A quoi ressemblait l’UED, le syndicat du " gratin facho " pour lequel Nathalie Loiseau a été candidate ?

, par  DMigneau , popularité : 0%

A quoi ressemblait l’UED, le syndicat du " gratin facho " pour lequel Nathalie Loiseau a été candidate ?

Nathalie Loiseau peine à se justifier depuis que " Mediapart " a révélé qu’elle avait été candidate sur la liste d’un syndicat étudiant d’extrême droite, l’UED, en 1984. - AFP

Pour mieux comprendre ce qui a mené l’actuelle " tête de liste " de LREM aux européennes à se présenter sur une liste de " l’Union des étudiants de droite " en 1984, " Marianne " s’est plongé dans le milieu du militantisme nationaliste à Sciences Po à l’aube des années 1980.

Depuis quelques heures, Nathalie Loiseau voit une " erreur de jeunesse " empoisonner sa campagne pour les européennes.

En 1984, alors qu’elle était en quatrième année à Sciences Po, la " tête de la liste " de " La République en marche " s’est portée candidate en sixième position sur la liste " commission paritaire " de « l’Union des étudiants de droite » (UED) aux élections du conseil de direction de « l’Institut d’études politiques ».

Problème : l’UED était alors un syndicat étudiant marqué à l’extrême droite, et depuis que " Mediapart " a découvert puis déterré " le pot aux roses ", Nathalie Loiseau se perd en justifications confuses.

L’ancienne directrice de l’ENA a d’abord affirmé au site d’investigation que le document qu’ils lui présentaient était " un faux ". Avant de reconnaître sa candidature et d’affirmer à " Mediapart " avoir été " approchée pour participer à une liste qui voulait accentuer le pluralisme à Sciences-Po " sans se douter que la liste UED était d’extrême droite.

" J’aurais sans doute dû regarder de plus près de quoi il s’agissait ", admettait-elle.

Puis, l’ex-ministre chargée " des Affaires européennes " a posté un texte plus offensif sur " Facebook ", s’attaquant au " média d’Edwy Plenel " : " Enorme scoop, je viens de la droite ", écrit la " juppéiste ", qui affirme avoir été présente sur la liste " pour faire plaisir à un copain " et n’être " pas responsable " du fait que ses colistiers soient par la suite " devenus d’extrême droite ".

La diplomate contre-attaque : " Avoir été gaulliste à 20 ans plutôt que maoïste, soutien du terrorisme palestinien et des khmers rouges, c’est insupportable à Edwy Plenel. (...) Joli climat d’inquisition. "

https://twitter.com/auroreberge/status/1120585850759393281/photo/1

Sur " France info ", Nathalie Loiseau est un peu moins assurée : si elle répète avoir été incitée à s’inscrire sur la liste " par quelqu’un qui était gaulliste " et ne " jamais avoir revus " ses colistiers, la " tête de liste macroniste " confesse une " vraie connerie ".

Comment une telle circonstance a pu se produire, alors que la carrière de diplomate de " centre-droit " de Nathalie Loiseau n’avait jamais laissé entrevoir d’engagement aussi radical ?

Pour le comprendre, il faut se plonger dans le contexte estudiantin de la fin des années 1970 et du début des années 1980.

A l’époque, la gauche est en pleine " expansion électorale ", jusqu’à la victoire de François Mitterrand à la présidentielle en mai 1981. Alors que la « guerre froide » bat toujours son plein, l’essor " socialiste ", ainsi que l’entrée de plusieurs ministres communistes au gouvernement, provoquent chez les milieux bourgeois de droite " un profond sentiment de peur politique et sociale ", comme le décrit Jean-Yves Camus, politologue spécialiste de l’extrême droite.

" A l’époque, il y avait une polarisation politique extrême à Sciences Po ", décrit celui qui y était alors étudiant. Rue Saint-Guillaume, les étudiants de gauche (communistes, trotskistes, socialistes, militants à l’Unef) font face à un éventail de jeunes allant du " giscardisme " à l’extrême droite.

