1er mai, Macron réécrit l’Histoire. Retour aux racines à Fourmies en 1891

, par  DMigneau , popularité : 0%

1er mai, Macron réécrit l’Histoire. Retour aux racines à Fourmies en 1891

A Fourmies, le 1er mai 1891, les grévistes réclament la journée de 8 heures. 9 manifestants meurent sous les balles du tout nouveau fusil " Lebel ".

2020, les personnels soignants meurent faute d’être équipés. Et le président Macron poste une vidéo pour honorer " l’esprit du 1er mai ". Honteux quand on connaît la politique menée depuis 3 ans à l’égard des travailleurs qui défendent leurs droits dans la rue.

1er mai, Macron provoque et réécrit l’Histoire pour mieux nous faire oublier ses immenses responsabilités dans les temps sombres que nous vivons.

Il a osé " tweeter " et poster une vidéo pour honorer les travailleurs qui sauvent des vies et les autres en ce 1er mai 2020.

Décidément, le grand Audiard avait raison.

https://twitter.com/emmanuelmacron/status/1256101044288843777?ref_src=embedly

A Fourmies, le 1er mai 1891, malgré les interdictions patronales, les grévistes défilent dans cette cité textile du Nord, pour réclamer la journée de 8 heures. Une bousculade, des tirs

Neuf manifestants meurent sous les balles du tout nouveau fusil " Lebel ".

129 ans plus tard, les personnels soignants en « 1° ligne d’un combat contre un satané virus » meurent faute d’être équipés. Et le président Macron poste une vidéo pour honorer " l’esprit du 1er mai ".

C’est honteux de sa part quand on connaît la politique menée depuis 3 ans à l’égard des travailleurs qui défendent leurs droits dans la rue. Et parmi ces travailleurs se trouvaient quantité de personnels soignants célébrés depuis 2 mois tels des « héros de la Nation ». Ils ne manquaient pas de manifester contre le manque de moyens de « l’Hôpital public » peu à peu déshabillés par des plans successifs de cure d’austérité.

A Fourmies, les soldats français qui ont tiré à bout portant sur des gamins de 16, 18, 19, 20 ans….. disposaient du fusil " dernier cri " capable de tirer 9 balles de 8 mm. Hier, martyrs de la « guerre sociale » faite aux travailleurs à Fourmies, aujourd’hui martyrs les travailleurs payent un trop lourd tribut à la « guerre sociale » que « l’Exécutif » leur fait jour après jour.

Son intervention aujourd’hui est scandaleuse. Il réécrit l’Histoire à son profit.

C’est donc ça " l’esprit " du 1er Mai joyeux et chamailleur ?

En 1891 à Fourmies, la journée du 1er mai portait les revendications des travailleurs " portes étendards " d’un monde ouvrier exploités et misérables qui réclamait la journée de 8 heures (semaine de 48 heures).

Ce jour-là, ils sont jeunes et nombreux à être tombés sous les balles de « l’Armée française » équipée du tout nouveau fusil " Lebel ".

Ils se nommaient Maria Blondeau (18 ans), Louise Hublet (20 an), Ernestine Diot (17 ans), Félicie Tonnelier (16 ans), Kléber Giloteaux (19 ans), Charles Leroy (20 ans), Émile Ségaux (30 ans), Gustave Pestiaux (14 ans) et Émile Cornaille (11 ans). Camille Latour (16 ans) décédera le lendemain.

Si 4 d’entre eux ne participaient pas à la manifestation du 1 mai, les autres revendiquaient la baisse du temps de travail. Ils sont morts sous les balles des soldats français.

Comment celui qui veut à toutes forces (matraques, gaz lacrymogènes et pour finir article 49 alinéa 3 imposer aux travailleurs son inique « réforme des retraites » par une pension toujours plus basse et un allongement des années de labeur, peut-il avoir l’audace de faire un " tweet " aujourd’hui et une vidéo dans laquelle il apparaît bronzé dans un costume resplendissant pour avoir " une pensée " pour les travailleurs qu’il a participé à méthodiquement déshabiller ?

Les soldats de 1891 avaient des fusil tout neufs, ceux de 2020 manquaient de masques, de blouses.....

Honteux.

Retour sur la « fusillade de Fourmies » le 1er mai 1891

A à peine 8 km de la frontière belge, le gros bourg de Fourmies est à cette époque-là, un centre majeur de tissage de laine peignée. Située en « grande Thiérache », région qui appartient géologiquement aux Ardennes, au cœur de l’arrondissement d’Avesnes-sur-Helpe, elle est un " poumon économique " du département du Nord. Ces presque 16 000 âmes sont des fourmisiens.

