" Affaire Richard Ferrand " : la séparation des pouvoirs à deux vitesses du gouvernement

, par  DMigneau , popularité : 0%

" Affaire Richard Ferrand " : la séparation des pouvoirs à deux vitesses du gouvernement

Le Premier ministre a exprimé " son amitié, son soutien et sa confiance " à Richard Ferrand, président de l’Assemblée nationale. - Capture d’écran TF1

Depuis la " mise en examen " de Richard Ferrand ce jeudi 12 septembre, les représentants du pouvoir exécutif invoquent sans cesse la séparation des pouvoirs pour ne pas prendre position dans l’affaire qui touche le président de l’Assemblée nationale… tout en passant leur temps à lui afficher leur soutien.

Dire une chose et faire son contraire

Depuis l’annonce, ce jeudi 12 septembre, de la " mise en examen " de Richard Ferrand dans " l’affaire des Mutuelles de Bretagne ", les ministres du gouvernement sont à la limite de la schizophrénie.

A juste titre, chacun ce des membres du pouvoir exécutif invoque la séparation des pouvoirs pour ne pas commenter la mise en cause judiciaire du président de « l’Assemblée nationale »… tout en affirmant leur confiance et leur soutien au même président du pouvoir législatif.

Ainsi jeudi soir, le Premier ministre, Édouard Philippe, a adressé son soutien à Richard Ferrand, en direct sur le plateau du " 20h " de TF1, après avoir expliqué qu’il n’avait justement pas le droit de le faire.

Pour le Premier ministre que je suis, qui dirige l’action du gouvernement, qui est l’un des responsables de l’exécutif, s’exprimer sur une décision de justice est impossible, et s’exprimer sur le fonctionnement des assemblées est impossible.

Je n’ai pas le droit de m’exprimer sur une décision de justice, pour des raisons liées à la séparation des pouvoirs ”, a fort bien résumé l’ancien maire du Havre.

Et le chef du gouvernement, d’ajouter, à titre personnel : “ Permettez-moi de dire, non pas en tant que Premier ministre au président de l’Assemblée nationale, mais en tant qu’Édouard Philippe à Richard Ferrand, l’amitié réelle, le soutien total et la confiance que j’ai dans sa capacité à faire valoir son innocence lorsqu’il pourra le faire devant un tribunal ".

En même temps !

Le chef de l’exécutif maintient " toute sa confiance " à celui du législatif

Dès jeudi matin, le président de la République, Emmanuel Macron, avait déjà fait savoir par l’intermédiaire de la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, invitée d’" Europe 1 ", qu’il maintenait “ toute sa confiance ” à l’ancien " socialiste ".

En moins de 24 heures, le duo à la tête de « l’exécutif » a donc pris position sur " l’affaire ".

Entre le soutien d’Emmanuel Macron et celui d’Édouard Philippe, des ministres ne se sont pas privés non plus pour s’exprimer sur " l’affaire ", ravalant la séparation des pouvoirs à une simple précaution oratoire.

Sur " Franceinfo ", Jacqueline Gourault, ministre de la Cohésion des territoires - poste qu’occupait justement Richard Ferrand avant que l’éclatement de cette affaire ne l’oblige à quitter le gouvernement -, est à " deux doigts " de décréter le " macroniste " innocent à la place des juges : “ Il faut peut-être rappeler qu’il y a déjà eu une première décision, à la suite d’une première plainte de la même association, Anticor. Qu’il y a eu une enquête, et que le justice, le procureur, a classé sans suite ”, explique-t-elle après avoir déclaré ne “ pas avoir de commentaire à faire au nom de la séparation des pouvoirs ”.

https://www.dailymotion.com/video/x7kx7nv

" On massacre Montesquieu "

La palme revient à Sébastien Lecornu, ministre chargé des Collectivités territoriales : " Il n’appartient pas à un membre du pouvoir exécutif de dire ce que le président de l’Assemblée, membre d’un troisième pouvoir, doit faire. Ou alors on massacre Montesquieu et on met de côté ce qui fait notre état de droit ", a-t-il disserté sur LCI.

Mais tout de même, Sébastien Lecornu avait sa petite idée sur la conduite à adopter : ” Ce qui compte dans cette affaire-là, au-delà de la personne de Richard Ferrand, c’est nos institutions. (…) Faut-il démettre le quatrième personnage de l’État sur un doute ? Pour nos institutions, pour notre démocratie, je pense que non ", n’a pu s’empêcher d’ajouter le transfuge de LR.

De quoi déboussoler Gérald Darmanin, ministre de l’Action et des comptes publics, invité ce vendredi sur " Europe 1 ". Selon lui, c’est justement parce que les pouvoirs sont séparés que Richard Ferrand, contrairement à un ministre qui serait mis en examen, ne doit pas démissionner.

" Quand vous êtes membre du gouvernement et que vous êtes mis en examen, vous êtes le collègue de la ministre de la Justice. Ça paraît assez logique que vous quittiez le gouvernement ”, a plaidé Gérald Darmanin.

Sauf que le " Grand Argentier de l’État " se tire une balle dans le pied, en expliquant justement que « l’Assemblée nationale » et l’institution judiciaire ne sont pas si séparées que ça : “ J’ai été parlementaire, je suis très sensible à l’idée que le Parlement contrôle y compris l’action du ministère de la Justice ”.

CQFD.

Louis Nadau

Marianne