Aide de 1 000 euros pour les jeunes : la " prime logement " très éphémère du gouvernement

, par  DMigneau , popularité : 0%

Aide de 1 000 euros pour les jeunes : la " prime logement " très éphémère du gouvernement

" Ça va quand même concerner beaucoup de jeunes ", notait Emmanuelle Wargon le 15 février au sujet de l’aide de 1 000 euros.
Daniel Pier / NurPhoto / NurPhoto via AFP

Le gouvernement avait annoncé le 15 février une " prime logement " de 1 000 euros pour les jeunes actifs, présentée comme une " aide stable ". Mais elle n’est déjà plus accessible moins d’un mois plus tard.

Il fallait être réactif. Le gouvernement avait annoncé le 15 février une " aide à l’installation " de 1 000 euros, à destination des jeunes embauchés il y a moins de 18 mois et touchant au maximum 1 700 euros bruts mensuels.

Mais ce " coup de pouce " n’a pas fait " long feu " : environ deux semaines après son lancement, il n’est déjà plus possible de déposer une demande, car après " av[oir] atteint très rapidement le nombre de 50 000 demandes ", " le nombre de dossiers (...) dépasse la limite de l’enveloppe financière consacrée à cette subvention ", précise sur son site internet " Action Logement ", l’organisme chargé de gérer cette aide.

Et une nouvelle " salve de versements " n’est pas à l’ordre du jour.

" Ce dispositif exceptionnel prendra fin dès que 50 000 jeunes (...) auront été soutenus ", précisait " Action Logement " le 25 février.

Pourtant, rien n’indiquait dans la communication du gouvernement que ce soutien serait limité à un nombre de jeunes défini.

Le 17 février, un communiqué de « l’exécutif » indiquait seulement qu’un jeune éligible " pourra bénéficier d’une aide de 1 000 euros pour s’installer dans son premier logement ", sans indiquer un contingent de bénéficiaires ou une date limite.

Ces " détails " n’avaient pas davantage été mentionnés deux jours plus tôt par la ministre déléguée en charge du Logement, Emmanuelle Wargon. Invitée sur " LCI ", elle avait présenté l’aide et ses critères, en faisant remarquer que " ça va quand même concerner beaucoup de jeunes ".

" C’est un dispositif qui a vocation à s’installer dans la durée ? ", lui avait alors demandé le journaliste en plateau.

Et la membre du gouvernement de répondre : " Oui oui, c’est une aide stable ".

" Pas d’intention " d’enjoliver la mesure

Y a-t-il eu une " incompréhension " ?

Pas du tout, nous indique un porte-parole du ministère du Logement : « Nous avons conclu un avenant au plan d’investissement volontaire d’ " Action Logement ", qui orchestrait sa contribution au " plan de relance " et prévoyait des aides contingentées. Toutes les aides d’ " Action Logement " le sont [limitées à une enveloppe définie, N.D.L.R.]. »

Dans ce cas, pourquoi avoir présenté la prime comme une " aide stable " ?

« Il y a peut-être eu une confusion, mais je pense que la ministre faisait référence à l’aide à la mobilité déjà proposée par " Action Logement " et dans laquelle le soutien aux jeunes s’inscrivait », fait valoir notre interlocuteur.

L’organisme a, en effet, mis en place un soutien de 1 000 euros pour aider tous les salariés à " déménager près de [leur] travail "... mais il n’est lui-même plus disponible. Surtout, l’échange sur " LCI " portait spécifiquement sur l’aide destinée aux jeunes et annoncée le jour-même.

Dans tous les cas, " l’imprécision " de la ministre n’était pas destinée à " enjoliver " une mesure à la portée limitée, à en croire notre interlocuteur : " Ce n’est pas le genre d’Emmanuelle Wargon de dire ça, il n’y avait pas d’intention de la ministre de cette nature ", assure le porte-parole.

Qui nous renvoie d’ailleurs à la communication d’ " Action Logement " : " Cela y était annoncé dès le départ que c’était contingenté, c’est écrit noir sur blanc ".

Au détour d’un dossier de presse publié le 5 février, l’organisme indiquait en effet que " l’aide mobilité élargie (...) pourra s’appliquer à 30 000 jeunes ". Ce plafond avait ensuite été relevé à 50 000 bénéficiaires fin février, face au " vif succès " rencontré par le dispositif.

" Nous allons rediscuter "

Emmanuelle Wargon a toutefois annoncé vouloir à nouveau " élargir " le périmètre de la mesure.

« Je souhaite que tous les jeunes qui sont éligibles à cette aide puissent y avoir accès, donc nous allons rediscuter avec " Action Logement " pour ouvrir au-delà de 50 000  », a affirmé la ministre sur " Radio Immo " le 3 mars. Pour cela, la membre de « l’exécutif » devra convaincre les syndicats et le « patronat » : ce sont eux qui gèrent " Action Logement ", dont la mission est de favoriser l’accès au logement des salariés.

Et l’aide de 1 000 euros a été financée en redéployant le budget de cet organisme qui tire ses ressources d’une cotisation versée par les entreprises.

En cas de refus des " partenaires sociaux ", « l’Etat » pourrait-il reprendre cette subvention à son compte ?

" Non, il n’y a pas de projet de reprise à ce stade aux comptes de l’Etat, nous répond le porte-parole du ministère du Logement. Mais il y a une réflexion en cours sur d’éventuelles mesures de soutien au plus jeunes, face à la crise sanitaire ou de manière plus pérenne ".

Sébastien GROB

Marianne.fr