A la une - Affaire des assistants parlementaires : la lettre cinglante de Marine Le Pen aux juges

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A la une - Affaire des assistants parlementaires : la lettre cinglante de Marine Le Pen aux juges

© AFP/ERIC FEFERBERG Les deux juges d’instruction, dont Renaud Van Ruymbeke, ont reçu de Marine Le Pen un courrier dont nous avons pris connaissance

Convoquée dans l’affaire dite des assistants parlementaires européens, Marine Le Pen a annoncé qu’elle fera faux bond ce vendredi aux deux juges d’instruction Claire Thépaut et Renaud Van Ruymbeke. Elle échappera ainsi à une mise en examen programmée dans cette affaire. La présidente du FN se défend de se soustraire à la justice. Elle se pose, au contraire, en victime d’un règlement de comptes politique par magistrats interposés.

Selon nos informations, le 3 mars, elle a envoyé une lettre aux juges pour expliquer sa position dans ce qu’elle qualifie de « feuilleton politico-médiatique quasi quotidien ».

Un courrier dont nous avons pu prendre connaissance. « Les conditions de légalité, de sérénité et de confiance ne sont donc pas réunies aujourd’hui pour une éventuelle audition », estime-t-elle.

Interrogé, son avocat, Me Rodolphe Bosselut, confirme l’existence d’une lettre « faisant part des raisons juridiques l’empêchant de répondre à toute convocation durant le temps de la campagne ».

Elle dénonce « l’urgence subite » de son dossier

Le premier argument avancé par Marine Le Pen concerne la date choisie pour sa convocation et le calendrier d’une enquête ouverte pour " abus de confiance ", " escroquerie ", " faux et travail dissimulé ".

Des investigations dirigées en direct par le parquet de Paris à compter de mars 2015. Elles n’ont été confiées à des juges d’instruction qu’en décembre dernier, à cinq mois de l’élection présidentielle.

Marine Le Pen y voit la preuve d’une instrumentalisation politique. « Je m’étonne, écrit-elle, de l’urgence subite donnée au traitement de cette affaire [...] pour aboutir à une convocation 40 jours avant l’élection présidentielle. »

Et la candidate de relever qu’elle avait sollicité, dès le 18 février 2016 auprès du procureur, l’ouverture d’une information judiciaire. « Un tel délai est courant dans les enquêtes préliminaires, rétorque une source judiciaire, d’autant que des services français et européens étaient conjointement saisis des investigations. La masse de données à éplucher était particulièrement importante. »

Marine Le Pen reprend les arguments soulevés par la défense de François Fillon qui, lui, se rendrait à sa convocation le 15 mars, au nom de la « séparation des pouvoirs » : « Cette procédure est mal fondée en fait et en droit, puisqu’elle tend à soumettre mon travail de députée au contrôle de l’autorité judiciaire. »

Le FN, qui dispose de 22 députés européens, est soupçonné d’avoir détourné ce système de rémunération des assistants. Certains cadres du parti en France auraient en fait été rémunérés grâce à des contrats européens : le travail législatif fictif à Strasbourg permettait un travail politique effectif à Paris.

Et le FN n’en a pas fini avec les affaires : l’enquête sur les campagnes présidentielle et législatives de 2012 s’est soldée par le renvoi du parti devant le tribunal correctionnel.

Une deuxième portant sur les municipales de 2014 et les départementales de 2015 est toujours à l’instruction.

Enfin, Marine Le Pen et son père sont soupçonnés d’avoir sous-évalué leur patrimoine.

Encore un assistant dans le collimateur

L’enquête visant les assistants du Front national au Parlement européen est passée à la vitesse supérieure.

Selon nos informations, la semaine dernière, les juges d’instruction ont mis en examen Charles Hourcade, collaborateur d’une députée européenne frontiste, Marie-Christine Boutonnet, pour « recel d’abus de confiance ».

Selon une source proche du dossier, les soupçons qui le concernent portent sur une somme de « 37 000 € brut » correspondant à « six mois de salaire pour le deuxième semestre 2014 ».

Il s’agit de la deuxième mise en examen dans cette affaire après celle de la chef de cabinet de Marine Le Pen, Catherine Griset, pour des motifs identiques.

Le Parlement est désormais partie civile dans le volet français du dossier visant le FN.

Jean-Michel Décugis et Éric Pelletier

Le Parisien