Sciences Po est alors " un des rares établissements où droitistes et gauchistes subsistent ", écrivent les auteurs des " Rats maudits ", des nationalistes ayant entrepris de retracer l’histoire du militantisme estudiantin d’extrême droite.

L’UED OU L’EXTRÊME DROITE INTELLO

En 1978, le noyau dur des « nationalistes » de Sciences Po décide de créer l’UED, dans ce contexte d’anticommunisme virulent.

Le syndicat est né « de la volonté unitaire de nationalistes issus du GUD, du GAJ [Groupe action jeunesse], du GRECE [Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne] et même des deux linguistes du… " Comité France-Allemagne " (sic) », retracent les auteurs des " Rats maudits ".

" Notre honneur, c’est de nous affirmer de droite et de refuser les compromis avec les petits tâcherons du libéralisme mou ou du passéisme fossile ", plastronnent alors les fondateurs, notamment pour se démarquer du « Collectif des étudiants libéraux de France » (Celf), le syndicat " giscardien ".

Si l’objectif affiché est d’unir tous les étudiants de droite, l’orientation radicale de l’UED est claire dans les premières années. Le syndicat organise ainsi un meeting le 21 mars 1980 avec « l’Association Europe-Afrique du Sud », sur le thème : " Théorie et application de l’apartheid (ou développement séparé) ", les étudiants y louant un " pays où il fait bon broyer du noir "...

Les jeunes « nationalistes » de l’IEP affichent leurs références sans complexe : des extraits de " L’Ecole des cadavres ", pamphlet antisémite de Céline ou du roman de Jean Raspail, " Le camp des saints " qui décrit les conséquences d’une " immigration de masse " sur la France, sont mis en circulation.

Jean-Yves Camus se rappelle qu’à la mort de Pierre Mendès France en 1982, un militant de l’UED appose une image " parfaitement antisémite " de l’homme politique sur le panneau d’affichage du syndicat.

Le portrait du maréchal Pétain trouve également sa place sur les tables tenues par l’UED dans " la péniche ", la salle d’accueil de Sciences Po.

Ouvertement d’extrême droite, l’UED se démarque toutefois des " gros bras " du GUD, qui ont contribué à sa naissance. Dans les murs de « l’Institut d’études politiques », le « nationalisme » est plus chic, moins ouvertement violent.

Ce contraste s’explique par la sociologie très bourgeoise de l’école : « Plus “ intello ” que le GUD-Assas, l’UED cultive un humour et un sens de la provocation très “ hard ” que ne renient pas les cousins de Paris II », est-il écrit dans " Les rats maudits ".

On compte dans ses rangs de futurs magistrats, financiers, députés, " hauts fonctionnaires ".

Bref, du " gratin facho ".

Jean-Yves Camus confirme : « Le GUD en tant que tel ne prend pas à Sciences Po. Le culte de la violence, de l’outrance, et la dégaine " blouson noir " de ses militants ne sont pas particulièrement dans les codes de la maison. » Il serait en plus malencontreux de compromettre sa future carrière dans la politique ou la " haute administration " par des antécédents judiciaires

DÉFENSE DE L’ENTRE-SOI À SCIENCES PO

" Jusqu’en 1981, l’UED est incontestablement un syndicat d’extrême droite ", résume Jean-Yves Camus.

Après l’élection de François Mitterrand, un léger tournant s’opère et la nécessité de l’union des droites contre " les gauchistes " et les " socialo-marxistes " se fait plus pressante.

Le syndicat accueille de plus en plus de militants encartés dans des organisations moins extrémistes : le RPR, bien sûr, mais aussi « l’Union nationale inter-universitaire » (UNI) ou le " Parti républicain " (PR).

Par ailleurs, un certain nombre d’activistes d’extrême droite prennent leur carte dans des grands partis pour y faire " bouger les lignes ". Ainsi Emmanuel Ratier, proche du GUD, est suppléant d’un candidat UDF aux législatives de 1981 en Seine-et-Marne. Les droites se mélangent et les frontières se brouillent entre " gaullistes ", " giscardiens ", " indépendants "… et " nationalistes ".

