A Nîmes, des détenus envoient le préfet du Gard devant la justice pour mise en danger

, par  DMigneau , popularité : 100%

A Nîmes, des détenus envoient le préfet du Gard devant la justice pour mise en danger

Vue partielle de l’entrée de la maison d’arrêt de Nîmes, où les détenus dénoncent des conditions de détention indignes. - DOMINIQUE FAGET/ AFP

Pour la première fois en France, ce mardi 26 septembre, quatre détenus, internés à la maison d’arrêt de Nîmes, citent un préfet à comparaître devant le tribunal correctionnel de la ville pour " mise en danger ". Ils dénoncent leurs conditions de détention indignes.

Un préfet devant la justice.

Faute de pouvoir poursuivre l’Etat, quatre détenus de la maison d’arrêt de Nîmes citent son représentant, le préfet du Gard, Didier Lauga, à comparaître ce mardi 26 septembre devant le tribunal correctionnel de Nîmes pour " mise en danger ".

Ils dénoncent par la voix de leur avocate, Me Khadija Aoudia, leurs conditions de détention, et notamment les conséquences qu’entraîne le fort taux de surpopulation (plus de 400 détenus, hommes et femmes pour seulement 190 places) au sein de l’établissement.

Une première en France.

Insécurité, insalubrité

Des dizaines d’entre eux, parqués à trois ou quatre par cellule y compris aux côtés de personnes atteintes de maladies transmissibles (hépatite B par exemple), sont en effet contraints de dormir sur des matelas installés à même le sol voire sur des armoires couchées par terre.

En juillet 2015, l’Observatoire international des prisons (OIP) a déjà porté ces conditions de détention en référé, devant le Conseil d’Etat, mais depuis, selon Me Khadija Aoudia, interrogée par France Inter, " rien n’a été mis en œuvre concrètement pour palier ces difficultés ".

" Il faut distinguer la privation de liberté de la privation de dignité "

De telle sorte que l’avocate des plaignants demande aujourd’hui à ce que l’Etat soit condamné pour la " violation manifestement délibérée d’une obligation particulière de sécurité et de prudence imposée par la loi ".

Avec cette plainte pénale, l’avocate explique à France 3 être consciente d’engager " un combat judiciaire extrêmement difficile puisque l’Etat est, par principe, irresponsable pénalement ".

" Donc, je suis obligée de passer par une citation directe pour établir une question prioritaire de constitutionnalité pour une égalité de traitement devant la loi ", poursuit-elle.

« Mes clients me disent " je suis en détention mais je n’ai pas signé mon arrêt de mort " » , poursuit-elle. Et d’évoquer aux journalistes locaux du site " Objectif Gard ", la situation sécuritaire alarmante : par exemple, le cas de l’un de ses clients actuellement détenu et victime d’un viol cet été.

" Dans un Etat de droit, il faut distinguer la privation de liberté, qui est la sanction admise, de la privation de dignité qui découle des conditions de détention ", conclut Me Aoudia.

Sous le mandat de François Hollande, le Garde des Sceaux, Jean-Jacques Urvoas, a annoncé en février 2017 la construction d’une deuxième prison dans la région.

Elle devrait se situer à Alès et permettre à terme d’améliorer la situation.

Magazine Marianne