" 530 millions " pour la lutte contre les violences conjugales : " l’enfumage " de Marlène Schiappa

, par  DMigneau , popularité : 0%

" 530 millions " pour la lutte contre les violences conjugales : " l’enfumage " de Marlène Schiappa

Marlène Schiappa assure - à tort - que l’Espagne ne consacre pas un milliard d’euros à la lutte contre les violences conjugales. - Capture d’écran BFMTV

Selon la secrétaire d’État à " l’Égalité entre les femmes et les hommes ", la France consacre chaque année un demi-milliard d’euros à la lutte contre les violences conjugales.

En réalité, Marlène Schiappa s’abrite ici derrière le budget total de son portefeuille gouvernemental.

Un peu gros, en ce jour d’ouverture du " Grenelle " sur ce sujet…

" Est-ce assez ? Dites-moi ; n’y suis-je point encore ? ". Lorsqu’il s’agit de lutte contre les violences faites aux femmes, Marlène Schiappa nous rejoue l’air " de la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf " : ce mardi 3 septembre sur BFMTV, la secrétaire d’État à " l’Égalité entre les femmes et les hommes " a ainsi gonflé le budget consacré par la France à cette cause nationale, le rendant équivalent à celui du voisin espagnol souvent cité comme exemple en la matière.

Et ce, en dépit des faits…

EN DIRECT. Marlène Schiappa (@MarleneSchiappa) est l’invitée de #BourdinDirect https://t.co/6XwMEyploE
— BFMTV (@BFMTV) September 3, 2019

Marlène Schiappa compte large

En ce jour de lancement du " Grenelle des violences conjugales ", la ministre " féministe " a assuré que les montants consacrés à la lutte contre les violences conjugales étaient " exactement pareils " des deux côtés des Pyrénées.

Or, l’Espagne fait référence sur le sujet puisqu’elle consacre chaque année plus de 200 millions d’euros à cette cause.

Et Marlène Schiappa d’asséner ce chiffre : " En France, c’est 530 millions d’euros par an ".

2,650 milliards à l’échelle du quinquennat, donc ?

Mais alors, la France ferait même mieux que l’Espagne ?

En vérité, il s’agit là du budget… de l’ensemble du secrétariat d’État à " l’Égalité entre les femmes et les hommes ".

Un coup d’esbrouffe un peu trop voyant, si bien que la secrétaire d’État, pressée par son intervieweur, doit de fait préciser que " c’est 530 millions d’euros par an sur l’égalité entre les femmes et les hommes ".

Et combien alors, spécifiquement, pour la lutte contre les violences faites aux femmes ?

" Il y a deux modes de calcul différents, répond Marlène Schiappa. Il y a celui qui prend en compte uniquement les subventions attribuées aux associations. Ça, ça a augmenté de 30 % ", assure-t-elle.

" Mais est-ce que dans ce pays, on peut considérer qu’il n’y a que les associations qui soutiennent les femmes victimes de violence ? Non. (…) Donc c’est improbable de faire des calculs en prenant uniquement en compte les subventions "., complète-t-elle.

Certes, mais il n’en reste pas moins que lesdites subventions n’atteignent, pour 2019, que 79 millions d’euros.

" Il n’y a pas d’argent magique ", lâche la secrétaire d’État.

Mais en quoi brandir les 530 millions d’euros de budget de son portefeuille gouvernemental serait-il pertinent ?

Faute d’avancer un chiffre plus précis, Marlène Schiappa, dégaine une explication théorique : « Ce n’est pas que je ne sais pas, c’est qu’il faut arrêter de penser comme ça. C’est exactement ça qui fait que l’on n’avance pas sur l’égalité femmes hommes, c’est que tout le monde pense " en silos " », plaide-t-elle.

" On pense qu’il y aurait d’un côté les inégalités de salaires, de l’autre le harcèlement sexuel, par exemple. (…) Quand on lutte pour l’égalité salariale, on lutte aussi contre le harcèlement sexuel ".

Et contre " l’enfumage ", c’est pour quand ?

" Pas de milliard " en Espagne, vraiment ?

La secrétaire d’État ne s’arrête pas là dans sa lutte " pro domo " pour des chiffres avantageant son action, y ajoutant une relativisation de l’effort espagnol.

D’après elle, le fameux milliard d’euros de budget de nos voisins, réclamé chez nous par les associations féministes, n’existe pas : " C’était un engagement théorique des partis politiques, même Mariano Rajoy, qui n’est pas un féministe radical, le dit : il n’y a pas eu un milliard ", soutient Marlène Schiappa, dénonçant " de fausses informations ".

Ce milliard existe pourtant bel et bien, comme l’ont rappelé nos confrères de " Libération " : en juillet 2017, le parlement et les collectivités locales espagnols ont conclu un « pacte d’État » contre la « violence de genre » incluant " 200 mesures éducatives, sociales, judiciaires et sécuritaires ", avec un budget de 200 millions d’euros par an sur cinq ans, soit un milliard au total.

En outre, ce budget a été augmenté de 20 millions d’euros pour l’année 2019.

En deux ans, l’État espagnol a déjà mis sur la table 420 millions d’euros.

Une politique qui porte ses fruits : de 71 femmes tuées par leur conjoint en 2003, l’Espagne est passée à 47 victimes en 2018.

Selon le décompte du collectif " NousToutes ", la France a passé ce dimanche la barre des 100 " féminicides ".

Pour l’année 2017, quatre fois plus de plaintes ont été déposées chez nos voisins, et l’Espagne délivre trois fois plus " d’ordonnances de protection " que la France chaque année, comme le reconnaissait en juillet dernier notre ministre de la Justice, Nicole Belloubet.

Pas " exactement pareil ", n’en déplaise à Marlène Schiappa.

Louis Nadau

Marianne