À la Sorbonne, Jadot mime la " radicalité " pour mieux vendre son projet de " capitalisme vert "

, par  DMigneau , popularité : 0%

À la Sorbonne, Jadot mime la " radicalité " pour mieux vendre son projet de " capitalisme vert "

Capture d’écran du live de l’association " Débattre en Sorbonne "

Ce lundi au centre René Cassin de " Paris 1 Panthéon-Sorbonne " avait lieu une conférence de Yannik Jadot à l’occasion d’un cycle sur les élections présidentielles organisé par des associations de l’université, dont entre autres " Débattre en Sorbonne ".

Devant près de 300 étudiants, les organisateurs ont introduit le candidat " EELV " en grande pompe : « on vous accuse injustement d’être un écologiste de droite », et de finir : « vous et moi on se prend un verre ? ».

Pendant près de deux heures, le candidat a répondu aux questions des associations sur les thèmes de " l’Economie, la " jeunesse ", la " démocratie " et " l’Ecologie ".

Impatient de répondre à la première question d’un membre du " staff " lui reprochant de " défendre un modèle économique qui nous met sur la touche " et de ne pas honorer le mot d’ordre " fin du monde fin du mois, même combat " – " Y a un moment où je vais parler ou bien ? » – Yannick Jadot a tenté de " lever quelques malentendus " sur son projet.

Lucide quant à son public probablement composé de jeunes manifestants pour la " cause climatique ", il a enchaîné son propos en expliquant qu’il n’est pas de ceux qui pensent " qu’un peu de technologie et de croissance verte ça suffira : mon écologie, c’est celle qui change ce système, qui change de modèle économique en mettant au cœur de ce projet les plus fragiles qui sont au cœur des inégalités écologiques et sociales ".

Des propos qui contrastent avec ses interventions récentes – il expliquait aux patrons réunis à l’université du " Medef " défendre " le capitalisme européen et le modèle social européen, qui ne sont pas les modèles chinois ou américain " - mais aussi avec son programme libéral.

" L’écologie " au service des classes dominantes

Relatant ses " faits d’armes " en tant que jeune " altermondialiste " sensible à la cause " écologique " et aux conséquences de la " mondialisation " – " j’ai travaillé deux ans au Burkina Faso avec des paysans " – le candidat a expliqué à " Paris 1 " qu’il était impossible de trouver " une mesure économique et écologique qui ne soit pas une mesure sociale dans [son] programme ".

Une affirmation qui ne fait pas long feu au " fact checking " dès lors qu’un pilier de son programme repose sur l’augmentation de la " taxe carbone ", notamment pour les ménages.

D’une part, le projet 2022 d’ "EELV " prévoit - en effet - d’instaurer une " taxe carbone " aux frontières de « l’Union européenne » et de relocaliser l’économie pour « préserver la compétitivité des entreprises européennes face au " moins disant " environnemental ».

Une logique protectionniste primaire qui nie le rôle central des multinationales européennes dans l’émission de dioxyde de carbone dès lors que 27 multinationales françaises émettent - par exemple - 1 854,82 Mt « CO2e », soit plus de quatre fois les émissions territoriales de la France, selon l’association " Notre affaire à tous ".

D’autre part, " EELV " compte bien augmenter le prix de l’essence pour les ménages, comme l’exprimait à plusieurs reprises Sandrine Rousseau désormais ralliée à Yannick Jadot.

Si ce dernier s’est défendu lors de la conférence de porter exactement la même revendication – ne la trouvant pas suffisamment réaliste – force est de constater que cette mesure anti-sociale apparait dans le projet programmatique avec la nuance d’être accompagnée d’un " mécanisme redistributif vers les ménages les plus précaires " : autant d’imprécisions sur le montant et le champ d’application d’un tel mécanisme s’il était mis en place et ne permet pas d’évacuer l’essence punitive à l’encontre des pauvres d’une telle taxe.

Jadot " président des jeunes " ? Quand le candidat " EELV " fait du Macron

La question lui avait été posée d’entrée par un intervenant.

Une analogie qui semble plaire au candidat qui a choisi de se montrer " proche de la jeunesse " en faisant de la légalisation du cannabis une de ses " revendications phare " pour les moins de 25 ans.

Demandant aux étudiants dans la salle qui avait déjà fumé du cannabis avant de lever la main également, Yannick Jadot se veut " cool " et " en phase " avec les aspirations des jeunes.

Pour autant, le programme du candidat est loin d’être conséquent sur ces dernières, notamment en matière de lutte contre la précarité étudiante. S’il a revendiqué la mise en place d’un " revenu d’existence " aux alentours de 900 euros pour les 18-25 ans, il est probable que le candidat ait été " porté " par son auditoire dès lors que si l’on s’en tient à ce qu’il inscrivait dans son projet officiel et expliquait lors de ses précédentes allocutions, " EELV " prévoit plutôt le versement du RSA – aux alentours de 565 €, donc – aux jeunes.

Un montant qui n’a donc rien à voir avec sa déclaration en conférence à " Paris 1 " et qui se place 57 % en dessous de ce qu’il faut pour vivre décemment en tant " qu’étudiant " vivant dans la capitale selon une récente étude de l’UNEF.

De quoi laisser une grande marge d’incertitude pour les étudiants précaires, qui devraient continuer à travailler pour financer leurs études.

Là encore, le programme de Yannick Jadot n’a rien " d’anti-système ".

