Accusations d’abus psychologiques et sexuels : le maître bouddhiste Sogyal Rinpoché enfin frappé de disgrâce

, par  DMigneau , popularité : 66%

Accusations d’abus psychologiques et sexuels : le maître bouddhiste Sogyal Rinpoché enfin frappé de disgrâce

Sogyal Rinpoché, ici en 2008, a finalement été limogé ce lundi 28 août. - CHAMUSSY/SIPA

Régulièrement accusé d’abus, notamment sexuels, le maître bouddhiste tibétain Sogyal Rinpoché, à la tête du réseau Rigpa, a finalement été démis de ses fonctions et " disgracié ", selon les mots du dalaï-lama. Des sévices dénoncés dès 2011 dans " Marianne ".

Jamais inquiété. Malgré les accusations récurrentes d’abus - abus de pouvoir, abus sexuels – Sogyal Rinpoché, maître bouddhiste tibétain de 70 ans, a longtemps échappé aux poursuites, à l’instar de la tentative avortée de procès, en 1994, aux Etats-Unis.

Fondateur de plus d’une centaine de centres spirituels, parmi lesquels le temple de Lérab Ling à Roqueredonde, dans l’Hérault, inauguré en grande pompe en 2008 en présence du dalaï-lama, le petit homme aux lunettes rondes, à la tête du réseau " Rigpa ", vient cependant d’être limogé, a-t-on appris ce lundi 28 août.

Frappé de " disgrâce " depuis le début du mois par le dalaï-lama, qui s’est décrit lui-même comme son ancien " très bon ami ", Sogyal Rinpoché a donc finalement été contraint de quitter la direction de " Rigpa ", indiquent plusieurs sources concordantes à l’AFP. En cause, une cascade de nouvelles plaintes rendues publiques dans une longue lettre ouverte, mi-juillet, par huit anciens étudiants et révélée par " Marianne ".

" On nous a intimé de nous dénuder, de nous montrer nos parties génitales (hommes et femmes), de vous faire une fellation, de nous faire manipuler sexuellement, de vous donner des photos de nos parties génitales, de faire l’amour avec notre partenaire dans votre lit et de vous décrire nos relations sexuelles avec notre partenaire ", égrenaient en effet les signataires.

Des accusations de sévices physiques, émotionnels, psychologiques et sexuels, dénoncés dès 2011 dans nos pages qui ont finalement conduit le réseau " Rigpa ", le 11 août, à annoncer l’ouverture d’une enquête " indépendante " suite au retrait " immédiat " de Sogyal Rinpoché de sa direction spirituelle.

Face à des accusations qui " ne correspondent pas à l’éthique bouddhiste ", l’Union bouddhiste de France (UBF) a - par ailleurs - elle aussi suspendu la branche française de " Rigpa " en sa " qualité de membre ".

Train de vie luxueux

Un épilogue qui permettra peut-être de mettre un terme aux agissements présumés du gourou, lâché y compris par ses plus proches disciples.

Parmi eux, son ancien interprète et directeur de " Rigpa France ", Olivier Raurich, parti en 2015.

En 2016, nouvelle secousse suite à la publication du livre enquête de l’anthropologue Marion Dapsance. Sogyal Rinpoché, né en 1947 au Tibet, y apparaissait comme un tyran au luxueux train de vie.

Des accusations réitérées le mois dernier par les huit étudiants dans leur lettre ouverte : " Vous exigez que toutes sortes de nourritures vous soient préparées, à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, par vos cuisiniers personnels et leurs assistants (payés par Rigpa) (…) des conducteurs et des masseuses disponibles vingt-quatre heures sur vingt-quatre pour vous servir, vous emmener - vous et votre entourage - au cinéma, dans des restaurants coûteux, des centres commerciaux et des lieux particuliers où vous pouvez fumer vos coûteux cigares… "

Sogyal Rinpoché auteur du " Livre tibétain de la vie et de la mort " (3 millions d’exemplaires vendus depuis 1992) apparaît aujourd’hui encore, en dépit des signalements réguliers dont il fait l’objet, comme l’une des principales figures de l’enseignement du Bouddha en Occident.

Magazine Marianne