Accusations d’agressions sexuelles : Denis Baupin perd son procès en diffamation

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Accusations d’agressions sexuelles : Denis Baupin perd son procès en diffamation

Le procès " en diffamation " intenté par Denis Baupin s’est retourné contre lui, au fil des témoignages de femmes à la barre. - BRUNO COUTIER / BRUNO COUTIER VIA AFP

" France Inter " et " Mediapart ", auxquels Denis Baupin avait intenté un procès " en diffamation " pour avoir donné la parole à des femmes l’accusant d’agressions sexuelles, ont été relaxés ce vendredi 19 avril.

Raté.

La 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris a relaxé ce vendredi 19 avril, comme l’avait demandé la procureure, les journalistes poursuivis par l’ex-député (EELV) Denis Baupin pour avoir donné la parole à des femmes l’accusant d’agressions sexuelles et de harcèlement.

Le 9 mai 2016, " Mediapart " et " France Inter " avaient publié les premiers articles faisant état d’accusations à son encontre par quatre femmes anonymes et quatre élues " écologistes " identifiées : Isabelle Attard, Annie Lahmer, Elen Debost et Sandrine Rousseau.

Le lendemain, la justice s’était saisie de " l’affaire ".

Denis Baupin avait nié, arguant de " jeux de séduction " entre " adultes ", avant de porter plainte pour " diffamation " le 11 mai.

En mars 2017, le « Parquet de Paris » classait l’enquête ouverte sur les accusations " sans suite ", considérant que si certains des faits dénoncés étaient " susceptibles d’être qualifiés pénalement ", ils sont " cependant prescrits ".

Baupin voulait " laver son honneur "

En intentant ce procès " en diffamation ", l’ancien élu " écologiste " disait vouloir " laver son honneur ".

Il n’a finalement jamais mis les pieds dans la salle d’audience.

Une absence fustigée dès le 9 février par « le Parquet », qui avait au contraire salué " le courage " des femmes venues à la barre.

" La seule qualité de ce procès aura été de mettre en œuvre une impérieuse lutte contre le silence " qui entoure les violences sexuelles, avait conclu la procureure, avant de demander la relaxe de " Mediapart " et de " France Inter ".

Au fil des débats, le procès de la presse s’est mué en charge contre l’ancien vice-président de « l’Assemblée nationale », poussé à la démission par ce scandale.

Huit femmes ont raconté des " SMS salaces ", des " gestes déplacés " et des " agressions " : " Les deux mains sur les seins ", le " pied coincé dans la porte ", " une caresse très douce ressentie comme une grande violence ".

L’audience a été le théâtre d’une douloureuse introspection au sein d’un parti revendiquant ses combats pour « le féminisme » et la parité.

Un affrontement entre la génération " des pionniers ", comme Dominique Voynet, qui n’ont " rien vu ", et la " jeune garde " qui a regretté la " complaisance avec la violence ".

A l’image d’une Cécile Duflot en pleurs, livrant pour la première fois publiquement le récit d’une agression qu’elle avait tue jusqu’alors : " Une abdication en rase campagne ", a regretté l’ancienne secrétaire nationale des Verts.

" On ne peut pas tordre l’enquête "

L’avocat de l’ancien élu " écologiste ", Me Emmanuel Pierrat, a plaidé une " drague lourdingue " qu’on " ne peut pas qualifier pénalement ", et tout tenté pour décrédibiliser l’enquête journalistique et les témoignages.

" Parole contre parole, on ne peut pas trancher ", avait-il lancé, qualifiant notamment le témoignage de Cécile Duflot de " vengeance " politique.

Une lecture du dossier qui avait suscité un rappel sévère de la procureure : " On ne fait pas le procès de monsieur Baupin. On ne peut pas non plus tordre l’enquête pour dire qu’il est innocent ", avait-elle dit, ajoutant que la justice aurait bel et bien poursuivi l’ancien élu si les faits n’avaient pas été prescrits.

La défense avait de son côté dénoncé " un prédateur " et une " forme d’impunité " prolongée par son absence.

« Un NON avec un " smiley " ne se transforme pas en " oui " », avait rappelé Isabelle Attard, la première à avoir parlé à " Mediapart ".

" Nous sommes libres de disposer de notre corps. C’est ça, le consentement et c’est ça que Denis Baupin n’a jamais compris ".

Magazine Marianne