Pour lutter contre le chômage des jeunes diplômés, celui-ci prévoit la création de 30 000 " emplois jeunes " dans le secteur associatif. Outre la critique de la quantité – à titre de comparaison, il y a 42 500 étudiants à " Paris 1 " cette année – cette proposition n’est rien d’autre qu’une politique de contrat précaire pour quelques jeunes.

Et si le candidat veut se garder de proposer cette main d’œuvre peu couteuse aux entreprises en circonscrivant l’offre au secteur " non-marchand " et associatif, c’est finalement la création d’un " Service civique " bis pour les jeunes diplômés que semble prévoir Yannick Jadot.

Une mesure finalement très loin de résorber le chômage qui s’élève à près de 10 % pour les jeunes ayant fait des études supérieures et près de 50 % pour les " non diplômés ".

Immigration et racisme : le " progressisme " de façade de Yannick Jadot

Interrogé dans le cadre du thème " Crise de la démocratie " par un organisateur sur sa position sur l’immigration, Yannick Jadot a encore une fois voulu séduire l’auditoire en développant une position bien loin de celle de la réalité portée par son parti.

Fustigeant Poutine et Lukachenko qui auraient été " effrayés par 3 000, 4 000 migrants afghans ou syriens ", le candidat " EELV " a défendu l’accueil " en responsabilité et en dignité  » de ce qu’il appelle des " survivants ".

Cette intervention contraste avec l’expulsion par la mairie " EELV " de Bordeaux d’un squat accueillant 150 personnes dont une dizaine de familles réfugiées. En effet, alors que le maire Pierre Hurmic indiquait « souscrire entièrement aux trois missions de " SOS Méditerranée " : secourir les rescapés, les protéger, puis témoigner  », il accompagnait dans le même temps l’expulsion du squat " L’Éclaircie " et votait contre une motion visant la fermeture du " Centre de rétention administrative " bordelais alors même que les CRA sont des établissements de détention particulièrement violents et insalubres créés sous le gouvernement de Chirac en 2002.

Mais plus profondément, Yannick Jadot se tient à l’écart de toutes revendications de " libre circulation " et de régularisation des " sans-papiers ", alors même qu’elles constituent la condition sine qua none de l’accueil digne que le candidat semble revendiquer devant les étudiants de " Paris 1 ".

De fait, l’année écoulée a montré une nouvelle fois l’essence criminelle des frontières. Non seulement lorsque des migrants sont morts noyés dans La Manche, mais aussi lorsque « l’Etat » pour expulser les personnes en " situation irrégulière " n’a cessé de réprimer les camps à Calais, Paris ou Place de la République.

Ainsi, la praxis répressive du maire " EELV " de Bordeaux n’a rien de " dissident " mais est au contraire la conséquence d’une position officielle du parti que reprend Yannick Jadot malgré sa critique des méthodes de Lukachenko et Poutine.

Plus encore, ce n’est pas anodin que le candidat ait insisté sur le chiffre de " 3 000 ou 4 000 afghans ou syriens " lors de la conférence : c’est une manière de ne pas avoir à discuter d’un accueil inconditionnel des migrants et de l’ouverture des frontières sans apparaitre plus à droite que son auditoire, sensible sur la question.

C’est cette même posture de façade qu’il arbore concernant le racisme, dont le programme sur cette question se résume à " l’anonymisation des CV " : de quoi contraster largement avec la remise en question de cette oppression comme faisant partie intégrante du système capitaliste par le mouvement " Black Lives Matter " auquel ont participé des centaines de milliers de jeunes.

Interpelé sur son soutien à Gérald Darmanin lors de l’envoie du " raid " et du GIGN mater la contestation en Guadeloupe, le candidat a d’ailleurs une nouvelle fois revendiqué le " maintien de l’ordre " face à la population se battant contre l’insalubrité des « Services publics », le chômage mais aussi le " chlordécone " ayant durablement pollué les eaux.

En souhaitant justifier cette position au regard des " dégradations matérielles sur les biens " qui auraient eu lieu en Guadeloupe, Yannick Jadot mobilise directement l’argumentaire du gouvernement lorsque celui-ci réprimait le mouvement des " Gilets Jaunes " ou encore les mobilisations de jeunesse telles que les manifestations contre les lois " Sécurité Globale " ou " Séparatisme " ou encore celles pour la Palestine.

Ainsi, dans la continuité du quinquennat Macron, Yannick Jadot promet " en pointillé " de réprimer toute mobilisation remettant en question le gouvernement ou " l’ordre établi " s’il était élu : une réalité bien loin de ses " envolées " sur les luttes sociales et son " combat " pour " changer le système " du début de la conférence.

Autrement dit, derrière un discours " rougi " et opportuniste à l’occasion d’une conférence devant des étudiants de " Paris 1 ", Yannick Jadot est un pur défenseur du " capitalisme vert " impliquant nécessairement par-là toujours plus de précarisation des jeunes.

Face aux attaques à répétition sur l’université publique, l’augmentation du chômage chez les jeunes et l’aggravation des symptômes de dépression chez les moins de 25 ans, il est urgent d’opposer à toutes les " nuances " du capitalisme et ceux qui instrumentalisent les luttes de la jeunesse à des fins électoralistes un programme de rupture avec le projet libéral du gouvernement.

Ariane SERGE

Revolutionpermanente.fr