A propos du risque d’une nouvelle crise financière

, par  DMigneau , popularité : 28%

A propos du risque d’une nouvelle crise financière

Ce mois d’août est l’occasion d’évoquer la situation financière internationale avec le dixième anniversaire du démarrage de la crise de 2007-2009.

La nécessité de mieux encadrer la finance a été absente d’une campagne présidentielle qui a été centrée sur " les affaires ".

La plupart des candidats ont peu évoqué le déséquilibre entre la finance et l’économie réelle, comme s’ils avaient oublié la crise.

Les citoyens, eux, ne l’ont pas oubliée car ils en subissent encore les effets, avec une croissance faible, la précarité et le chômage, des inégalités record dans le monde.

Et pourtant, une nouvelle crise nous guette.

Je mets en ligne une tribune que je viens de signer dans " Le Monde " à ce sujet et deux vidéos qui datent de quelques mois.

Tribune publiée par " Le Monde " le 9 août :

Dix ans après, un effondrement financier est toujours possible.

Il en va des crises financières comme de la guerre : elles éclatent à un moment imprévisible mais, lorsqu’elles éclatent, on constate que toutes les conditions étaient réunies pour qu’elles adviennent.

Le 9 août 2007, avant l’ouverture des marchés, une forte hausse des actions était annoncée. Quelques minutes plus tard, les marchés étaient en très forte baisse

Entre-temps, BNP Paribas avait annoncé la fermeture de trois fonds monétaires, des produits de placement très classiques, en raison d’un problème d’« illiquidité ».

Les banquiers centraux, les régulateurs et les banquiers eurent immédiatement l’impression que le sol tremblait sous leurs pieds.

La crise avait démarré. Elle atteindra son apogée treize mois plus tard après la chute de Lehman Brothers. Les conséquences furent dramatiques pour l’économie réelle et pour les finances publiques, dans le monde entier, avec la récession, le chômage et l’augmentation spectaculaire des déficits publics.

Les dirigeants politiques ont-ils tiré les leçons de cette crise ?

En partie seulement.

On peut considérer que seulement le tiers de la feuille de route définie au G20 de Londres en 2009 a été accompli, aussi bien aux Etats-Unis qu’en Europe.

Dans la conduite de chaque " réforme ", on s’est arrêté en chemin. La supervision des banques a été " renforcée ", leurs ratios de fonds propres ont été " améliorés ", la transparence des marchés a été " accrue ".

Mais il s’échange toujours l’équivalent du PIB mondial chaque semaine sur les marchés de produits dérivés, aucune limite n’a été fixée à la spéculation des " hedge funds ", tous domiciliés dans les paradis fiscaux.

Le " trading à haute fréquence " représente plus de la moitié des transactions sur les marchés d’actions, le " shadow banking " (les intermédiaires financiers hors du système bancaire traditionnel) atteint 40 % de la finance mondiale.

Les dirigeants politiques n’ont pas fait l’essentiel : réduire l’hypertrophie de la finance.

Mais il y a plus grave.

Si les banques centrales ont eu une réaction exemplaire au moment de la crise, elles ont ensuite pratiqué une politique inédite en injectant massivement et durablement de la monnaie dans le système financier, comme jamais dans le passé.

Une grande partie de ces liquidités est allée s’investir dans les actifs risqués et la spéculation.

La dette privée s’est à nouveau envolée.

Depuis une vingtaine d’années, un engrenage diabolique de la dette a ainsi été créé : l’éclatement des crises se traduit par une relance massive de la dépense publique et une diminution des recettes fiscales, donc un bond de la dette publique.

Les banques centrales maintiennent des taux bas pendant une très longue période et la dette privée progresse fortement, surtout dans les pays où les inégalités sont fortes. Cet excès de dette privée conduit alors à une crise, ce qui entraîne un nouveau bond de la dette publique

Les investisseurs ferment aujourd’hui les yeux sur cette dette globale et les banquiers centraux hésitent sur la démarche à suivre, tétanisés par le fait qu’ils ont trop attendu.

Lorsque surviendra " un accident ", les investisseurs prendront subitement conscience de la gravité de la situation.

Voilà pourquoi il était - et il reste - indispensable de corriger l’hypertrophie de la finance et de mettre dans les objectifs des banques centrales, à côté de la maîtrise de l’inflation, la stabilité financière.

Les crises sont inévitables, font partie du système capitaliste, mais au moins pourrions-nous en limiter l’ampleur en devenant plus raisonnables.

Également sur lemonde.fr :

http://abonnes.lemonde.fr/idees/article/2017/08/09/jean-michel-naulot-dix-ans-apres-un-effondrement-financier-est-toujours-possible_5170446_3232.html

Vidéo (12 mn) : journal de TV5MONDE à l’occasion de la sortie de mon livre sur le sujet « Éviter l’effondrement » au Seuil, 2017 :

https://www.youtube.com/watch?v=TPox2yLANbg

Vidéo résumant le livre (9 mn) :

https://www.youtube.com/watch?v=UEHzL_j8AqY

Jean-Michel NAULOT

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