" Affaire Epstein " : jusqu’où remonteront les enquêteurs ?

, par  DMigneau , popularité : 0%

" Affaire Epstein " : jusqu’où remonteront les enquêteurs ?

Ghislaine Maxwell et Jeffrey Epstein. AFP

Deux nouveaux chefs d’inculpation pour " trafic de mineures " ont été retenus contre Ghislaine Maxwell, l’ex-compagne de Jeffrey Epstein, après le témoignage d’une femme qui n’avait que quatorze ans à l’époque des faits dénoncés. La période des crimes soupçonnés s’étend désormais sur de longues années.

Et de huit. La liste des " chefs d’accusation " pesant sur Ghislaine Maxwell, ex-collaboratrice, et pour la justice ex-complice, de Jeffrey Epstein, s’allonge tout comme s’allonge la période où elle est accusée d’avoir sollicité des adolescentes pour satisfaire les appétits sexuels de " l’homme d’affaires ".

Les faits rapportés par une victime - anonyme comme trois autres citées auparavant - remonteraient à 2001 alors qu’elle n’avait que 14 ans. Selon un scénario bien rodé, à l’issue de relations sexuelles précédées de massages rétribués, Epstein et Maxwell l’auraient incité à recruter d’autres proies et ce jusqu’en 2004.

Les six premières inculpations concernaient une séquence de trois années (entre 1994 et 1997), relativement courte. Mais ce nouveau rebondissement judiciaire vient rappeler que le duo aurait longtemps sévi sans être inquiété alors que de New York à Palm Beach, où Epstein possédait une résidence et " s’encanaillait " avec les Trump (ou l’inverse), nombre de « VIP » connaissaient sa " sale réputation ".

Il faudra attendre 2008 avant qu’il ne réponde " d’agressions sexuelles " sur une quarantaine de mineurs devant un tribunal de Floride. Affaire soldée par une modeste peine de dix-huit mois de prison grâce un accord avec le « Parquet » local et dont son " aura " dans les milieux mondains souffrira à peine.

La cellule de Ghislaine Maxwell ultra-surveillée

Pour la fille de feu Robert Maxwell, le " médiacrate " anglais dont la mort en 1991 reste entourée de mystère, la suite risque de ressembler à une lente agonie en prison.

Par trois fois, la justice a rejeté ses demandes de " libération sous caution " malgré les sommes proposées par ses avocats (28 millions de dollars) et le renoncement à ses passeports britanniques et français.

Interpellée dans le New Jersey en juillet dernier, après un an de cavale, son sort semble scellé mais prévu pour cet été, son procès pourrait être repoussé au regard des récentes dépositions recueillies par les procureurs fédéraux.

À plusieurs reprises, Ghislaine Maxwell, âgée de 59 ans, s’est plainte de ses conditions d’incarcération et d’être l’objet de brimades de la part des gardiens.

À intervalles réguliers, tout au long de la nuit, une caméra éclaire et balaie sa cellule pour prévenir toute tentative de suicide. Celui de Jeffrey Epstein, retrouvé pendu le 10 août dans la sienne - sise au " Metropolitan Correctional Center " de New York continue de susciter le scepticisme de tous ceux qui ne croient pas à un simple " dysfonctionnement " du service chargé de sa surveillance.

En France, des centaines d’auditions

On ne prête qu’aux riches et aux puissants... Or, de Bill Clinton à une noria de P.-D.G., de réalisateurs, avocats et universitaires, ceux-ci abondaient dans le carnet d’adresses, les " soirées " ou les " virées " en avion du financier. Pour l’heure, aucune des personnalités majeures figurant dans une longue liste publiée par des sites américains en 2019 ne semble avoir été réellement inquiétée.

En revanche, en France, l’agent de mannequins Jean-Luc Brunel, un de ses " très proches " amis, lui-même soupçonné d’avoir joué les " rabatteurs de chair fraîche " à son profit, a été interpellé à Roissy le 16 décembre dernier et aussitôt placé en « garde à vue ».

Peu après le décès d’Epstein, plusieurs mineures françaises figurant parmi les victimes potentielles, le « Parquet » de Paris avait ouvert une enquête pour " viols " et " agressions sexuelles " et s’était plus particulièrement penché sur le rôle de Brunel, fondateur des agences " Karin Models " et " MC2 Model Management ".

Depuis, les policiers de " l’Office central de répression des violences à la personne " ont procédé à des centaines d’auditions. Plusieurs anciens mannequins ont porté des accusations directes contre lui et une plainte, au moins, a été déposée en octobre 2019, enrichissant un dossier déjà copieux, nourri de dépositions faites aux États-Unis.

Le prince Andrew cité dans une affaire

L’intéressé a toujours démenti.

Sans posséder ni la fortune, ni le niveau de relations de son " ami américain ", Brunel jouissait - lui aussi - d’un bel " entregent " dans le milieu de la mode et de la nuit, liant de précieuses connexions avec ceux qui les fréquentent assidûment.

Un juge l’a mis en examen pour " viols sur mineur " de plus de 15 ans, " harcèlement sexuel " et l’a envoyé en " détention provisoire ". Dans le strict volet de la procédure " Epstein ", Brunel n’est pour l’heure que " témoin assisté ".

De l’autre côté de la Manche, le prince Andrew, duc d’York et troisième enfant du couple royal, prie tous les jours pour ne pas connaître le même sort.

Désigné par plusieurs témoins comme un habitué du réseau " Epstein ", il est aujourd’hui cité et inquiété dans une affaire similaire.

Et certains imaginent déjà que Ghislaine Maxwell ne lui fera aucun cadeau.

Alain LEAUTHIER

Marianne.fr