A propos de la « fédération populaire » proposée par Jean-Luc Mélenchon

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A propos de la « fédération populaire » proposée par Jean-Luc Mélenchon

Dans un long entretien accordé à " Libération ", le président des députés de la FI envisage, si son mouvement sort renforcé des « européennes », de proposer une « fédération populaire ».

Proposition soutenue par ailleurs le 24 avril sur " France-Inter " par Alexis Corbière, député « insoumis » du 93.

Il s’agirait, non de regrouper une « guirlande de sigles et de partis », déclare Jean-Luc Mélenchon, mais de bâtir un « programme concret de partage » dont le projet de la FI « l’Avenir en commun » formerait le socle.

Par ailleurs, JLM revendique haut et fort la « centralité » de son mouvement dans la future « fédération populaire » à vocation sociale et électorale (municipales, mais aussi présidentielle et législatives puisque le but proclamé est de préparer « l’après-Macron » ?).

Au passage, plusieurs « flèches » – bien méritées ! – sont décochées par JLM ou par Corbière au PS moribond et à sa nouvelle tête de gondole, " l’euro-atlantiste " flamboyant Glucksmann.

Cela dit, l’offre reste bien floue politiquement parlant.

Si l’on peut se féliciter que le soutien aux " Gilets jaunes ", la dénonciation du « tout-marché » et des traités européens, la mise en cause sévère du PS néolibéral fassent partie du socle commun proposé par JLM, s’il est également bien venu que le front sociopolitique dessiné par JLM soit celui des classes populaires et des « couches moyennes » unies contre « l’oligarchie », plusieurs points sont fort problématiques :

1 - Subordonner une initiative fédératrice au bon score de la FI à une élection est « tiré par les cheveux » ; non seulement parce que c’est étroitement partisan au moment même où l’on prétend vouloir fédérer, mais parce que cette élection supranationale est précisément celle que les couches populaires - ouvriers et employés en tête - (80 % des ouvriers ont voté " Non " en mai 2005 !), boudent le plus avec raison.

Car la classe ouvrière a déjà saisi - elle - contrairement aux cadres de la FI, du PCF, de LO, etc., que l’UE est l’ennemie irréductible et incurable du progrès social, du « produire en France » et de l’indépendance nationale.

Si bien que la vraie position novatrice et fédératrice consisterait à invalider radicalement l’UE.

Donc, dans l’immédiat, d’appeler à une abstention citoyenne à l’occasion de ce scrutin supranational qui n’a d’autre fin que de faire cautionner périodiquement par les peuples - et en réalité, par la partie des couches moyennes la moins critique à l’égard du capitalisme et de son UE - la « politique maastrichtienne unique » de nos « élites » euro-atlantiques.

Si l’on veut, au contraire, cimenter le bloc des couches populaires et moyennes, il faut partir des premières, qui sont les plus radicalement " euro-critiques ", " anti-capitalistes " et – ce n’est pas un paradoxe ! – « indépendantistes » : car toujours et partout, ce sont les plus « décidés » (et non pas les hésitants !) qui « percutent », attirent et rassemblent.

Si les " Gilets jaunes " ont ébranlé Macron et coalisé une large majorité de Français cet automne, c’est parce qu’ils ont boycotté le " dialogue social " bidon proposé par Macron et par la CFDT.

C’est qu’ils ont scandé « Macron démission ! » sans rien attendre de ce personnage, c’est qu’ils ont hardiment crié « M…. » aux éborgneurs du pouvoir !

2 - Pour fédérer, il faut traiter l’interlocuteur en égal ; c’est inévitable si l’on veut discuter avec des mouvements désireux, comme il se doit, d’assumer leur message politique spécifique.

Si l’on ne veut discuter avec personne, ni avec des partis existants, ni avec des « gens » de la base (du reste, comment les choisirait-on parmi des millions d’autres « gens » possibles ?), c’est qu’on ne veut discuter qu’avec soi-même ou, en réalité, qu’élargir son propre mouvement.

Cela ne permettra pas de fédérer durablement ;

3 - Concernant le PS, la proposition de JLM relayée par Axelis Corbière est trop complaisante malgré son apparence accusatrice.

Étant donné ce que le PS a fait à notre peuple, notamment depuis Mitterrand – en particulier enliser notre pays dans " les sables mouvants mortels " de Maastricht, de " l’atlantisme " débridé, des guerres impérialistes, des lois liberticides et des " euro-privatisations " -, le PS n’est plus un partenaire décent pour de vrais progressistes, à supposer qu’il l’ait jamais été.