Pour s’épanouir, l’UED joue également la carte de " l’élitisme ".

A l’époque, l’atmosphère à Sciences Po est " très feutrée, très bourgeoise ", décrit Jean-Yves Camus. Le vouvoiement est de rigueur, les enfants " de bonne famille " majoritaires et le sentiment d’appartenir " à l’élite de la nation " est distillé dès les premiers jours de scolarité.

A l’entrée de la " péniche ", les étudiants disposent même d’un vestiaire.

Dans son post " Facebook ", Nathalie Loiseau décrit elle-même cet environnement : " Sciences Po en 1984, c’était l’endroit le plus calme, le plus bourgeois, le plus ennuyeux de France. "

Parmi les étudiants, beaucoup s’inquiètent des volontés de démocratisation de l’école portées par leurs camarades « de gauche ». L’UED joue à fond sur ce désir de préservation de l’hyper-sélectivité et de " l’entre-soi " de l’école.

« L’UED s’opposera fermement à toutes les propositions qui, sous couvert de " démocratisation ", visent à instaurer la démagogie et le terrorisme marxiste  », promet le syndicat, qui publie des visuels éloquents.

Visuel de l’UED - Extrait de l’ouvrage " Les rats maudits "

Ce désir " d’élitisme " partagé par de nombreux étudiants dépasse le noyau dur des « nationalistes ». Il amène beaucoup de " sciences-pistes " à côtoyer les militants de l’UED, " par différents réseaux de sociabilité, dans un contexte d’endogamie sociale très forte ".

Cette défense assumée de la sélection a permis au syndicat de représenter une forme de " vote utile " de droite au moment des élections étudiantes. En 1984, l’UED réunit plus de 15 % des suffrages à Sciences Po.

Mot d’ordre du tract de campagne cette année : " Les modérés trahissent votre confiance – la gauche veut détruire votre école – défendez-vous – votez UED. "

" L’UED ÉTAIT UN PRÊTE NOM DU GUD "

Nathalie Loiseau, à l’époque Nathalie Ducoulombier, a-t-elle réellement pu figurer sur la liste de l’UED sans connaître l’identité du syndicat ?

Christophe Bourseiller, essayiste spécialiste des extrêmes, est catégorique : " L’UED était un prête nom du GUD. Il n’y avait pas plus à droite comme mouvement étudiant. Quand on était candidat à l’UED on était forcément proche de l’extrême droite. "

Jean-Yves Camus est plus réservé.

Spécialiste de l’extrême droite et étudiant à l’IEP à l’époque, il reconnaît qu’il était " a priori impossible de ne pas savoir que certains militants de l’UED avaient maille à partir avec l’administration de la maison, et que l’UED n’était pas exactement un syndicat de droite traditionnel. "

Mais il ajoute que " parmi les gens qui ont milité à l’UED sur plusieurs années, le nom " Ducoulombier " ne dit absolument rien. " Le politologue souligne que, dans le bouillonnement estudiantin « des droites » de l’époque, " on pouvait être amené à l’UED par des quantités de réseaux de sociabilité ".

Née à Neuilly-sur-Seine, élève au très huppé " lycée Carnot ", la jeune Nathalie Ducoulombier avait en tout cas le profil sociologique pour fréquenter la bourgeoisie conservatrice de Sciences Po.

Il est donc possible qu’elle ait pu se rapprocher de l’UED via " des connaissances ", sans totalement prendre la mesure des racines sulfureuses du syndicat.

Mais voir Nathalie Loiseau affirmer que l’école de la rue Saint-Guillaume était à l’époque un " temple de la modération " interroge tout de même sur la lucidité de celle qui était en 4e année à l’IEP.

Trois ans après sa candidature aux élections étudiantes, une section du GUD était recréée à Sciences Po pour succéder à l’UED, dissoute en 1986.

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Hadrien Mathoux

Marianne