Alexandre Langlois, policier et " lanceur d’alerte "

, par  DMigneau , popularité : 0%

Alexandre Langlois, policier et " lanceur d’alerte "

Le premier qui dit la Vérité sera viré

Citer Aristote et conclure qu’en France nous avons plus affaire à une oligarchie qu’à une République, encourager à la lecture de Diogène et inciter à se servir de « l’arme du ridicule » ne peut qu’éveiller l’intérêt.

Un intérêt d’autant plus grand que celui qui parle ainsi est policier et " lanceur d’alerte " : il se nomme Langlois, Alexandre de son prénom (secrétaire général du syndicat VIGI police).

Eu égard aux propos tenus dans deux vidéos (1 et 2), l’intérêt peut confiner à une certaine sidération.

Comme il le rappelle fort justement, le monde ne se divise pas en " blanc " et " noir " : le monde est " gris " et dans ce gris, il faut savoir lire, analyser les nuances.

Alexandre Langlois décrit la scène qui se déroule sous nos yeux : il met en cause le « metteur en scène qui organise tout ce cirque » et qui joue la carte de la tension, de la confrontation pour mieux justifier la répression.

La carte sécuritaire est préférée à celle sociale.

Les manifestants et les agents du « maintien de l’ordre » sont réduits à des acteurs : ils sont comme deux rangées, face à face, envoyées " au casse-pipe ".

Les policiers envoyés sur le front de la contestation doivent faire preuve de discernement alors qu’ils n’ont pas la vue d’ensemble nécessaire : ils ne peuvent pas avoir une bonne compréhension des faits en cours.

Ils peuvent être de bonne foi et faire une analyse erronée ; ils ne peuvent donc pas faire preuve d’initiatives.

In fine, ils ne peuvent pas apprécier la qualité, ni la légalité d’un ordre venu d’un commandement distant.

Dans tous les cas, la hiérarchie se dédouanera des conséquences des ordres donnés : l’agent sur le terrain n’aura pas fait preuve du « bon discernement ».

Rien n’est donc fait pour inciter à la désescalade, bien au contraire.

Le mal est profond, il ne doit rien au hasard.

Le « glissement sémantique » avait déjà " préparé le terrain " : on parle plus souvent des « forces de l’ordre » que des « gardiens de la paix » ; des garants des libertés individuelles, les policiers sont devenus, en 2014, d’abord les garants des lois ( « la police nationale et la gendarmerie nationale ont pour mission d’assurer la défense des institutions et des intérêts nationaux, le respect des lois, le maintien de la paix et de l’ordre publics, la protection des personnes et des biens. », 3).

« On peut légaliser toutes les choses sans qu’elles soient légitimes : c’est cela qui est magique avec le droit », lance-t-il à un moment.

Alexandre rappelle que les policiers ne sont pas toujours bien formés au contexte du « maintien de l’ordre », ni à l’usage d’arme du type du LBD (" Lanceur de Balle de Défense " ; cinq tirs à l’entraînement permettent " l’habilitation " pour 3 ans).

Finalement les policiers sont des salariés pas mieux lotis que les autres : ils ont des conditions de travail dégradées, des amplitudes horaires qui ne favorisent pas le sang-froid, des horaires de travail qui empêchent toute vie sociale digne, des heures supplémentaires impayées.

Mais ils doivent faire, en plus, preuve d’une indéfectible loyauté pour une hiérarchie, une institution et un gouvernement qui les ignorent, qui les pressurent et qui les méprisent.

L’État se comporte comme le pire des employeurs : les agents sont réduits à de simples matricules interchangeables, qui alimentent des statistiques et qui protègent les institutions.

Jusqu’à n’être plus que des pions.

Les pions sont des pièces utiles aux échecs. Certes, mais que l’on peut sacrifier sans scrupules.

Ainsi ne suffit-il pas à la hiérarchie de " mettre la pression ", de contester jusqu’aux « arrêts maladies » de ceux qui sont proches du surmenage (la « médecine statutaire » est très tatillonne), il arrive que « les pions » soient sacrifiés sur l’autel de « l’opinion publique ».