Paysans devenus ouvriers avec la révolution industrielle au XIX° siècle.

Car ce sont les industries textiles nées au début de XIX° siècle qui font vivre la population d’alors.

Ce XIX° siècle sera « l’Age d’or » de cette industrie. C’est notamment grâce à l’industriel Théophile Legrand qui crée la filature " Malakoff " en 1825 que la petite cité va vivre son " boom économique " et son âge d’or.

Fourmies compte filatures, près de 15 500 métiers à tisser la laine qui emploient près de 4 000 ouvriers et ouvrières. La laine est achetée en Nouvelle-Zélande, en Australie et en Afrique du Sud. La production exportée dans le monde entier.

La cité abrite une « Compagnie de Sapeurs-pompiers » dès 1837, voit l’arrivée du chemin de fer en 1869, compte un journal entre 1876 et 1939 et l’année 1881 est marquée par l’installation du téléphone de ville et surtout de l’École Victor Hugo (aujourd’hui devenue la mairie).

En 1894, c’est au tour du tramway d’arriver à Fourmies. En 1891, le bourg compte 4 docteurs comme on dit à l’époque. Le docteur Drapier, le docteur Lebon, le docteur Moro et le docteur Colliard (source :

http://alain.delfosse.pagesperso-orange.fr/html/fourmies.htm).

Mais depuis 1881, le premier mai, c’est aussi le jour des revendications dans le monde ouvrier.

Née en 1881, la « Fédération américaine du Travail » (A.F.L.), va porter à partir du « Congrès de Chicago » d’octobre 1884, la bataille pour faire du 1er Mai de l’année 1886 une journée de revendication pour l’obtention de la journée de 8 heures.

Elle recommande ainsi aux organisations d’en faire " un étendard ". Si bien qu’en 1886, à Milwaukee tout près de Chicago près de 5 000 ouvriers grévistes se frottent aux policiers. Il y a 9 morts dans l’affrontement.

2 jours plus tard, 3 autres manifestants perdent la vie.

Et le lendemain, une bombe artisanale fait 7 morts parmi les « forces de l’Ordre » du capitalisme sauvage américain. Le « Premier mai » a possiblement été choisi à l’origine (1886) par les Américains parce qu’elle correspondait à la date à laquelle se terminaient traditionnellement les contrats de travail et de location, le " Moving Day ", le jour du déménagement, où il fallait décider si on allait rester ou chercher du travail ailleurs : " May day, pay day, pack rags and go away ", disait-on à l’époque (" 1er mai, jour de paie, emballe tes fringues et déguerpis ").

C’était le meilleur moment pour revendiquer et le nombre des grévistes serait augmenté de celui des chômeurs.

8 militants seront condamnés à mort, sans preuve ; 3 seront graciés.

En juillet 1889, le « Congrès socialiste international » décide que dans tous les pays, il sera organisé une grande manifestation à date fixe dans le but de réduire légalement à 8 heures la journée de travail.

Mais déjà « l’âge d’or » des industries lainières semble derrière. Ou plutôt les bénéfices enrichissent les « patrons lainiers » qui occupent les mandats municipaux, tandis que les salaires ne cessent de baisser pour les ouvriers.

Dans le même temps, loyers, charbon, denrées alimentaires voient leurs prix s’envoler. L’hiver 1890 a été dur et plus de 3 000 personnes ont eu recours à l’assistance des fourneaux économiques.

La colère sourde gronde.

La journée de travail de 12 heures, des règlements sont terriblement strictes et draconiens, les amendes pour retards et malfaçons pleuvent. Les ouvriers des filatures ont crées des délégations pour porter leurs revendications auprès des « pouvoirs publics » comme l’an passé.

Dans ce bastion « socialiste » dans lequel le tout jeune « Parti Ouvrier Français » cofondé par le gendre de Karl Marx, Paul Lafargue et Jules Guesde, les idées « socialistes » ont essaimées. D’ailleurs, au cours du mois d’avril, il est lui-même venu soutenir et haranguer les travailleurs à Foumies.

C’est dans ce contexte qu’après le succès de la manifestation du 1er mai 1890, les ouvriers lainiers de Fourmies décident de reconduire l’expérience le 1er mai 1891. Mais c’est sans compter sur l’opposition des patrons des filatures.

Il y a 37 filatures dans la cité lainière. 36 d’entre eux décident de faire placarder des interdictions avec menaces de licenciements sur le champ à l’appui. Pourtant depuis 1864, le droit de grève est légal en France.

