Affaire Penelope Fillon : ce " plaider coupable " de Lacharrière… qui lui permet de sauver sa Légion d’honneur

, par  DMigneau , popularité : 0%

Affaire Penelope Fillon : ce " plaider coupable " de Lacharrière… qui lui permet de sauver sa Légion d’honneur

Marc Ladreit de Lacharrière et François Fillon, des partenaires de confiance, en 2009. - FRANCK FIFE / AFP

Le milliardaire Marc Ladreit de Lacharrière a été condamné ce lundi 10 décembre à huit mois de prison " avec sursis " dans le cadre de " l’affaire Penelope Fillon ".

Il a reconnu avoir fourni un " emploi de complaisance " à l’épouse de l’ex-Premier ministre, par le biais d’une procédure qui lui permet de garder une chance de conserver sa " Légion d’honneur ".

Coupable.

Le milliardaire Marc Ladreit de Lacharrière a été condamné ce lundi 10 décembre à Paris pour " abus de biens sociaux " à huit mois de prison " avec sursis " et 375 000 euros d’amende dans le cadre de " l’affaire Fillon ".

L’audience, présidée par le président du tribunal de grande instance de Paris en personne, Jean-Michel Hayat, n’a duré que quelques minutes, dans le but d’entériner un accord déjà conclu avec le « Parquet national financier » (PNF).

Dans le cadre de cette procédure, Marc Ladreit de Lacharrière a " plaidé coupable ", reconnaissant avoir rémunéré Penelope Fillon à hauteur de 135 000 euros au titre de " conseiller littéraire " pour des prestations " surévaluées ", en 2012, puis " fictives " en 2013.

" Je regrette beaucoup, pendant cette période, de n’avoir pas suivi suffisamment bien les travaux de Penelope Fillon ", a confessé le patron du groupe " Fimalac " et propriétaire de la prestigieuse " Revue des deux mondes ".

Par écrit, Marc Ladreit de Lacharrière a reconnu avoir rémunéré l’épouse de l’ancien Premier ministre à la demande de son mari et que celle-ci devait lui rédiger " des notes de lecture " destinées à " la Revue " dans le but de relancer sa diffusion.

" Coup de pied de l’âne "

Cette condamnation sans débat, négociée avec le PNF dans le cadre d’une " reconnaissance préalable de culpabilité ", permet à l’homme d’affaires d’éviter un procès public aux cotés des époux Fillon.

Ce faisant, Ladreit de la Charrière sembler compliquer singulièrement la défense de ces derniers qui ont longtemps soutenu que les prestations effectuées par Penelope Fillon étaient sérieuses et réelles.

Lors d’un futur procès, les " aveux " de son employeur interdiront-ils une éventuelle relaxe de " l’employée " ?

" Un coup de pied de l’âne, analyse un avocat parisien, persuadé de surcroît, concernant la peine de 8 mois " avec sursis " et 375 000 euros d’amende, que Ladreit de la Charrière n’aurait pas forcément été condamné à autant devant un « Tribunal correctionnel ». Mais personne ne saura jamais… ".

Un proche de l’homme d’affaires ne partage pas cet avis :

" Cette peine a été négociée pied à pied avec le PNF qui, compte tenu du retentissement du dossier, réclamait initialement beaucoup plus.

En outre, la reconnaissance de culpabilité colle de près aux dernières déclarations de Penelope Fillon durant l’instruction, puisqu’au final, elle a reconnu n’avoir pas fourni de prestation lors de la dernière période en 2013 ".

Légion d’honneur en suspens

Quoiqu’il en soit, le premier avantage de ce " plaider coupable " est de permettre à l’homme d’affaires de s’extraire de cette procédure judiciaire appelée à durer plusieurs années, avec un éventuel « procès en appel » et un « pourvoi en cassation ».

" Un soulagement ", admet un de ses défenseurs.

Autre avantage, cette peine ne sera pas inscrite sur son casier judiciaire, ce qui devrait lui permettre de conserver sa " Grand-Croix " de la Légion d’honneur, la plus haute distinction de l’Ordre créé par Napoléon.

« En cas de condamnation à au moins un an de prison ferme, l’exclusion est automatique, confie à " Marianne " le porte-parole de l’Institution. En-deçà, une enquête, présidée par le " Grand Chancelier " de la Légion d’Honneur propose au président de la République de prononcer des suspensions temporaires ou des exclusions définitive de l’ordre ».

Une dizaine de procédures disciplinaires sont ainsi traitées tous les ans.

Dernier cas en date, Thierry de Roncy, un prêtre condamné par un tribunal ecclésiastique pour « abus sexuel », a été exclu de l’ordre mi-novembre.

Mais il faut remonter à Philippe Pétain pour voir des exclusions de « Grand-Croix »…

« Autant il n’y a aucune limitation au nombre de Chevaliers et d’officiers autant il y a une limite à 75 " Grand-Croix " en vie », confie le porte parole de l’Institution.

Nommé en 2010, sous la présidence de Nicolas Sarkozy et alors que François Fillon était Premier ministre, Marc Ladreit de Lacharrière a été décoré cette année-là aux cotés des résistants Raymond Aubrac et Pierre Lefranc.

Laurent Valdiguié

Marianne