Affaire Alexandre Benalla : les irresponsables de l’Elysée

, par  DMigneau , popularité : 0%

Affaire Alexandre Benalla : les irresponsables de Élysée

Dans le sillage d’Emmanuel Macron, certains conseillers se conduisent comme s’ils bénéficiaient eux aussi de l’irresponsabilité pénale du chef de l’État. C’est faux mais au bout du compte, c’est bien au président de la République de s’expliquer. Les rebondissements judiciaires ne l’en exempteront pas.

Deux jours seulement après avoir éclaté, « l’affaire Benalla » est en passe de devenir une véritable conflagration. A l’heure où ces lignes sont écrites, on commence " à compter les morts " (symboliques) sur le " champ de bataille " (politique).

Alexandre Benalla et son acolyte employé de « LREM », Vincent Craze, sont (enfin) " en garde à vue ". C’est normal. Ce qui l’est moins, c’est que trois policiers dont un commissaire soient - eux - « suspendus à titre conservatoire ».

Si l’on suit bien le " rocambolesquissime " scénario, ils auraient fourni des images de la préfecture de Police à Benalla afin que ce cher " M. Alexandre " puisse préparer sa défense.

Heureusement que Benalla est soupçonné d’être un délinquant, qu’auraient-ils fait s’il s’était agi d’aider un innocent ?

Dans ce " tir aux pigeons " plus grand que nature, les cibles se multiplient. Désormais « l’opposition » demande la démission du ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb.

Ce pourrait être bientôt le tour de Patrick Strodza, directeur de cabinet du président de la République, qui est entendu comme « témoin ». Or Strodza, c’est le supérieur hiérarchique de Benalla.

Apparemment, c’est lui qui a infligé cette (faible) sanction de quinze jours de mise à pied au " garde du corps " qui vient d’être licencié ce vendredi 20 juillet.

L’ancien préfet de la région Île-de-France pourrait lui aussi avoir à répondre à des questions, par exemple, pourquoi avoir autorisé cette virée du « 1er Mai » ?

Juste pour s’amuser ? Ou pour surveiller, non pas les manifestant mais la police elle-même, voire le ministre Gérard Collomb, soupçonné d’être trop timoré dans l’action " anti-émeute " ?

Surtout, pourquoi l’ancien élève de l’ENA, fonctionnaire d’autorité, n’a-t-il pas appliqué le « code de procédure pénale » et son célèbre article 40 qui lui commande de " saisir le parquet " dès lors qu’il constate la possibilité d’un délit ?

Parce qu’ayant consulté le président lui-même sur le sort de son ami Benalla, il n’a pas entendu le « PR » - comme on dit au « Château » - le lui ordonner ?

Probablement ! Mais, en vertu de l’irresponsabilité pénale dont jouit le chef de l’État, aucun policier, aucun procureur, aucun juge n’ira poser cette question, la seule qui compte politiquement : Emmanuel Macron, président de la République, « clé de voûte des institutions de la République » a-t-il - ou non - sciemment ou non, ignoré le devoir de saisir l’autorité judiciaire ?

Avouons qu’alors que les députés débattent à l’Assemblée d’une réforme de la Constitution, ça pose un problème… Mais non, « la question ne sera pas posée » puisque la Constitution l’interdit.

Irresponsable est Macron.

Irresponsable, il demeure, jusqu’en 2022.

Le problème, c’est que l’irresponsabilité, cela " ruisselle ". Ou du moins, il y a " des gens " qui estiment qu’étant proches " du Prince ", ils bénéficieraient de son immunité par principe

On peut supposer qu’Alexandre Benalla, comme son compère Caze, ont jugé qu’étant « de la maison du président », ils avaient droit d’agir à leur guise, de tabasser les manifestants place de la Contrescarpe, " faire joujou " avec les instruments de la Police, voire " s’amuser " à donner des ordres aux CRS avec un talkie-walkie…

Or, le principe de responsabilité politique veut que l’action publique soit assumée par des fonctionnaires aux ordres des ministres. Pour une raison simple : les fonctionnaires sont surveillés par un corps d’inspection, les ministre sont responsables devant le Parlement et tous peuvent avoir à rendre des comptes à la justice.

C’est le talent des constituants de 1958 d’avoir aménagé cet " édifice républicain ", présentement bafoué dans " l’affaire Benalla ".

Des personnages curieux à l’Élysée, ce n’est pas une première. On avait déjà vu cela sous De Gaulle, dans " l’affaire Ben Barka ".

En 1965, des " barbouzes " s’étaient prévalus du soutien de Jacques Foccard, conseiller du président de la République, pour aider à l’enlèvement de l’opposant marocain Mehdi Ben Barka en plein Paris.

Sous Mitterrand, les gendarmes de l’Élysée s’étaient sentis autorisés à poser des écoutes téléphoniques illégales dans presque tout Paris pour " protéger " la vie privée du Président…

D’un seul irresponsable, selon le droit, on passe à plusieurs irresponsables dans son entourage.

Jusqu’à présent, Emmanuel Macron a préféré fuir les médias plutôt que d’expliquer ce qui se passe dans « sa » maison. Ses prédécesseurs eurent à répondre, tôt ou tard. Le général De Gaulle, en majesté s’en était tiré par le mépris : « Il n’y a rien eu que de vulgaire », commenta hautement le " Grand Charles ", non sans avoir au préalable fait le ménage dans les services secrets.

Mitterrand pratiqua le déni : « Il n’y a pas d’écoutes à l’Élysée », osa-t-il affirmer à la télévision belge alors que les preuves s’accumulaient…

Il va bien falloir que le président de la République « inaltérable » y passe aussi.

Le plus vite serait le mieux.

Hervé Nathan

Marianne