Le PS s’engagerait-il, d’ailleurs, à ne plus soutenir le commissaire européen Timmermans à Bruxelles, comme le réclame Corbières, et romprait-il publiquement avec le SPD, que cela ne changerait rien à sa nature de pilier (fissuré, et tant mieux !) de « l’UE-OTAN ».

Ce refus de réinsérer le PS dans " la donne politique " n’interdit pas de construire des " fronts parlementaires " ponctuels avec des députés PS (et bien d’autres, à l’exception du RN) par ex. pour faire barrage à la privatisation des aéroports ou pour bloquer " la réforme Blanquer ".

4 - Mais surtout, la clarté politique est indispensable si l’on veut unir solidement.

Dans la dernière période, parce qu’ils sentaient - à tort ou à raison - la direction de la FI fortement tentée par une « Union de la gauche » à l’ancienne, minorer le slogan présidentiel de JLM « l’UE, on la change ou on la quitte ! », mettre un bémol sur l’ « indépendantisme français » et chanter sur tous les tons l’ « Europe sociale » avec Manon Aubry, plusieurs « orateurs » de la FI - François Coq, Dominique Kuzmanovic, Thierry Guénolé - ont quitté ce mouvement ou en ont été exclus.

Sans nous prononcer sur le fonctionnement interne de la FI, ni sur l’évolution politique à venir des « orateurs » mis à l’écart, il faut reconnaître que le ton très " européiste " de la campagne de Manon Aubry n’est pas fait pour rassurer.

Non, cher citoyen Corbière, promettre que l’on va « désobéir aux traités européens » n’a pas la même portée politique que le fait d’annoncer que l’on est prêt à quitter l’UE.

C’est, au contraire, un recul manifeste par rapport à l’idée du « plan B », laquelle était déjà insuffisante puisque, comme le PRCF l’a cent fois dit, la souveraineté nationale ne se négocie pas, elle se prend : c’est d’ailleurs ce qu’atteste l’enlisement du " Brexit " pris en étau entre l’intransigeance punitive de Bruxelles et le sabotage " pro-européiste " de la City.

Enfin, tonner contre le « nucléarisme » et le « productivisme », comme le fait la FI, est pour le moins… unilatéral.

A un moment où l’UE veut disloquer et privatiser EDF et ses barrages hydroélectriques, la priorité n’est-elle pas, sans renoncer au déploiement des énergies renouvelables, de reconstituer un service 100 % public et national de l’énergie ?

Et s’il faut condamner, non le « productivisme » abstrait, mais la course au profit maximal qui dévoie la production de sa fin rationnelle (satisfaire les besoins), ne faut-il pas aussi, prioritairement, engager une grande campagne pour « le produire en France » industriel et agricole ?

Une production à laquelle Macron, le MEDEF et l’UE sont en train de porter " le coup de grâce " (Airbus, PSA, Ascoval, STX, Alstom…), et dont le salut passe par l’objectif ignoré par la FI comme par le PCF-PGE et par la Confédération CGT de la nationalisation démocratique des banques et des secteurs-clés de l’économie…

Il est vrai que cette renationalisation sans indemnités pour les gros actionnaires frapperait durement le « grand capital », qu’elle heurterait de front la « concurrence libre et non faussée » européenne et qu’elle susciterait un affrontement de classes tel qu’en surgirait sans doute la grande question de classes : Qui doit diriger le pays, les capitalistes ou les travailleurs ?

C’est alors qu’émergerait vraiment, loin des « combinaisons d’appareil » et des calculs électoraux à court terme, une France franchement insoumise à l’UE et au « grand capital » !

C’est pourquoi, sans refuser l’idée qu’il faut urgemment fédérer les forces du travail, du progrès, de la démocratie, de la paix, de l’écologie et de l’indépendance nationale, et sans rejeter en rien les militants de la FI dont nous avons soutenu, avec esprit critique mais fraternellement, le candidat en 2017, sans jamais refuser non plus de débattre avec d’autres courants progressistes, les militants du PRCF et des JRCF se tournent d’abord vers la classe ouvrière des entreprises, vers les " gilets jaunes " et les syndicalistes de classe :

Débattons de l’idée neuve du " Frexit progressiste " !

Construisons un " grand Printemps de lutte 2019 " !

Appelons à virer Macron !

Revendiquons tous ensemble et en même temps l’augmentation des salaires, la justice fiscale, la souveraineté populaire et le renouveau des services publics et de la protection sociale !

PRCF

https://www.initiative-communiste.fr/articles/prcf/a-propos-de-la-federation-populaire-proposee-par-jean-luc-melenchon/

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