle donne et des privatisations sur le port pour assurer son ascendant ». C’est dans ce cadre qu’Alexis Kohler, en tant que représentant de l’État au sein du « Conseil de surveillance » aurait été pour le fait « d’apporter une garantie de rachat à deux opérateurs, dont TNMSC (la filiale de MSC), alors que les biens auraient dû devenir gratuitement et de plein droit la propriété de l’État ».

Ainsi, comme conclut " Mediapart " « non seulement Alexis Kohler ne se déporte pas d’un dossier qui concerne directement MSC, mais il apporte le soutien de l’État à une disposition qui est illégale et qui contrevient à l’intérêt public »

En outre, c’est grâce à ce vote du « Conseil de surveillance » que «  TNMSC a obtenu les quatre postes à " Port 2000 " (projet de modernisation du Port du Havre), comme il le souhaitait, à prix d’occupation domaniale calculé sur des références de 2006 […] et en se faisant racheter ses installations antérieures ».

Tel que le souligne " Mediapart ", TNMSC « est le seul à disposer de quais ayant des profondeurs de 17 mètres, contre 15 mètres pour les autres, ce qui lui donne un avantage évident par rapport à tous ses concurrents ».

Face à ces faits, le « Parquet national financier » (PNF) s’est demandé comment Alexis Kohler, vu les étroits liens familiaux et professionnels avec MSC, est parvenu en 2016 à rejoindre l’armateur après avoir occupé une place d’agent public.

La réponse est simple, en 2016, l’actuel « Secrétaire général » de l’Élysée a obtenu " le feu vert " de la " Commission déontologique " grâce à Emmanuel Macron.

Si " l’affaire Benalla " montrait que même la " main invisible " qui régit l’économie ne peut se tenir sans un poing bien réel incarné par la police et ses forces de répression, le cas d’Alexis Kohler montre que cette " main invisible " n’est pas si invisible pour ceux qui siègent dans les organes qui composent l’État.

Pepe Balanyà

revolutionpermanente.fr