Depuis 1884, le droit d’adhérer à un syndicat aussi. Mais dans la ville se sont les patrons qui « font la loi ». Le maire de la cité lainière, Auguste Bernier, est un des leurs. Il a demandé au sous-préfet des renforts pour tenir la ville, et dissuader les manifestants.

2 régiments de ligne s’installent sur la place de la cité et dans la cité voisine de Wignehies dans la nuit du 30 avril. Les soldats du 84ème et du 145éme sont à pieds d’œuvre le tout nouveau fusil " Lebel " de l’armée française à la main.

A l’unanimité donc, tous les patrons des filatures, sauf un d’eux ont décidé qu’il convenait de travailler le 1er mai comme chaque jour dimanche excepté.

Dans l’après-midi, un manifeste patronal est affiché et dénonce les « menées criminelles des agitateurs […] et les théories révolutionnaires ».

La réplique ne se fait pas attendre et elle est signée par des « groupes ouvriers » qui exhorte les leurs à fêter le 1er mai dans l’allégresse, dans « l’union, le calme et la dignité ». Au programme de la journée qui se veut festif et engagé, une fête familiale, un bal et des chants comme le présent l’affiche du POF placardée le 1er mai dans les rues de la cité lainière.

Engagés bien sûr. Grèves et manifestations aussi.

Le drame va se jouer très vite.

Dès l’aube, des groupes d’ouvriers se sont formés pour distribuer des tracts à la sortie et à l’entrée de la plus grosse filature, la " Sans-Pareille ". Lorsque la cloche de l’embauche du matin sonne, près de 200 manifestants dont les meneurs, guère intimidés par les menaces patronales, sont à pied d’œuvre pour " rameuter les troupes " et convaincre les non-grévistes de " débrayer ".

Ils sont délogés par les gendarmes à cheval. Une poignée d’entre eux est faite prisonnier dans les locaux de la mairie. Le maire est aussi patron de filature, mais il promet de libérer dans l’après-midi les prisonniers.

La foule est nombreuse devant la mairie. Le sous-préfet, Ferdinand Isaac, arrivé sur les lieux a obtenu le renfort du 145ème régiment d’infanterie qui est casernée à quelques kilomètres dans la cité de Maubeuge.

Le 84ème régiment d’Avesnes est déjà dans la place.

Vers 18h00, les manifestants vont " au contact " des soldats de 1ère ligne avec pour " porte drapeau ", le jeune Kléber Giloteaux. Il n’a que 19 ans. Aux cris de « C’est les 8 heures qu’il nous faut !! » et de « C’est nos frères [retenus prisonniers] qu’il nous faut !! », les manifestants s’enhardissent, mais les 300 soldats armés de fusil " Lebel " dont les munitions de 8 mm peuvent traverser 3 corps, font face.

Les manifestants jettent des cailloux sur la troupe.

Pour se dégager, l’officier Chapus ordonne de tirer 3 salves.

En moins d’une minute, 9 corps gisent sur le sol. Les blessés se comptent par dizaines ; des badauds, des passants, des curieux au milieu des manifestants. Les martyrs de Fourmies sont pour la plupart des gamins à plein sortis de l’adolescence.

Maria Blondeau (18 ans), Louise Hublet (20 ans), Ernestine Diot (17 ans), Félicie Tonnelier (16 ans), Kléber Giloteaux (19 ans), Charles Leroy (20 ans), Emile Ségaux (30 ans), Gustave Pestiaux (14 ans) et Émile Cornaille (11 ans).

La sidération, la peur, l’effroi, la douleur et la haine font tomber une « chape de plomb » et de silence sur la cité lainière qui ressemble à un camp retranché. Les familles pleurent leurs morts. 3 jours plus tard, le 4 mai lors des funérailles, des milliers de personnes suivent les cercueils.

« L’Ordre social » et capitaliste règne sur la cité. La guerre sociale menée par le patronat en 1891 avec l’aide de « l’Armée » équipée dernier cri en fusil " Lebel " a marqué son territoire au prix du sang de gamins.

A la « Chambre », des députés réclament une commission d’enquête. Parmi ceux-ci, Georges Clémenceau qui n’est pas encore le briseur des grèves de 1907 contre les viticulteurs du Midi, (voir l’excellent ouvrage de l’historien Rémy Pech et Jules Maurin – " Les Mutins de la République " – aux Éditions Privat, paru en 2007 ) prendra une part active au débat à « l’Assemblée » avec ces mots restés célèbres :

« Il y a une disproportion épouvantable entre les actes qui ont précédé la fusillade et la fusillade elle-même. Je n’ai pas à examiner comment les actes se sont produits : cela ne fait partie de ma discussion. Je ne veux pas le savoir. Mais encore une fois, il y a une disproportion monstrueuse entre l’attaque et la répression. Il y a quelque part sur le pavé de Fourmies une tâche de sang qu’il faut laver à tout prix ! ».