Selon que vous serez indispensable ou " lampiste ", les enquêtes de l’IGPN (" Inspection Générale de la Police Nationale ") vous rendront " blanc " ou " noir ".

Cette institution est une incongruité, une aberration dans un « État de droit » digne de ce nom, car la police ne devrait jamais enquêter sur la police.

À l’instar d’une « police politique » qui sait user de menaces, cette institution sanctionnera un " simple agent " pour une peccadille et fermera les yeux pour un cas gravissime d’un " gradé " (2, vers 13’).

Si vous êtes " gradé ", mais plus en " odeur de sainteté ", comme Neyret, pas de pitié.

Par contre, si vous êtes encore utile et apprécié, il y aura même une promotion. Le « deux poids, deux mesures » semble, ici, la règle.

L’IGPN mécontente les citoyens et les policiers, mais elle contente l’institution, la hiérarchie et le gouvernement.

Alexandre n’ignore pas les " brebis galeuses " qui n’ont rien à faire dans la police, ni ceux qui jouent aux " RoboCop " : il reconnaît que certains ont pu déraper.

Il y a aussi la violence commise sur ordre. Dans tous les cas, il invite ceux qui s’estiment victimes de la répression de porter " plainte contre X " (« ou qu’il nomme la hiérarchie » ; 2 vers 55’) et non pas contre un agent en particulier : la hiérarchie, les institutions et le gouvernement forment le « metteur en scène », c’est ce dernier qu’il faut poursuivre en justice et tourner en ridicule lors des manifs.

La « machine répressive » broie les manifestants ; l’institution policière broie ses agents. Les mutilés se comptent d’un côté ; de l’autre côté, les suicides se succèdent et la hiérarchie regarde ailleurs, elle compte ses primes.

En outre, les statistiques des délits sont falsifiées, les élections professionnelles entachées de fraude avec la complicité du ministère. Il y a eu l’arnaque de " la prime de 300 euros ", qui a servi à faire accroire aux " Gilets Jaunes " que les agents ont été achetés... alors que " les heures sup’ " sont toujours impayées.

À ce stade, le constat est plutôt sombre, très sombre. Certes, mais il est encore incomplet.

Celui qui " ramène sa gueule " d’une façon intempestive et qui écorne, par ses révélations, l’institution, celui-là a droit " aux foudres " de celle-ci : Alexandre Langlois est donc poursuivi pour « déloyauté » et pour « atteinte au crédit ». Il est cité à comparaître le 20 février en « Commission de discipline ».

Alexandre a le soutien de certains de ses collègues : il a libéré la parole. Mais cela sera insuffisant.

Dans " le gris " de la scène, cette lumière, cette parole doit être soutenue.

Ne pas la soutenir, ce serait méconnaître ce qui se joue.

Pétition à signer : https://www.mesopinions.com/petition/justice/soutien-lanceur-alerte-al...

Sans Solidarité, il n’y aura pas d’autre monde possible. Il n’y aura pas de « Grand Soir » : « c’est un joli nom, Camarade ».

Le livre reste un " outil de Liberté ", tu sais.

Pour son projet de livre, LGS compte sur notre solidarité. Alors, Camarade, clique sur

https://www.lepotcommun.fr/pot/uujthnoj ; verse 5, 10, ... euros.

(chaque contributeur peut choisir de rester « anonyme » et/ou choisir de ne pas faire apparaître le montant de sa participation ; « la sécurité des paiements est assurée par la Banque Populaire Caisse d’Épargne en https via le système 3D secure » ; un courriel est envoyé pour confirmer la participation)

PERSONNE

Le Grand Soir

Notes :

(1) " Gilets Jaunes : un policier met en cause le gouvernement " – Alexandre Langlois, durée 17’ :

https://www.youtube.com/watch?v=S5CZkNZq7VE

(2) " Violences policières et gilets jaunes ", entretien avec Alexandre Langlois, durée 78’ :

https://www.youtube.com/watch?v=b_yerNHpxQ4

(3) Code de déontologie de la « police nationale » et de la « gendarmerie nationale » : ouvrir le fichier " pdf " sur

https://www.police-nationale.interieur.gouv.fr/Presentation-generale/D...