27 ans après le massacre des prisonniers politiques iraniens, la barbarie doit cesser

, par  DMigneau , popularité : 64%

27 ans après le massacre des prisonniers politiques iraniens, la barbarie doit cesser

Cet été marque le 27ème anniversaire du massacre des 30 000 prisonniers politiques en Iran. À ce jour, alors que l’exécution de dizaines de milliers de prisonniers, en quelques mois, a été qualifiée de « crime contre l’humanité » par les organisations de défense des droits de l’homme, ce massacre est très largement méconnu par la communauté internationale, et ses responsables, qui occupent les plus hautes sphères du pouvoir en Iran, continuent de nier son existence et de violer les droits de l’homme en toute impunité.

Dans le contexte de la fin de la guerre Iran-Irak et craignant les troubles venus d’éléments hostiles au régime, le guide suprême de l’époque, l’ayatollah Khomeiny, a fait publier en 1988 un décret de mort envers tous les dissidents politiques. Après la publication de cette fatwa, les prisonniers politiques ou anciens prisonniers récemment libérés, pour la plupart des militants de l’Organisation des Moudjahidines du Peuple d’Iran (OMPI), ont été assassinés « à la chaîne » au terme de procès expéditifs tenus par un comité ironiquement intitulé « commission d’amnistie », et très vite surnommé « commission de la mort ».

Le régime a tout fait pour rendre ce carnage le moins visible possible, préférant la potence au peloton d’exécution, maintenant l’ignorance des familles sur le sort de leurs proches, enterrant les cadavres dans des fosses communes pour les priver de sépulture et pour, aujourd’hui encore, refuser aux familles l’accès au cimetière. C’est ainsi que vendredi dernier, le 28 août, les proches des victimes se sont vus barrer l’accès au cimetière de Kharavan par les autorités alors qu’ils s’étaient réunis pour commémorer le 27ème anniversaire de cet été sordide.

Les autorités, qui n’ont toujours pas reconnu les exécutions, doivent répondre de leurs actes. Rohani, actuel président iranien soit disant " modéré " était aux premières loges des responsables du régime au courant ou impliqué dans ce massacre, alors vice-commandant en chef des forces armées du régime et membre depuis 1982 du Conseil suprême de la défense et du Conseil central du QG de la logistique de guerre.

Le Guide Suprême du régime, Ali Khamenei, était quant à lui président de la République au moment des exécutions, aux ordres de son prédécesseur.

Enfin, l’un des principaux responsables est Mostafa Pour-Mohammadi, actuel Ministre de la Justice du gouvernement de Rohani, et à l’époque l’un des juges de la tristement célèbre « commission de la mort ».

Malgré l’effort de discrétion du régime, les Mémoires publiées par l’ayatollah Montazeri documentent le massacre. À l’époque considéré comme le « dauphin » de Khomeiny et son successeur désigné, Montazeri a été limogé après avoir exprimé son désaccord sur la brutalité des moyens employés par le régime. Assigné à résidence puis surveillé de près par les autorités, l’ayatollah a conservé, jusqu’à sa mort en 2009, une position critique vis-à-vis du régime.

Le massacre souffre cependant d’une méconnaissance générale de la part de la communauté internationale et malgré son ampleur, il n’a eu que peu de retentissement dans les médias. Pourtant, Human Rights Watch et Amnesty International le qualifient de crime contre l’humanité. En 2008, l’AI appelait à la justice pour le « massacre des prisons ». « Il ne doit y avoir aucune impunité pour des violations de droits humains aussi flagrantes, sans tenir compte de la date à laquelle elles ont été commises (...). Ceux qui sont responsables des tueries – une des pires violations commises en Iran - doivent être poursuivis et jugés devant un tribunal régulier et légalement constitué et avec toutes les garanties procédurales nécessaires, conformément aux normes internationales de procès équitable. » Il est donc grand temps que le régime, qui persévère dans sa politique répressive, soit mis face à ses responsabilités.

Mi-août, les membres du comité consultatif du Conseil des droits de l’homme des Nations unies ont exprimé dans une déclaration conjointe leur préoccupation quant au sort des membres survivants de l’OMPI, regroupés dans un camp de réfugiés en Irak. Alors que les dissidents du Camp Liberty subissent « une variété d’actions malveillantes et de mesures répressives de la part du régime iranien », les violations des droits de l’homme en Iran « ont gardé la même intensité pendant trois décennies ».

Après avoir rappelé le massacre sordide de l’été 1988, la déclaration se rallie derrière les propos du Haut-Commissaire des Nations Unies Zeid Ra’ad Al Hussein : « Le 5 août 2015, le Haut-Commissaire des Nations Unies pour les Droits de l’Homme a partagé son inquiétude concernant la situation des droits de l’homme, en particulier celle des exécutions en Iran, et a affirmé : “ Il y a longtemps que l’utilisation de la peine de mort par l’Iran est problématique ”.  »

« La condamnation à mort d’un individu pour l’exercice pacifique de sa liberté d’expression, de religion ou de croyance est un outrage absolu – et une évidente violation des droits de l’homme internationaux. »

H. Enayat

MédiaPart