Non, le " 1er Mai " n’est pas la « Fête du travail » et des travailleurs à l’origine

Contrairement à une idée trop répandue, le 1er mai, quand bien même le maréchal Pétain (son régime de triste et douloureuse mémoire, celui des « Années noires » de « l’Occupation », sa dictature autoritaire, antisémite et collaborationniste) a fait du 1er un jour férié et la « fête du travail » et des travailleurs, la signification originelle était toute autre.

C’était - et doit rester plus que jamais !! - la journée internationale des revendications des travailleurs, marquée par le sang des travailleurs depuis 1886 ?

Le 1er mai était, est et restera un moment fondateur de la « lutte des classes », car celle-ci n’a pas disparue. Quoi qu’on en dise et en pense.

Le massacre de Fourmies en 1891 est un épisode majeur de la guerre sociale menée hier par les « gros patrons » pour exploiter la classe ouvrière.

Et c’est encore à l’œuvre aujourd’hui.

Quand le patron du MEDEF, Goeffroy Roux de Bézieux s’attaque au droit du travail et souhaite supprimer des congés-payés, des jours fériés et allonger le temps de travail en pleine crise sanitaire, la « guerre sociale » est réactivée.

Non, elle n’a jamais cessé en somme. Cette affiche du patronat lainier du 30 avril 1891 en attestent. Mais on atteint la provocation quand sur " tweeter " ce matin, le président si méprisant pour les travailleurs depuis 3 ans reçus à grands coups de matraques, de LBD, de gaz lacrymogènes, de grenades GLI F4 lors des manifestations (" Gilets jaunes " et défense des retraites) ose via une courte vidéo s’inviter pour nous dire combien il espère que nous retrouvions bien vite des " 1er mai joyeux et chamailleurs " qui font notre Nation….

https://twitter.com/EmmanuelMacron/status/1256101044288843777

Mais hier comme aujourd’hui, la « justice de classe » ne s’arrête pas à la fusillade. Dès le mois de juillet, 2 cadres locaux du « Parti Ouvrier Français » en « Cour d’assises » comme s’ils s’étaient agi de criminels, d’assassins. Hippolyte Culine, le responsable du P.O.F de la région de Fourmies est condamné à six ans de prison et Paul Lafargue, le gendre de Marx, auteur du fameux " Droit à la paresse ", responsable national du P.O.F., à un an.

Non, Monsieur le président, le 1er Mai n’est pas le symbole d’une Nation unie, mais - au contraire !! - d’une guerre sociale maquillée en « Fête du Travail » et des travailleurs depuis 1941.

Non, M. Macron, il n’y a plus d’unité dans notre pays et honorer par cette vidéo les travailleurs que vous avez mis en danger par votre minable gestion de crise sanitaire, c’est honteux de la part d’un « Homme d’État ».

Vous ne pourrez jamais vous racheter une virginité. Votre responsabilité dans les milliers de morts que déplorent le pays et plus encore les familles est entière.

Vous n’êtes pas seul, mais vous en êtes. Et au sommet de la chaîne des responsabilités.

Un énième coup de fusil pour achever la mémoire des martyrs de Fourmies

Votre intervention ce matin est une provocation de plus, une imposture, un " coup de fusil " pour achever la mémoire des martyrs de Fourmies et de partout où les travailleurs en lutte pour défendre leurs droits ont eu face à eux les « forces de l’Ordre ».

Depuis 3 ans que vous êtes au pouvoir avec votre clique, ce sont elles qui tiennent avec forces violences, armes de guerre et brutalité inouïe votre système capitaliste debout.

Il est pourtant déjà mort, vos idées " libérales " avec.

Pour rédiger cet article sous le coup de la colère sombre, j’ai puisé abondamment dans des sources remarquables que je cite ici :

- " Les luttes et les rêves " de Michelle Zancarini-Fournel ;

- Actes du colloque du " Centenaire Fourmies et les Premiers mai " sous la Direction de Madeleine Rebérioux

- et les pages perso d’Alain Delfosse cité plus haut.

Des mines à redécouvrir et ne pas oublier, car Macron et tous les autres réécrivent l’Histoire en mensonges.

Christophe Lasterle

MediaPart